Le secteur des librairies est-il au bord de la faillite ? Pour la première fois depuis la création du recensement national, la France a enregistré en 2025 davantage de fermetures que d’ouvertures de librairies, a indiqué jeudi le Centre national du Livre (CNL).
Le secteur des librairies indépendantes traverse une période délicate. Entre la baisse du nombre de lecteurs et la concurrence accrue des plateformes de vente en ligne, de nombreux établissements peinent à maintenir leur équilibre économique.
Plus de fermetures de librairies que d’ouvertures en 2025
En 2025, 83 librairies ont ouvert leurs portes en France, contre 135 l’année précédente, tandis que 85 ont cessé leur activité. Le bilan devient ainsi négatif pour la première fois depuis le lancement de ce recensement, selon les données publiées jeudi par le Centre national du Livre (CNL). Dans le même temps, deux acteurs majeurs du secteur, Gibert et le groupe Nosoli, propriétaire du Furet du Nord et de Decitre, ont été placés en redressement judiciaire.
« Après trois années exceptionnellement dynamiques entre 2021 et 2023, portées par l’élan post-crise sanitaire, puis un premier ralentissement observé en 2024, l’année 2025 confirme une inflexion du rythme des créations », souligne le CNL à l’approche des Rencontres nationales de la librairie, organisées les 7 et 8 juin 2026 à Rennes.
« Parallèlement, les fermetures, en forte hausse en 2023 et 2024, se stabilisent en 2025. Elles concernent très majoritairement des structures créées dans les dix dernières années, tant généralistes que spécialisées », précise également l’établissement.
🇫🇷📚 FLASH | Pour la première fois, la France a enregistré plus de fermetures que d’ouvertures de librairies en 2025. (AFP) pic.twitter.com/QEqQweXbYX
— Cerfia (@CerfiaFR) June 5, 2026
Le modèle économique du secteur atteint ses limites
Le CNL évoque « un contexte de tensions économiques et financières liées à l’augmentation continue des charges fixes des librairies conjuguée à un recul progressif des ventes en valeur et en volume, et une baisse de 6 % des ventes sur le premier trimestre 2026 ».
Pour Alexandra Charouin-Spangenberg, présidente du Syndicat de la Librairie française, le modèle économique du secteur atteint aujourd’hui ses limites : « Les prix des livres n’ont quasiment pas augmenté avec l’inflation et ce depuis les 20 dernières années, les remises commerciales qui nous sont accordées par les éditeurs n’ont pas évolué. Or, nos charges explosent avec l’inflation, les salaires ont beaucoup augmenté, les loyers ont beaucoup augmenté, le transport qui est à notre charge augmente énormément, donc aujourd’hui, qu’on soit bon ou mauvais dans notre gestion, n’y change rien, on est dans une grande difficulté ».
Elle rappelle également la faiblesse structurelle de la rentabilité : « quand vous faites 500 000 euros de chiffre d’affaires, il vous reste moins de 5 000 euros de bénéfices à la fin de l’année ». Avec une marge moyenne d’environ 1 %, les librairies figurent parmi les commerces les moins rentables.
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Diversifier les offres
La profession pâtit aussi du recul de la lecture régulière en France. L’an dernier, seuls 56 % des Français se déclaraient lecteurs réguliers, soit le niveau le plus bas observé depuis 2015. Pour attirer de nouveaux publics, notamment les plus jeunes, plusieurs enseignes développent des espaces dédiés et élargissent leur offre à des ouvrages plus accessibles.
Face à ces difficultés, de nombreuses librairies diversifient désormais leurs activités en intégrant des cafés, de la papeterie ou encore des jeux. Malgré ces défis, la France conserve le réseau de librairies indépendantes le plus dense au monde, avec près de 3 400 établissements.
