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jeudi 13 juin 2024

Le martyr des poètes palestiniens : Noor Aldeen Hajjaj

Le martyr des poètes palestiniens : Noor Aldeen Hajjaj Mizane.info

Écrivain du quartier de Shuja’iyya à Gaza, son premier roman “Des ailes qui ne volent pas” a été publié en 2021. En 2022, sa pièce de théâtre “Les Gris” est jouée pour la première fois. Il a été tué lors du massacre israélien sur le quartier de Shuja’iyya, le 2 décembre 2023. Une publication de Mizane.info en partenariat avec Passages Through Genocide.

Publié le 16 octobre 2023

Journal du déplacement vers le sud.

L’autre côté de la mort, de la destruction et de la peur.

Je m’endors à quatre heures, je me réveille une seule minute plus tard et il est six heures passées, je vais à la boulangerie et trouve devant moi une queue interminable, après trois heures et demie de plus que ce que j’ai pu dormir, mon tour arrive, il me dit que je n’ai droit qu’à un seul paquet de pain, j’explique notre situation, mais il ne veut rien entendre, je lui dis que nous avons été déplacé et que nous sommes ici chez une famille, qu’en comptant les enfants nous sommes plus de soixante-dix, que deux sacs de pain ne suffiront pas, il me répond que je peux retourner au début de la file si j’en veux davantage, je les prends en marmonnant une prière et je m’en vais..

J’arrive à la maison après trente minutes de marche, ils me disent qu’ils veulent de l’eau, je prends le galon et je vais à la station d’assainissement la plus proche, je me mets de nouveau dans une file, plus longue que la première, mon tour arrive après trois heures d’attente. Je reviens à la maison après une longue journée, on dit aux enfants qu’il faudra se contenter d’un seul verre d’eau et ne pas gaspiller.. Je m’effondre sur le canapé pour me reposer un instant, on me dit que c’est déjà l’heure du dîner, qu’ils veulent du pain et quelques aliments du supermarché, je ne peux plus supporter les files d’attente et l’absence d’un degré minimum de conditions humaines. Le soir, je les menace de rentrer à la maison à Shuja’iyya au matin, mais dix minutes plus tard on reprend la répartition de l’espace pour exploiter le moindre centimètre qui permettrait à un enfant ou à quelqu’un de s’y coucher, y compris les passages et les portes, on recouvre le sol du petit appartement de trente corps, on s’assure que les enfants et les femmes aient leur espace, et nous, on se répartit, l’un dort, l’autre est sur le canapé, et deux veillent au cas où, Dieu nous en préserve, quelque chose arriverait et que nous devions réveiller les autres rapidement, alors que nous n’avons pas besoin de ce dispositif, puisqu’un quart d’heure plus tard, ou peut être une demi-heure, tout le monde est réveillé par le bruit assourdissant des bombardements, les plus petits pleurent jusqu’à ce que leurs mères parviennent à les endormir de nouveau… et ainsi de suite.. Jusqu’à ce que le jour se lève pour que se répète ce cercle vicieux.

Le 1er novembre 2023

Bonsoir, le Monde. 

Les communications et internet ont été coupés la nuit passée, ce que je pensais impossible est d’un coup devenu réalité, mais dans des circonstances différentes, le facteur ne peut plus se déplacer sous ces bombardements et destructions, et ses journaux diffusent les mêmes nouvelles tous les jours: “Gaza est anéantie. Et la vie s’y éteint chaque jour sans se lever le lendemain”.  Qui sait si la nouvelle de ma mort ne sera pas annoncée dans la prochaine édition.. C’est pour cela que j’écris à présent, pour que ma dernière lettre parcoure le monde libre, qu’elle vole avec les colombes de la paix, et qu’elle dise que nous aimons la vie quand nous en avons les moyens, mais à Gaza toutes les chemins et les routes ont été coupées, désormais un flash info ou un tweet nous sépare de la mort. 

Très bien.. Je commence.

Je suis Noor Aldeen Adnane Hajjaj, écrivain palestinien, j’ai 27 ans et beaucoup de rêves. 

Je ne suis pas un chiffre et je refuse que la nouvelle de ma mort ne soit que passagère, sans que l’on dise que j’aime la vie, la joie, la liberté, le rire des enfants, la mer, le café, l’écriture, Fayrouz, et tout ce qui est joyeux.. Avant que tout cela ne disparaisse en un instant.. 

L’un de mes rêves serait que mes livres et mes écrits parcourent le monde, que mon stylo ait des ailes que ni les passeports non tamponnés ni les visas refusés n’arrêtent. 

Un autre rêve… serait d’avoir une petite famille, de bercer mon fils qui me ressemblerait en lui racontant des histoires pour l’endormir. 

Il reste mon plus grand rêve.. Que la paix règne sur mon pays, que les rires des enfants se lèvent avant le soleil, que nous plantions des roses partout où une bombe est tombée, que nous dessinions notre liberté sur chaque mur effondré, que la guerre nous laisse tranquilles ; pour vivre notre vie une fois pour toutes.

Noor Aldeen Hajjaj

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