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Kamel Kabtane : « Nous voulons construire une véritable culture de concertation »

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2026-07-02

Écrit par Ibrahim Madras

À l’initiative du Conseil des Mosquées du Rhône (CRM), une rencontre « interrégionale » des reponsables des institutions musulmans s’est tenue ce samedi 27 juin à l'Institut Français de Civilisation Musulmane (IFCM). Réunissant les organisations musulmanes de la région parisienne, de la région Auvergne-Rhône-Alpes et de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, cette concertation inédite s’inscrit dans « une dynamique durable de coopération ». Pour en savoir plus, la rédaction de Mizane.info s’est entretenue avec le recteur de la Grande Mosquée de Lyon, et président du CRM, Kamel Kabtane.

Samedi 27 juin, le Conseil des Mosquées du Rhône a convié des représentants de plusieurs institutions musulmanes d'Île-de-France, d'Auvergne-Rhône-Alpes et de Provence-Alpes-Côte d'Azur - à l'Institut Français de Civilisation Musulmane (IFCM) -. afin d'échanger sur les principaux enjeux institutionnels, juridiques et organisationnels liés au culte musulman en France. Pour mieux comprendre les objectifs et les perspectives de cette concertation, la rédaction de Mizane.info s'est entretenue avec le président du Conseil des Mosquées du Rhône, Kamel Kabtane.

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Q : Quelles ont été les causes et les motivations de cette rencontre collective organisée par le Conseil des Mosquées du Rhône ?

Kamel Kabtane : Cette rencontre est née d'un constat partagé par plusieurs responsables musulmans : les évolutions législatives, les transformations de l'organisation du culte musulman et les attentes des pouvoirs publics rendent indispensable un dialogue plus régulier entre les institutions qui agissent quotidiennement sur le terrain.

Les responsables régionaux et départementaux sont confrontés à des problématiques communes, qu'il s'agisse de la gestion des lieux de culte, des associations cultuelles, des établissements d'enseignement, de la formation des responsables religieux ou encore des relations avec les autorités publiques. Il nous a donc semblé nécessaire de créer un espace de concertation permettant d'échanger nos analyses, de partager les expériences de chacun et de rechercher des approches communes.

L'objectif de cette rencontre n'était pas de réagir à une actualité ponctuelle, mais d'engager une dynamique durable de coopération entre les institutions musulmanes afin de mieux anticiper les défis à venir et de contribuer, de manière responsable, à l'organisation du culte musulman en France.

Q : Pourquoi avoir convié spécifiquement les institutions musulmanes régionales et non les instances musulmanes françaises traditionnelles ?

Cette rencontre avait volontairement un caractère interrégional. Elle réunissait des responsables représentant des réalités territoriales différentes mais confrontés à des préoccupations largement similaires. Nous sommes convaincus que les réponses aux défis actuels doivent aussi s'appuyer sur l'expérience du terrain.

Les institutions régionales et départementales sont au contact quotidien des fidèles, des associations, des élus locaux et des services de l'État. Elles disposent d'une connaissance concrète des besoins et des difficultés rencontrées. Cette initiative ne s'inscrit nullement dans une logique d'opposition ou de substitution aux instances nationales existantes.

Au contraire, nous considérons qu'une représentation nationale forte ne peut être pleinement efficace que si elle s'appuie sur une concertation permanente avec les territoires. Notre démarche vise donc à enrichir cette réflexion collective en faisant remonter les réalités, les préoccupations et les propositions des acteurs de terrain.

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Q : Quels sont les objectifs concrets à moyen et long terme de ces concertations ?

Notre ambition est de construire progressivement une véritable culture de concertation entre les principales institutions musulmanes présentes sur le territoire.

À moyen terme, nous souhaitons améliorer le partage d'informations, coordonner davantage nos analyses sur les questions institutionnelles, mutualiser les compétences, échanger les bonnes pratiques et favoriser l'émergence de positions communes lorsque les sujets concernent l'ensemble du culte musulman.

À plus long terme, nous espérons contribuer à une organisation plus cohérente, plus concertée et plus proche des réalités vécues par les musulmans de France. Cette démarche ne vise pas à créer des divisions, mais à renforcer les complémentarités entre les différents acteurs et à favoriser une représentation démocratique et indépendante de tout pouvoir davantage ancrée dans les territoires.

Q : Quels furent les principaux sujets abordés ?

