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14/12/2019
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Walter Vogels : les limites de la méthode historico-critique 1/2

L’étude des textes religieux est appréhendée dans les sciences humaines par le recours privilégié à la méthode historico-critique. Célébrée et vantée pour ses résultats dans les milieux académiques, le public connait moins les critiques dont cette méthode a fait l’objet. Mizane.info publie à ce sujet un texte de Walter Vogels en deux parties qui aborde les limites méthodologiques et pratiques de cette approche dans la perspective particulière du texte biblique. Walter Vogels est professeur émérite d’Ancien Testament de l’université Saint-Paul à Ottawa. 

L’acceptation de la méthode historico-critique n’est venue qu’après une longue période de résistance. Souvent, on considère l’encyclique « Divino afflante Spiritu » de Pie XII, datée du 30 septembre 1943, comme la reconnaissance officielle de la méthode dans le monde catholique.

Ce document n’avait pourtant pas tout réglé. On devenait peut-être plus résolu à appliquer la méthode dans les études bibliques de l’Ancien Testament; mais beaucoup continuaient à la rejeter pour le Nouveau Testament.

On se rappelle les disputes qui ont été soulevées et les accusations qui furent portées contre l’Institut Biblique Pontifical et contre certains de ses professeurs qui devaient laisser leur enseignement pour quelque temps vers l’époque du deuxième Concile du Vatican 1.

Il Y eut alors l’« Instruction sur la vérité historique des Évangiles », le 21 avril 1964 2, suivie de la Constitution dogmatique «De Divina Revelatione» «Dei Verbum ») promulguée le 18 novembre 1965.

Ces documents donnaient raison à la recherche scientifique poursuivie sur les Écritures. La bataille de la méthode historico-critique avait été gagnée. En 1968, certains prétendaient que tout le monde utilisait la méthode 3.

Mais voilà qu’une année plus tard, en 1969, 1’« Association catholique française pour l’étude de la Bible» se réunissait pour son deuxième congrès à Chantilly.

Ceux-là mêmes qui avaient lutté pour introduire des méthodes historico-critiques s’interrogeaient maintenant sur leurs propres méthodes; ils invitaient des experts d’autres sciences à les initier à de nouvelles approches 4. L’acceptation unanime n’avait pas duré longtemps.

Depuis lors, les critiques portées contre la méthode historico-critique se multiplient 5. Certains auteurs continuent à croire dans la méthode malgré les « attaques » 6. Beaucoup parlent de « crise » 7. Un nombre de plus en plus croissant proclame la « fin » de la méthode 8, déclarant qu’elle a fait « banqueroute » 9 ou lui faisant ses « adieux » 10.

Beaucoup de choses se sont passées depuis 1969. Les critiques sont devenues plus sévères. D’autres méthodes se sont perfectionnées. Il vaut donc la peine de nous arrêter pour réfléchir et pour nous demander où nous en sommes actuellement.

Quelques remarques préliminaires sont de mise pour bien situer la portée de cette étude.

Mowinckel.

1. En parlant des limites de la méthode historico-critique, je veux indiquer ses faiblesses et ses manquements. On a tous travaillé avec cette méthode. On en a apprécié les richesses. Inutile d’y revenir.

On a été émerveillé par des recherches poursuivies par S. Mowinckel, G. von Rad,  H. W. Wolff et W. Zimmerli dans l’Ancien Testament, ou par J. Dupont et J. Jeremias dans le Nouveau Testament, pour n’en nommer que quelques-uns.

Dire qu’une méthode a des limites ne décide pas de son avenir. Peut-on remédier à ses faiblesses ? Doit-on changer de méthode et en adopter de nouvelles? Peut-on combiner des méthodes différentes ? Ces questions demeureront ouvertes.

2.L’étude présentée ici n’est pas avant tout une réflexion philosophique sur la méthode historico-critique. D’autres l’ont faite. Elle veut être plutôt une réflexion pratique. Nous allons réfléchir sur 1) ce qu’est la méthode, sur 2) le but qu’elle poursuit et sur 3) le résultat qu’elle obtient.

Pour des gens qui passent leur temps à travailler avec une méthode, il est bon de s’arrêter un instant pour se demander si I\m agit bien et pour vérifier si l’on atteint le but.

A lire également : Walter Vogels : les limites de la méthode historico-critique 2/2

Ma critique de la méthode sera diachronique (selon un des grands principes de la méthode historico-critique elle-même). Je replacerai la méthode dans son contexte historique, qui est en train de changer rapidement. Ma critique sera aussi synchronique (selon un des principes de la méthode structurale).

