
2024-11-30
Écrit par Redaction
Voilà maintenant plus d’un an que Nabil Ennasri est emprisonné pour des faits relevant d’infraction économique. Depuis le 4 octobre 2023, son quotidien se résume à une cellule de 9 mètres carrés au sein de la maison d’arrêt de Villepinte (93), un des établissements pénitentiaires les plus surchargés de France présentant une surpopulation carcérale de près de 200%. S’il ne nous appartient pas de nous exprimer sur le fond du dossier par respect du secret de l’instruction (disposition passablement violée de manière quasi régulière avec des fuites qui semblent « savamment » orchestrées dans la presse), le traitement infligé à M. Ennasri nous semble partial et loin de répondre à l’exigence d’égalité de traitement à laquelle devrait avoir droit tout justiciable. Pourquoi en effet, est-il le seul à être incarcéré alors que tous les autres protagonistes de cette même affaire sont en liberté ? Pourquoi le priver de liberté, lui qui reste présumé innocent, père de trois enfants et qui, à la différence d’autres personnes impliquées, dispose d’un casier judiciaire vierge ? Pourquoi, alors que le placement en bracelet électronique avait donné lieu à un rapport positif dès le mois de mars, est-il toujours incarcéré alors que ce dispositif lui aurait permis de répondre à ses obligations judiciaires tout en assumant ses responsabilités familiales ? Depuis son incarcération, Nabil Ennasri n’a eu de cesse d’alerter sur l’état de santé de sa mère dont la santé se dégradait de façon dramatique. En décembre dernier, il avait même entamé une grève de la faim pour dénoncer le régime d’exception qu’il disait subir tout en insistant sur le fait qu’il craignait plus que tout de voir sa mère quitter ce monde alors qu’il restait en détention. Ses craintes ont malheureusement pris forme puisque sa mère est décédée il y a quelques jours. Nabil Ennasri a appris cette triste nouvelle alors qu’il était en pleine audition, la troisième devant le juge d’instruction. Malgré l’ampleur de la dévastation qui a été la sienne, l’administration pénitentiaire a refusé son extraction afin qu’il puisse se recueillir au chevet de sa mère défunte. Preuve de l’intransigeance d’un système dont on peine à comprendre la logique et la cohérence, le Juge des libertés et de la détention a décidé de prolonger sa détention. Alors que notre système judiciaire se fonde sur le principe fondamental que la liberté est le principe et que l’incarcération reste l’exception, cette décision de prolongation a été rendue la veille des obsèques de sa mère. Il est à cet égard sidérant de constater combien la justice peut sur le cas de M. Ennasri faire preuve d’une sourde sévérité quand dans d’autres situations objectivement bien plus graves, les personnes impliquées restent en liberté sous simple contrôle judiciaire. Du procès du viol de Mazan en passant par les sulfureuses affaires politico-financières impliquant certains ministres ou chefs d’entreprise, les cas sont légion où en dépit de charges accablantes, le passage par la case prison est rarement de mise. Présumé innocent, détenu depuis plus d’un an, bouleversé par une situation familiale déchirante et soumis à un différentiel de traitement aussi inexplicable qu’abusif, le cas judiciaire de Nabil Ennasri interroge lourdement. Qu’est-ce qui explique un tel acharnement ? Serait-ce son profil, ses engagements passés, son origine de classe voire sa confession qui poseraient problème ? Le simple fait de soulever ce genre de questions que de plus en plus de citoyens se posent suffit à démontrer combien l’institution judiciaire présente des failles qu’il faut d’urgence combler. Et ce, afin de garantir véritablement l’état de droit et l’égalité de traitement pour tous. Premiers signataires : Alain Bertho, Professeur émérite d’anthropologie Faiza Ben Mohamed, Journaliste Saïd Bouamama, Sociologue Houria Bouteldja, Militante politique QG Décolonial, essayiste François Burgat, politologue et ancien directeur de recherches au CNRS Ismahane Chouder, Enseignante et formatrice Olivier Da Lage, Journaliste Elias d'Imzalene, Urgence Palestine Samy Debah, Enseignant Karima Direche, Historienne, directrice de recherche CNRS Baudouin Dupret, Universitaire, directeur de recherches CNRS Georges Franco, Artiste, peintre Rayan Freschi, Chercheur CAGE International Vincent Geisser, Universitaire, directeur de l’IREMAM Alain Gresh, Journaliste Rachid Id Yassine, Sociologue Fateh Kimouche, Journaliste, fondateur du site Al Kanz Olivier Le Cour Grandmaison, Universitaire Ziad Majed, Politologue, universitaire franco-libanais Nadia Meziane, Collectif Lignes de Crêtes Marwan Muhammad, Statisticien, écrivain Saïdi Nordine, Membre de Bruxelles Panthères Christophe Oberlin, Chirurgien, écrivain Thomas Pierret, Politiste, chargé de recherches CNRS Ali Rahni, Militant associatif et politique Geneviève Rail, Professeure émérite, Montréal, Canada Jocelyne Rajnchapel-Messaï, Membre de l’UJFP (Union juive française pour la paix) Fabrice Riceputi, Historien Catherine Samary, Chercheuse en économie politique Pierre Stambul, Enseignant retraité, porte-parole de l’UJFP Daniel Vanhove, Auteur, militant pour la cause palestinienne - Bruxelles Dominique Vidal, Journaliste, essayiste Sofiane Meziani, écrivain, professeur, doctorant en philosophie Gabriel Hagaï, rabbin Des intellectuels, universitaires, historiens, sociologues et politologues dénoncent dans une tribune exclusive publiée par Mizane.info la détention actuelle de Nabil Ennasri, seul protagoniste d'une affaire, qui n'a pas encore été jugée, à avoir été incarcéré en préventive depuis le 4 octobre 2023.