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29/03/2020
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La prière n’est pas une arme politique

A Clichy-la-Garenne, la confrontation entre les partisans de l’Union des associations musulmanes de Clichy (UAMC) et la mairie vient d’atteindre un nouveau pallier. Depuis huit mois, des fidèles accomplissent le prêche du jumu’a dans la rue à proximité de la mairie entourée de forces de l’ordre, bloquant de ce fait le passage. Des manifestations « laïques » organisées par la droite et l’extrême-droite ont réuni une centaine de personnes dénonçant une atteinte à l’Etat de droit. « Nous sommes dans un pays où l’on ne prie pas dans la rue. Les règles de droit sont bafouées. A l’Etat d’agir » a déclaré Valérie Pécresse.

A Clichy-la-Garenne, le climat urbain, à l’image de la saison, est en train de se refroidir. Le bras de fer initié entre l’UAMC et le maire Rémi Muzeau ne s’est pas adouci. Depuis huit mois, des fidèles, à l’appel de l’UAMC, accomplissent le prêche du vendredi dans une rue à proximité de la mairie. Une action destinée à protester contre le non respect d’un engagement tenu par le maire qui avait promis à la communauté musulmane l’octroi d’un terrâin où bâtir une mosquée. Jusqu’en juin 2016, l’UAMC occupait un bâtiment public sous contrat de bail avec la ville. Le non renouvellement du bail a jeté le feu aux poudres. Les fidèles campent désormais chaque vendredi dans l’espace public. Hamid Kazed de l’UAMC, tout en déplorant des « provocations » a appelé le maire à revenir « au dialogue ».

Un dialogue selon eux rompu depuis l’évacuation de leurs anciens locaux transformés en médiathèque. Le maire rejette ces accusations et plaide pour sa part en sa bonne foi. Un local de 2000m2 a été en effet attribué aux musulmans. Mais ces derniers dénoncent un lieu géographiquement situé en périphérie, loin du centre-ville. Une manifestation organisée par Les Républicains et soutenue par le Front National a réuni une centaine de personnes, scandant la Marseillaise. Une scène ahurissante dans laquelle les élus semblaient revivre la libération face à ce que la présidente du FN avait, on s’en souvient, qualifié d’occupation, en référence à la Seconde guerre mondiale.

Une colère légitime, une réponse irresponsable

Que faut-il penser de cette affaire ? Les partisans de l’UAMC ont raison d’être mécontent du revirement du maire qui, dans une vidéo, s’était effectivement engagé à fournir ce terrain qui permettrait la construction en bonne et due forme d’une mosquée pour les Clichois musulmans. Les images douloureuses de l’évacuation policière de leurs anciens locaux avaient contribué à leur attirer une large sympathie et solidarité des musulmans de France. Mais la manière dont ils ont choisi de l’exprimer n’est pas acceptable pour autant. Dans un contexte national catastrophique pour l’image de l’islam (attentats passés et attentats déjoués, procès Merah, accusations portées contre des leaders rligieux), la voie choisie par l’UAMC est irresponsable. Elle n’est pas nécessairement illégale pour autant comme le disent ses opposants, la prière de rue n’étant pas, semble-t-il, interdite par la loi si elle ne bloque pas l’accès des lieux et ne provoque pas de troubles à l’ordre public. Ceci étant dit, il ne faut pas confondre moral et droit, éthique et justice, sagesse et action publique. L’action de l’UAMC a et aura des conséquences graves et fâcheuses non seulement pour la communauté musulmane de Clichy-la-Garenne, mais disons-le immédiatement, pour l’ensemble des fidèles de France. Elle alimente tous les stéréotypes de la fachosphère et tous les fantasmes de l’opinion publique française sur un islam conquérant, dont les vélléités de prise du territoire seraient latentes et qui, en situation de majorité numérique, appliquerait manu militari sa volonté de puissance sur ses autres compatriotes.

La justice d’une cause n’autorise pas l’anarchie, la provocation ou la violence. La fin ne justifie pas les moyens car les moyens déterminent la fin 

Dans un contexte de peur, de défiance, de colère et d’impuissance, elle ajoute du ressentiment, de la frustration et plus qu’aucune autre action, elle contribue a ligué nos compatriotes contre notre religion et ses fidèles. En ce sens, les images de fidèles proclamant un takbir dans une rue encerclée par la police est, au-delà du cas clichois, une catastrophe pour tous. L’islam est une religion de paix, pas de confrontation, et lorsqu’il y a injustice ou manquement au droit, ses fidèles sont suffisamment patients, responsables et éclairés pour saisir les outils du droit à leur disposition : recours judiciaire, manifestation ou rassemblement pacifique, demande de médiation avec le maire, pétition ou courrier, saisie administrative des autorités, interpellation des élus au Conseil municipal, etc. La justice d’une cause n’autorise pas l’anarchie, la provocation ou la violence. La fin ne justifie pas les moyens car les moyens déterminent la fin.

Ne pas tendre le siwak pour se faire battre

Ne l’oublions pas, les musulmans de France sont, bon gré mal gré, les ambassadeurs de leur religion, sa vitrine publique. De leur comportement et de leur fidélité aux enseignements prophétiques dépendront leur sort et leur avenir. La prière n’est pas une arme politique. Le penser ou le croire est une errance de l’esprit, l’accomplir, un acte de profanation. Que ne viendrons-nous pas protester, ensuite, qu’il existe de l’islamophobie dans notre société, si nous contribuons à la fabriquer ? La prière de rue est une aubaine pour le Front national et la droite qui n’attendent que cela pour rebondir électoralement, et proposer ensuite des textes de lois islamophobes ou attentatoires des libertés religieuses.

Ne tendons plus le siwak pour nous faire battre. Cette attitude de l’UAMC est d’autant plus contestable que les fidèles de Clichy ne se retrouvent pas sans lieu de culte. Ils disposent d’un grand établissement de 2000 m2 suffisamment élargi pour accueillir tous les fidèles et l’argument d’éloignement géographique est bien faible pour une petite commune de 3km2. Le reste (contentieux administratif sur l’association gérante, requête pour un terrain de construction) pouvait faire l’objet d’une démarche discrétionnaire, plus efficace et moins contre-productive. En cette époque de troubles, nous avons plus que jamais besoin de fidèles forts : forts intérieurement, forts moralement, forts spirituellement. Et responsables.

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