Une méthode doit faire des choix et laisser ainsi de côté certaines possibilités. Finalement, ma critique sera pragmatique (selon une des préoccupations des lectures matérialistes ou même fondamentalistes). Quel est le résultat que la méthode obtient? Je ne proposerai pas de solutions. Quelques auteurs ont essayé d’offrir de nouveaux modèles pour le travail exégétique 11.

Ce qu’est la méthode historico-critique

On pourrait d’abord s’interroger sur le bien-fondé de la terminologie : « la méthode historico-critique » car ce titre recouvre plusieurs démarches 12. Des auteurs qui utilisent des approches très diversifiées sont tous classés sous cette même étiquette. Aussi certains préfèrent-ils parler « des méthodes historico-critiques ».

D’après la définition de P. Robert: « Méthode (Philos. et Sc.), ensemble de démarches que suit l’esprit pour découvrir et démontrer la vérité » 13, on peut bien considérer les différentes « branches » du travail exégétique comme différentes démarches d’une même méthode.

Fondamentalement, en effet, elles poursuivent toutes le même but : reconstruire d’une façon critique le contexte historique dans lequel les textes bibliques ont pris leur origine. On veut découvrir le sens historique d’un texte, le sens que ce texte avait pour la communauté à qui il était destiné 14.

Par conséquent, on peut parler d’une méthode qui est historique et critique.

Il est évident que la méthode historico-critique est intimement liée à une époque où l’histoire et la raison étaient déterminantes (…) Celui qui pratique cette méthode doit être bon historien. Par conséquent, il sait par l’histoire de l’exégèse que la méthode historico-critique a supplanté d’autres méthodes qui l’ont précédée. Il ne devrait donc pas s’étonner que cette méthode soit actuellement attaquée et que certains la croient dépassée.

En ajoutant des adjectifs au mot « méthode”, on indique qu’il ne s’agit pas de la seule méthode exégétique possible, mais d’une méthode parmi d’autres 15.

Dans une réflexion diachronique, nous voulons d’abord replacer la méthode dans son contexte historique 16. Les premières approches, tant juives que chrétiennes, des textes bibliques ont oscillé entre l’interprétation allégorique ou littérale; cependant, elles étaient toujours spirituelles, religieuses ou dogmatiques-théologiques.

Un changement remarquable se situe au moment de la Renaissance. L’intérêt pour l’Antiquité avait suscité le retour aux textes anciens, latins, grecs et hébreux. On collectionnait des manuscrits. La Réforme joue aussi un rôle important dans l’interprétation biblique.

En basant la théologie sur l’Écriture et non plus sur la tradition de l’Église, elle rendait évidente la nécessité d’études bibliques scientifiques. Au 17° siècle, la science, l’histoire 17 et la philosophie étaient reconnues comme disciplines autonomes.

La Bible, qui jusqu’à cette époque avait été la seule autorité, devait céder la place à la raison. Avec le « doute méthodique » de René Descartes, dans son « Discours sur la méthode », la raison devient le seul critère de la vérité. Au 18e siècle, la philosophie des lumières (Aufklarung) accentue encore davantage l’importance de la raison et de l’histoire.

modernité

René Descartes.

Le rationalisme va même jusqu’à exclure la religion du domaine de la raison. Ainsi vers le 18e siècle, parfois appelé « le siècle de l’histoire », l’Écriture était considérée comme un document historique qu’on analysait avec les mêmes méthodes que n’importe quel autre texte ancien.

La fin du 19e siècle et le début du 20e siècle furent donc une période assez troublée. Il a fallu des hommes comme le Père Lagrange pour faire le discernement qui s’imposait 18.

Le 20e siècle connut des progrès énormes dans le domaine de l’archéologie, ce qui permit une meilleure reconstruction du contexte historique. Mais les temps changent. Partout on parle de crise, de changements ou de bouleversements qui se produisent dans notre culture occidentale 19.

Le père Lagrange.

Les événements de mai 1968 apparurent comme une révolution. Or ce n’était qu’une manifestation extérieure de quelque chose qui avait commencé bien plus tôt 20.

En passant, on peut signaler que le congrès de Chantilly s’est tenu juste un an plus tard. Coïncidence ? Peut-être, mais elle est assez significative.

Signalons aussi la période des « hippies” et des « flower-children ». Dans de tels mouvements, ” raison” et ” histoire” occupent peu de place.

