
2021-03-31
Écrit par Bahrif
Le vote en première lecture de la loi contre le séparatisme a été l’occasion pour les sénateurs de droite de faire voter un amendement interdisant le port de signes religieux aux sorties scolaires. Une attaque visant les mères voilées accompagnatrices et anticipant une nouvelle campagne politique présidentielle sous le signe du rejet et de l’exclusion. Récit d’un frisson national dans un billet-requiem quasi fictionnel, sur Mizane.info.
« A bas les mères voilées ! Qu’on les mette à mort socialement en les excluant partout et toujours, autant qu’on le pourra ! » Qu’ils sont nombreux, ces temps-ci, à vouloir chantonner cette Nouvelle Marseillaise !
Dans les couloirs du Sénat, l’hymne odieux a été scandé avec une ferveur extatique sans équivalent.
« Monsieur le président, mesdames et messieurs les sénateurs ! Hélas, la loi du 15 mars 2004 n’a pas suffi. J’en prend l’assistance à témoin, la Bête mahométane est toujours là. Ses crocs aiguisés comme des rasoirs, sa fourrure au poil sombre et rugueux, son regard de braise qui nous fixe avec détermination : tout nous porte à croire, mes chers compatriotes, que la bataille sera longue et sans merci. Notre seul espoir de salut est d’étendre les mailles du filet en espérant que la louve orientale s’y prendra les pieds ! »
Une ferveur « républicaine » peinant toutefois à dissimuler complètement une angoisse présente de la mort. Le frisson instinctif précédant la fin ou peut-être la perspective certaine d’un retour imminent dans le néant qui les a vu naître a donc poussé bon nombre de ces chasseurs lugubres du soir à opter pour une approche radicale.
Enfiévrés par les cris d’orfraie du maréchal Philippe Eric de la Zemmourerie, galvanisés par les fracas stridents d’une meute canine à l’assaut d’une proie désignée par le regard lubrique de ces seigneurs tout droit sortis du Bois de Vincennes, la chasse à l’homme inhumaine contre ces femmes, ces mères, ces prêtresses de la vie, fouette encore et toujours le visage d’une France muette et ensanglantée par ses enfants naturels.
L’apprentissage de la haine est un programme lent, long et minutieux. C’est qu’on ne se figure pas la difficulté d’éduquer toute une génération de soldats, de leur enseigner à haïr. Haïr demande beaucoup d’énergie et une bonne raison. Quand on n’a ni l’un, ni l’autre, difficile de lever des armées de conscrits. Alors il faut recourir au mercenariat et quelqu’un devra payer la facture, qu’importe le prix.
