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28/06/2022
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L’herméneutique circulaire du Coran

En tentant d’appliquer une conception du temps linéaire et horizontale à l’étude du Coran, les partisans de l’approche historico-critique se trompent de méthode. Partant d’un postulat erroné, ils ne saisissent pas le fait que le Coran est un texte qui « nous invite à entrevoir le temps circulaire qui brise la temporalité linéaire », écrit Daniel Shoushi sur Mizane.info.

La particularité du Coran est de présenter des récits entièrement décousus, et c’est bien le signe que la lecture linéaire ne peut être celle de ce texte révélé pour les mystiques. Pour l’historico-critique, c’est la marque possible d’une intervention humaine et de facto implique une direction « intentionnelle » à cet assemblage textuel, dès lors énoncé comme un Corpus.
Ce résumé concis donne les deux voix d’accès au texte coranique, soit la temporalité discontinue des récits est d’origine divine soit elle a été faite de mains d’homme.

Les impasses de la temporalité horizontale

Le méthodologie de l’historico-critique présente un souci majeur, qui est commun à de nombreuses branches de la science moderne, c’est de concevoir l’étendue historique comme un espace aristotélicien. C’est-à-dire qu’un événement premier donnera jour aux événements ultérieurs, et qui, à leur tour, produiront d’autres événements.

L’étendue historique est perçue comme une table de billard sur laquelle chaque boule ne peut être bougée que par l’intermédiaire d’une autre boule. Chaque événement a une cause qui la précède, c’est le socle de l’Histoire mais aussi du temps linéaire.

Dès lors, nous ne pouvons rien attendre de la part des historiens pour saisir le sens du texte révélé puisque la verticalité n’est pas leur sujet d’études. L’historien se charge de la ligne du temps et non du temps incurvé sur lui-même, c’est-à-dire de la temporalité de l’esprit. La méthodologie de l’historien ne peut aboutir qu’à l’érosion complète et entière du texte révélé, puisque le terme de « révélation » propre au temps cyclique de l’esprit est évincé.

L’Histoire est matérialiste, apposer une autre ligne du temps à cette discipline serait une folie et une preuve de non scientificité. Une fois éclaircie ce propos, nous comprenons que toute approche scientifique du texte appelle des sources antérieures et qui ont pu influencer le Corpus. Mohammed lui-même subit l’érosion du temps linéaire, on cherche désormais ceux qui l’ont nourrit et qui le précédèrent en matière de doctrines.

Est-il raisonnable d’intégrer une ligne supplémentaire au temps linéaire, laquelle serait non mesurable par la science historique ? La question est de taille puisque nous intégrons une inconnue mathématique sur la surface mesurable du temps, lequel s’étale devant nous. Tant que l’Histoire se pense prisonnière de l’entendue, il lui est impossible de penser autrement.

Lorsque nous lisons attentivement le texte coranique, nous découvrons une structure auto-signifiante et auto-explicative et qui déploie le discours vers des sens inhérents au texte. La charpente coranique est de nature analogique, le référentiel de compréhension du discours coranique est donc : le semblable doit être corrélé au semblable.

C’est par cette charpente que les récits décousus peuvent être entendus. À l’apparente déconstruction d’une lecture linéaire d’un récit déployé dans une Sourate, le texte nous invite à percevoir les lignes de forces du discours dans une mise en relation de sens analogique, et d’entrevoir le temps circulaire qui brise la temporalité linéaire.

Le dialogue coranique de l’esprit 

L’analogie est liée au champ d’expression de l’esprit. Il s’agit d’entendre et de voir par-delà l’apparence textuelle contradictoire afin de mettre à jour le sens inhérent. Par conséquent, le discours décousue est bien d’origine et laisse dans l’ombre les sens afin que « ceux qui ont des oreilles entendent », et « ceux qui ont des yeux puissent voir » ! L’éveil de l’esprit à sa propre profondeur est donc le projet coranique, je dirais même un procès qui informe l’esprit à des dimensions plus hautes de lui-même.

L’analogie structurelle cherche à faire résonner le champ sémantique dans un rapport imagé. La lecture est tant une audition qu’une expérience visuelle. C’est la raison pour laquelle la langue coranique est une poésie divine par laquelle l’esprit humain se décloisonne. L’étymologie et la sémantique sont donc le support du discours analogique, et non une fin en soi.

L’esprit qui entame sa marche vers lui-même cherche à se dessaisir de la gangue du langage commun, déployé sur une ligne temporelle linéaire, afin de mieux reconnaître ce qui se présente à lui. L’acte de saisissement du discours est celui d’une présence, et elle dialogue avec l’esprit dans une temporalité non linéaire.

Il est fort regrettable d’écrire des ouvrages sur l’histoire des prophètes du Coran, puisqu’on ne parle pas d’eux ! Il existe en soi-même un discours dialogique dont la texture a été scandée dans le discours coranique. En d’autres termes, le Coran chante notre propre récit intérieur et l’aventure spirituelle lui est intimement lié. Le développement demanderait davantage d’explications, pour l’heure je m’arrêterais là.

Il est temps d’expérimenter la lecture décousue et d’entrevoir la temporalité circulaire.

Sourate 13, le Tonnerre
Verset 12 à 15
12. C’est lui qui vous fait voir l’éclair (qui vous inspire) crainte et espoir ; et Il crée les nuages lourds.
13. Le tonnerre Le glorifie par Sa louange, et aussi les Anges, sous l’effet de Sa crainte. Et Il lance les foudres dont Il atteint qui Il veut. Or ils disputent au sujet d’Allah alors qu’il est redoutable en Sa force .
14. A lui l’appel de la Vérité ! Ceux qu’ils invoquent en dehors de Lui ne leur répondent d’aucune façon; semblables à celui qui étend ses deux mains vers l’eau pour la porter à sa bouche, mais qui ne parvient jamais à l’atteindre. L’invocation des mécréants n’est que vanité.
15. Et c’est à Allah que se prosternent, bon gré mal gré, tous ceux qui sont dans les cieux et sur la terre, ainsi que leurs ombres, au début et à la fin de journée.

Daniel Shoushi