L’homme moderne veut se dégager du passé, des institutions, de l’autorité, pour pouvoir construire et créer un monde nouveau. On se préoccupe surtout des décisions présentes de l’individu. On proteste contre tout ce qui est déterminé une fois pour toutes, contre tout ce qui est statique; on revendique une grande liberté. L’instant présent, le « hic et nunc », l’emporte sur 1’« histoire »21.

Si, par le passé, on a souligné la supériorité de la « raison » au point de déprécier le corps, on accentue aujourd’hui les valeurs corporelles, la nudité; on prône une grande liberté sexuelle.

On insiste davantage sur les sentiments, alors qu’on était naguère porté à les ignorer ou à les supprimer. On est moins intéressé aux grandes théories qu’au vécu, au pratique 22.

Derrière ces mouvements « populaires » se cachent des systèmes comme l’existentialisme (Sartre) 23, le marxisme 24 et les théories de Freud, ainsi que plusieurs autres sciences dont nous reparlerons.

A lire aussi : Angles morts : les origines de la méthode historico-critique du hadith

Il est évident que la méthode historico-critique est intimement liée à une époque où l’histoire et la raison étaient déterminantes. Elle a été parfois associée à un contexte polémique.

Celui qui pratique cette méthode doit être bon historien. Par conséquent, il sait par l’histoire de l’exégèse que la méthode historico-critique a supplanté d’autres méthodes qui l’ont précédée.

Il ne devrait donc pas s’étonner que cette méthode soit actuellement attaquée et que certains la croient dépassée.

« Il y a un temps pour tout » (Qoh. 3,1-8) 25. Qu’on le veuille ou non, c’est difficile d’arrêter l’histoire.

Une méthode historique

Il suffit d’effectuer un relevé des différentes démarches et du vocabulaire technique pour se rendre compte de l’impact de l’histoire sur cette méthode. Tout d’abord, l’approche du texte est historique : on s’interroge sur l’histoire du texte, la Formgeschichte, la Traditionsgeschichte, la Redaktionsgeschichte, la Wirkungsgeschichte 26.

Puis, pour situer le texte dans son milieu, on fait de nouveau appel à l’histoire : il y a la critique historique; il faut connaître l’histoire d’Israël, l’histoire de l’Orient, l’histoire des religions, l’archéologie, le Sitz im Leben.

Enfin, pour le contenu et le message du texte, on parle de Heifsgeschichte 27, du Jésus de l’histoire. Tout ceci illustre bien comment l’intérêt manifesté pour l’histoire durant les siècles précédents a influencé l’exégèse 28.

Notre époque est caractérisée par la montée de sciences humaines, inconnues auparavant, et qui, chacune à sa façon, interpelle le texte et l’exégète 29. Ce dernier devra se méfier afin de ne pas se laisser prendre au même jeu qu’au temps des découvertes de Galilée.

Mentionnons quelques-unes de ces sciences dont on voit déjà l’application aux études bibliques. Citons l’ethnologie, qui fait l’étude scientifique des civilisations et qui souligne l’interrelation de leurs éléments constitutifs. Ajoutons la sociologie 30 et l’anthropologie 31.

Les textes bibliques ont été écrits dans une perspective de foi et pour des croyants. Il paraît donc impossible de comprendre ces textes religieux à l’aide d’une critique purement rationnelle. Pour plusieurs, c’est la plus grande faiblesse de la méthode. Certains affirment alors qu’on est maintenant arrivé à une époque « post-critique ».

La psychologie est également une science très récente dans le monde universitaire. Elle peut nous dévoiler un certain nombre de choses sur l’auteur ou sur les acteurs des récits, données qui restaient cachées à l’historien.

Nous ne saurions passer sous silence les études linguistiques et les théories du langage qui, sans aucun doute, ont leur mot à dire sur la Bible, puisqu’elle est avant tout un texte. Pensons à tout le travail accompli dans le domaine de l’herméneutique et de la sémiotique.

Bon nombre de ces sciences montrent surtout ce qui est commun aux hommes, tandis que l’histoire insiste sur ce qui les distingue.

Walter Vogels.

Ceci aura des répercussions profondes pour l’approche d’un texte ancien. Il est intéressant de comparer un programme d’études bibliques avec un programme d’études littéraires qui, tous les deux, s’intéressent à l’étude de textes.

Les départements d’études bibliques offrent, entre autres, des cours d’histoire, de géographie et d’archéologie, mais jusqu’aux dernières années peu de cours ou rien sur la linguistique, la sémiotique, la sémantique, matières qu’on trouvera dans chaque département des lettres et de linguistique 32.