Nos échanges ont porté sur plusieurs sujets majeurs. Nous avons tout d'abord examiné les évolutions législatives susceptibles d'avoir un impact sur l'exercice du culte musulman, notamment les projets de loi concernant les associations cultuelles, les établissements d'enseignement et les organisations religieuses. Une attention particulière a été portée au futur projet de loi relatif à la lutte contre l'entrisme islamiste et aux atteintes à la souveraineté nationale.

Les participants ont souligné la nécessité de disposer d'une expertise juridique approfondie afin d'en mesurer précisément les conséquences pour les associations cultuelles, les lieux de culte et les autres acteurs du culte musulman. Les échanges ont également porté sur les travaux du Forum de l'Islam de France (FORIF), sur les perspectives d'évolution de la représentation du culte musulman et de sa structuration et sur les relations avec les pouvoirs publics.

Les participants ont par ailleurs exprimé leur vive préoccupation face à la montée de discours et de comportements d'intolérance qui contribuent à banaliser les amalgames et les stigmatisations visant les citoyens musulmans ainsi que les institutions représentatives du culte musulman. Ils rappellent que la lutte contre toutes les formes de haine, de discrimination et de racisme constitue une exigence républicaine. Ils réaffirment leur attachement à la liberté de conscience, à la liberté de culte, à la liberté d'association ainsi qu'aux principes de l'État de droit.

Enfin, les participants ont souligné la nécessité de mieux coordonner les annonces et les prises de position nationales concernant le culte musulman, notamment lorsqu'elles concernent l'ensemble des fidèles. Ils estiment que les décisions relatives aux grandes échéances cultuelles gagneraient à être préparées dans un esprit de concertation, de responsabilité et de consensus afin de renforcer la confiance des fidèles, la crédibilité des institutions représentatives et la cohérence de la parole publique.

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Q : Songez-vous à vous structurer concrètement et collectivement en une structure unifiée ? Quelles sont les suites envisagées à ces rencontres ?

Cette rencontre a permis de constater une réelle convergence de vues entre les institutions participantes sur la nécessité de renforcer leur coopération. À ce stade, il ne s'agit pas de créer une nouvelle structure nationale ou de se substituer aux instances existantes, mais de mettre en place un cadre pérenne de concertation, de coordination et de réflexion entre les responsables régionaux et départementaux. Les participants ont convenu de poursuivre ces rencontres de manière régulière, de constituer des groupes de travail sur les principaux dossiers institutionnels et d'élaborer progressivement des positions communes lorsque les enjeux concernent l'ensemble du culte musulman.

Parmi les décisions importantes prises lors de cette rencontre figure la réflexion engagée sur la création d'un fonds de soutien juridique mutualisé. Celui-ci aurait vocation à permettre aux institutions participantes de recourir aux services de cabinets d'avocats et d'experts reconnus afin d'analyser les évolutions législatives, notamment le futur projet de loi relatif à la lutte contre l'entrisme islamiste, d'en apprécier les conséquences concrètes et, le cas échéant, de formuler des observations et des propositions dans le respect du cadre républicain et de l'État de droit.

Les participants souhaitent également développer une meilleure coordination sur les sujets d'intérêt national, notamment lorsqu'il s'agit d'annonces ou de décisions engageant l'ensemble des musulmans de France. Une concertation plus étroite entre les institutions représentatives contribuera à renforcer la cohérence de la parole publique, à consolider la confiance des fidèles et à favoriser une représentation plus lisible et plus efficace du culte musulman. Cette dynamique de concertation a d'ores et déjà suscité l'intérêt de plusieurs institutions départementales, dont certaines ont participé à cette première rencontre tandis que d'autres ont exprimé leur souhait de rejoindre cette démarche lors des prochaines échéances.

Cette ouverture témoigne d'une attente réelle des acteurs de terrain pour un espace de dialogue, de coordination et de réflexion partagé, fondé sur la confiance, la responsabilité et le respect de la diversité des sensibilités qui composent le culte musulman en France. Notre volonté est de construire cette démarche de manière progressive, inclusive et pragmatique, en associant toutes les institutions qui souhaitent contribuer à cette réflexion. L'ambition n'est pas de créer une organisation supplémentaire, mais de faire émerger une méthode de travail commune, fondée sur la concertation, l'expertise, la confiance et la recherche de l'intérêt général, au service des musulmans de France et dans le respect des valeurs de la République.

Propos recueillis par Ibrahim Madras pour Mizane info.

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