Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) a publié, vendredi 24 avril, un rapport portant sur les premières semaines de l’agression d’Israël au Liban. Intitulé « Morts et déplacement au Liban », il documente plusieurs attaques israéliennes susceptibles de constituer de graves violations du droit international humanitaire, selon le HCDH.
Mazen Shaqoura, représentant pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, a documenté dans un rapport les violations du droit international humanitaire perpétrées par Israël durant les premières semaines de l’invasion du sud du Liban et de ses frappes à travers le pays.
Destructions de villages et ligne jaune
Selon le rapport du HCDH, l’armée israélienne mène des destructions massives de bâtiments dans des villages de la région frontalière libanaise, qu’elle entend transformer en zone « stérile ». Elle a unilatéralement imposé une zone tampon dans le sud du Liban, bordée par une « ligne jaune », représentant environ 6 % de la superficie totale du pays du Cèdre. À ce jour, seule une partie de cette zone est physiquement occupée par des soldats, mais tous les villages qui s’y trouvent sont interdits d’accès aux civils.
L’ampleur des destructions de maisons et d’édifices civils « fait désormais ressembler Bint Jbeil [un village du sud du Liban] à Beit Hanoun [localité du nord de Gaza], où tout a été détruit par les forces israéliennes. Un tel niveau de destruction n’a aucune justification et ne correspond à aucune nécessité militaire, quand bien même des armes seraient présentes », estime Mazen Shaqoura. « Faire disparaître des villages entiers est une punition collective. La zone a été vidée de sa population, ce qui constitue une grave violation du droit international humanitaire ».
🇱🇧 À la deuxième semaine du cessez-le-feu, les ordres d’évacuations se multiplient dans le sud du Liban. L'ONU dénonce la destruction systématique des infrastructures civiles, situées près de la zone tampon mise en place par Israël. pic.twitter.com/DaTup3zAhX
— TV5MONDE Info (@TV5MONDEINFO) April 28, 2026
« Cibler et tuer des journalistes est une grave violation du droit international »
Selon le HCDH, neuf journalistes ont été tués par des frappes israéliennes au Liban depuis le 2 mars, date de la reprise des hostilités entre Israël et le Hezbollah, malgré une trêve marquée par de multiples violations. La reporter Amal Khalil, qui travaillait pour Al-Akhbar, un quotidien de gauche, a notamment été tuée dans une frappe israélienne dans le sud du Liban le 22 avril.
« Cibler et tuer des journalistes est une grave violation du droit international humanitaire, qui leur confère un statut protégé », rappelle Mazen Shaqoura. « La ligne politique ou l’affiliation d’un média n’a pas d’incidence sur ce statut. Les journalistes ne perdent leur protection que s’ils participent aux hostilités ».
Près de 100 secouristes et soignants ont été tués dans des frappes israéliennes depuis le 2 mars. Les groupes de secours présents incluent la Croix-Rouge libanaise, la défense civile rattachée à l’État, l’association Al-Rissala liée au parti Amal, et le Comité islamique de la santé affilié au Hezbollah. « Tous, même ceux qui ont une affiliation politique, bénéficient d’une protection spéciale, selon le droit international humanitaire », précise Mazen Shaqoura.
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Le mercredi noir était « une punition collective »
Le jour du « mercredi noir », le 8 avril, de multiples frappes israéliennes ont fait 376 morts, selon l’Organisation mondiale de la santé, dont 99 femmes et 31 enfants, et plus de 1 200 blessés. Ces attaques ont été condamnées par le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, tandis que l’armée israélienne affirme avoir tué plus de 250 combattants du Hezbollah sans fournir de liste détaillée. Le HCDH enquête sur les pertes humaines afin de déterminer le statut de chaque victime.
« Quand un immeuble est rasé et que ses habitants sont tués ou blessés, quand bien même un combattant se serait trouvé dans le bâtiment, c’est une punition collective », martèle Mazen Shaqoura. « Ce n’est pas un dommage collatéral ». Sur la période allant du 2 au 22 mars, au moins 118 enfants ont été tués au Liban, selon le rapport publié vendredi 24 avril.