La différence est si profonde entre ces départements que les mêmes mots n’ont plus le même sens. Quand un exégète de la méthode historico-critique parle de la critique littéraire, il pense en somme à la critique des sources.

Le même terme, pour son collègue du département des lettres, a une tout autre portée: il signifie ce que le mot dit, une appréciation de la littérature comme production artistique 33.

Quand on parle de la situation vitale d’un texte, on se réfère au Sitz im Leben, lequel se situe en dehors du texte, dans la vie; mais on commence à réaliser que le premier Sitz du texte est son Sitz im Buch 34.

Une méthode critique

Une autre série de termes ayant trait aux démarches que comporte la méthode historico-critique met en évidence son caractère « critique ». Face à un texte, on en fait la critique textuelle, la critique littéraire (ou la critique des sources), la critique historique, la Tendenzkritik, la Sachkritik (ou la Content-criticism ou critique théologique).

Récemment, on a parlé de « canonical criticism » 35 et de « editorial criticism »36.

On appelle cette méthode « critique », parce qu’on utilise la raison pour étudier le matériel qu’on a devant soi. On espérait ainsi atteindre une plus grande objectivité que par les approches antérieures.

Dans la pratique, cependant, on constate que la raison pure est loin d’être le seul facteur qui joue chez l’exégète, comme l’illustrent les exemples qui suivent. Kathleen Kenyon découvrait, en conduisant des fouilles à Jéricho, qu’il n’y avait pas de traces d’une ville qui aurait existé à l’époque de la « conquête” par Josué 37.

L’archéologue Kathleen Kenyon.

Les exégètes ont interprété ce fait très diversement. Pour les uns, tel R. De Vaux, on ne peut rien conclure du silence de l’archéologie. Les traces ont pu disparaître par l’érosion ou par le travail des hommes qui ont pu utiliser le matériel du tell (colline artificielle formée par les différentes couches d’habitations humaines, ndlr) pour leurs constructions ailleurs 38.

Pour d’autres, tel M. Noth, il n’y a pas eu de conquête et, par conséquent, le récit de Josué 6 doit être une étiologie 39.

Serait-il possible d’attribuer la différence d’interprétation de ce même fait à la tradition chrétienne des deux groupes ?

A lire également : Le christiano-centrisme de la méthode historico-critique

R. De Vaux, comme catholique, estime que le fondement historique est extrêmement important : sans ce fondement, une religion qui se veut historique perdrait toute valeur.

M. Noth, de tradition protestante, peut se passer davantage de preuves; sa foi en serait même plus pure 40.

Il n’y a pas si longtemps, tous les exégètes étaient des hommes. Récemment, des femmes se sont spécialisées dans la même discipline. Ajoutons à cela les changements introduits dans la société par les mouvements qui poursuivent la libération de la femme.

L’on comprend aisément que les mêmes textes soient lus de façons assez différentes. L’exégèse de Genèse 2-3 avait coutume de présenter Ève comme la tentatrice. Maintenant, Ève est devenue la première exégète et théologienne.

La femme, dans le récit biblique, parle avec le serpent; elle interprète le commandement de Yahweh. L’homme, par contre, ne fait que manger 41.

Le riche et le pauvre lisent différemment ce texte : « Bienheureux les pauvres (en esprit) ». Pensons, par exemple, aux exégètes appartenant au courant de la théologie de la libération.

L’essor du « Gay-movement » explique pourquoi quelques exégètes réexaminent la Bible. On prétend soudainement que la Bible ne dit rien contre l’homosexualité, là où par le passé on l’a condamnée au nom de la même Bible 42.

Ces quelques exemples montrent clairement qu’en plus de la raison, plusieurs autres facteurs influencent l’exégète, comme l’appartenance à une tradition religieuse particulière, le sexe, la classe sociale, l’option « conservatrice” ou « libérale ».

D’ailleurs, il n’y a pas que ces facteurs inhérents à la personne de l’exégète; celui-ci est ballotté sans cesse par des facteurs extérieurs à lui.

Pensons aux différents courants qui se succèdent : pan-babylonisme, pan-hellénisme, pan-ugaritisme, pan-qumranisme, et prochainement le pan-éblaïsme. L’arche de Noé est retrouvée périodiquement 43.

La critique textuelle est loin d’enlever toutes les incertitudes d’un texte. Bien des gens se méfient ainsi d’une telle méthode et on l’accuse d’user ou d’abuser de la Bible 44.

Hermann Gunkel.

Les réactions sont très variées parmi les exégètes. Les fidèles défenseurs de la méthode soutiennent que tout ceci est normal. Étant critique, la méthode doit constamment avoir le courage de se critiquer et être prête à reprendre le débat. En somme, elle doit devenir plus critique 45.

Par ailleurs, d’autres se demandent si l’exégète peut et même doit travailler avec la raison pure. On aborde toujours le texte de son propre point de vue 46. La différence entre exegesis et eisegesis est très claire en théorie : mais l’est-elle en pratique ? 47

Être « neutre », est-ce être objectif ? Une telle position est déjà une option.

L’« exégèse» et 1’« exégète» n’existent pas : il y a des individus qui font de l’exégèse. On ne peut jamais être « objectif », on est toujours « subjectif ». L’intuition, la sensibilité, l’imagination peuvent avoir leur importance. On a voulu au nom de la raison démythologiser la Bible : maintenant, on apprécie de plus en plus le « mythe », car il atteint aussi la réalité et la vérité.

Gunkel, déjà, avait mentionné que l’exégèse n’est pas une science mais un art 48. Chacun sait comment la raison pure ne peut jamais saisir pleinement l’art.

Et finalement, les textes bibliques ont été écrits dans une perspective de foi et pour des croyants. Il paraît donc impossible de comprendre ces textes religieux à l’aide d’une critique purement rationnelle. Pour plusieurs, c’est la plus grande faiblesse de la méthode 49. Certains affirment alors qu’on est maintenant arrivé à une époque « post-critique » 50.

Walter Vogels

Notes :

1. La brochure de F. SPADAFORA, Razionalismo. Esegesi cattolica e Magistero, Rovigo, Istituto Padano di Arti Grafiche, 36 p., dont l’A. dit: “destinata soltanto ai RR. mi Padri dei Concilio Ecumenico e adessi strettamente reservata n. Voir la réplique de l’Institut Biblique Pontifical parue dans une plaquette intitulée “Une nouvelle attaque contre l’exégèse catholique et l’Institut Biblique Pontifical”, 15 p.

2. Pontificia Commissio de Re Biblica, “Instructio de historica Evangeliorum veritate n, Biblica, 45 (1964), p. 466-471; on trouve la traduction française dans Nouvelle Revue Théologique, 86 (1964), p. 634-639.

3. B.M.F. VAN IERSEL, «Interpretatie van de schrift en van het dogma “, Tijdschrift voor Theologie, 8 (1968), p. 312-327: “Er valt nauwelijks iemand te vinden die niet overtuigd is van de noodzaak hiervan en allerwegen wordt zij dan ook toegepast “, p. 319.

4. On peut lire le rapport de ce congrès et les conférences qui y ont été présentées dans R. BARTHES (et autres), Exégèse et herméneutique, éd. X. Léon-Dufour, Coll. Parole de Dieu, Paris, Seuil, Ce congrès fut suivi de très près par une rencontre semblable en Suisse: R. BARTHES, F. Bavai’ (et autres), Analyse structurale et exégèse biblique. Essais d’interprétation. Bibliothèque Théologique, Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 1971. Depuis lors, il y a des sessions et des symposiums un peu partout. Beaucoup de revues ont consacré au moins un numéro à l’étude des différentes méthodes actuellement en usage.

5. P. BEAUCHAMP, «État et méthodes de l’exégèse “, Esprit, 41 (1973), n. 4, p. 843-858; A. FEUILLH, «Réflexions d’actualité sur les recherches exégétiques H, Revue Thomiste, 71 (1971), p. 246-279, X. LEON-DUFOUR, «L’exégèse, trente ans après “, Études, février (1974), n. 340, p. 279-295 (il parle de trente ans après «Divino afflante Spi ri tu”); A. P AllI., L’impertinence biblique. De la signification historique d’un christianisme contemporain, Coll. «Théorème .. , Paris, Desclée, 1974; ID., “Les limites de l’exégèse et les lieux de la lecture .. , Spiritus, 17 (1976), n. 63, p. 146-160 (l’auteur parle d’une anti-exégèse face à l’exégèse savante); F. REFOULÉ, “L’exégèse en question “, La Vie Spirituelle Supplément, 27 (1974), n. III, p. 391-423; P. SHJfIl.MACHER, Historial Criticism and Theological interpretation of Scripture, Toward a Hermeneutics of Consent, Translated and with an introduction by R.A. Harrisville, Philadelphia, Fortress Press, 1977.

6. I.J. Du PLESSIS, The Historical-Critical Method. – Its ,Necessity and Limitations, Kwa-Dlangezwa, Empangeni 3880, South Africa, University of Zululand Publications, 1975 (auquel je n’ai eu accès que par F.F. BRUCE, The Evangelical Quarterly, 48 (1976), p. 179-180); O.c. EDWARDS,« Historical Critical Method’s Failure of Nerve and a Prescription for a Tonic: A Review of Sorne Recent Literature “, Anglican Theological Review, 59 (1977), p. 115-134; J.O. KINfiSBURY, «The Historical Critical Method in Perspective .. , Currents in Theology and Mission, 2 (1975), p. 132-141; E. KRENTZ, The Historical-Critical Method, Guides to Biblical Scholarship, Philadelphia, Fortress Press, 1975 (après avoir passé en revue les critiques p. 67-72 et p. 73-88, il écrit: “The utility of historical criticism can no longer be questioned. It has arrived, so to speak .. , p. 87).

7. M. BELLET, A. DE BAETS, M. DE CERTEAU, A. DUMAS, J.-W. MICHAUX, O. Du Roy, T. SNOY, Crise du biblisme, chance de la Bible, Paris, Épi, 1973; G.M. LANDES, “Biblical Exegesis in Crisis: What Is the Exegetical Task in a Theological Context’l”, Union Seminary Quarterly Review, 26 (1971),
p. 273-298.

8. G. MAIER, The End of the Historical-Critical Method, Translated by E.W. Leverenz and R.F. Norden, St. Louis, Concordia Publishing House, 1977. L’A. rejette la méthode historico-critique et propose une méthode historico-biblique. On peut consulter aussi deux longues recensions de cet ouvrage: G. ARANDA, ” Critica Dogmatica a la Exegesis Critica (Presupuestos hermenéuticos de un téologo protestante) “, Scripta Theologica, 10 (1978), p. 1097-1113 et P. WELLS, “La fin de la méthode historico-critique”, La Revue Réformée, 29 (1978), n. 114. p. 49-54.

9. W. WINK, The Bible in Human Transformation, Toward a New Paradigm for Biblical Study, Philadelphia, Fortress Press, 1973. Chap. 1 The Bankruptcy of the Biblical Critical Paradigm, p. 1-15.
“Biblical criticism is not bankrupt because il has run out of things to say or new ground to explore. It is bankrupt solely because it is incapable of achieving what most of its practitioners
considered its purpose to be … “, p. 2. «It was based on an inadequate method, married to a false objectivism, subjected to uncontrol!ed technologism, separated from a vital community, and has
outlived its usefulness as presently practiced. Whether or not it has any future at al! depends on its adaptability to a radically altered situation .. , p. 15.

10. S. V AN TIl.BORG, Afscheid van de Formgeschichte. Op zoek naar de verantwoording voor een andere manier van lezen, Vox Theologica, 46 (1976) p. 1-9

11. W. BRUEGGEMANN, The Bible Makes Sense, Winona (Minnesota), St. Mary’s College Press. 1977. Après avoir brièvement donné toutes les connaissances nécessaires au point de yue historique (p. 30-31). il écrit: .. Su ch understanding is indispensable for serious study of the Bible. But it will not make one an insider. ! suggest that the key to becoming an insider (which presumes the above dimensions of knowledge) and thcrelore a partIcipant in the covenant historical understanding of rcality is the nurturing of an hislOrical imagination. By imagination 1 mean an openness and sensitiyit} tn the pulses of meaning that can be discerned in reflection upon historical experience preseryed in an historical community … “, p. 31-32; S. HI’INlc, Biblische Fachdidaklik. – :-leues Testament – hne didaktische Theorie biblischer Inhalte. Die Methoden biblischer Interpretation. Lernliel: souveraner Umgang mit der Blbel, Wien, Herder, 1976: G.T. MONTAlilL, .. Hermeneutics and the Teaching of Scripture .. , Catholic Biblical Quarter/y, 41 (1979), p. 1-17; W. RICHTER, Exegese ais Literaturwissenschaft. Entwurf einer alttestamentlichen Literaturthcorie und Methodologie. Côttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 197 1; W. WINK, The Bible in Human Transforma/ion, Chap. III Toward a New Paradigm for Biblical Study, p. 19-80.

12 J.J. COLLINS, “Methods and Presuppositions of Biblical Scholarship”, Chicago Studies. 17 (1978). p. 5-28; E. KRENTZ, The Historical-Critical Method).