Le Mali a été, samedi et dimanche, le théâtre d’attaques coordonnées de grande ampleur visant plusieurs villes du pays, menées par des djihadistes du Groupe de soutien à l’islam (GSIM) et des rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA). Le ministre de la Défense et numéro deux du régime, Sadio Camara, a été tué lors d’un assaut contre sa résidence à Kati.
Un assaut coordonné à l’échelle de tout le territoire malien. Dès l’aube du 25 avril, plusieurs unités de djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et des combattants du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont attaqué plusieurs villes stratégiques du Mali : Kidal et Gao, au Nord ; Sévaré, au centre ; Bamako et Kati, au Sud.
Alliance de circonstance entre le FLA et le GSIM
Les deux entités, aux objectifs distincts, ont revendiqué un « partenariat » et une « coordination d’actions », selon un porte-parole du FLA, pour les attaques menées samedi 25 avril contre les villes de Gao, Sévaré, Kidal, Mopti, Bourem ainsi que Bamako et sa voisine Kati. « Au-delà de cette guerre de communication qui dure depuis plusieurs années, l’aspect fondamental est que cette alliance entre le FLA et le GSIM s’est concrétisée avec l’intervention sur l’ensemble du territoire national, et surtout Bamako et Kati, le cœur du pouvoir », analyse André Bourgeot, anthropologue au CNRS.
Plusieurs sources sécuritaires indiquent que le ministre de la Défense et numéro deux du régime, Sadio Camara, a été tué dans l’attaque menée contre sa résidence à Kati. La résidence du chef du régime, le général Assimi Goïta, a également été visée, tout comme l’aéroport international, fermé durant plusieurs heures. Fait inédit, le GSIM s’est adressé directement aux Russes, avec lesquels il a conclu un accord pour leur retrait de Kidal.
Pour le deuxième jour consécutif, les combats ont repris dimanche 26 avril au matin dans la ville de Kidal, dont le groupe séparatiste du FLA a revendiqué la prise. Des éléments de l’armée malienne restaient retranchés dans un ancien camp des Casques bleus, encerclés par les rebelles. Leurs alliés russes de l’Africa Corps (ex-Wagner), eux, ont pu quitter la ville à la suite d’un accord avec les assaillants touaregs.
A la suite d'une alliance, les djihadistes du JNIM et les rebelles du FLA ont lancé une vaste offensive commune ce matin au Mali.
Les armées maliennes 🇲🇱 et russes 🇷🇺 sont en difficulté dans le nord mais gardent le contrôle de la capitale Bamako.
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— Clément Molin (@clement_molin) April 25, 2026
Une escalade continue depuis 2023
Issa Ousmane Coulibaly, ministre de l’Administration territoriale et porte-parole du gouvernement, s’est adressé à la nation malienne à la télévision nationale samedi soir. « Des groupes armés terroristes ont mené des attaques complexes et coordonnées visant certaines villes, notamment les villes-garnisons de Gao, Sévaré, Kati, Kidal et Bamako , a déclaré le porte-parole.
« Les attaques de samedi marquent certes un palier supplémentaire dans le conflit entre groupes armés et autorités maliennes », analyse Jean-Hervé Jézéquel, directeur de projet Sahel à l’International Crisis Group. « Mais cela s’inscrit dans une continuité : ces groupes ont déjà prouvé leur capacité à mener des opérations d’envergure et des attaques simultanées contre des centres urbains. »
En juillet 2025, ces groupes avaient déjà attaqué plusieurs villes de l’ouest du pays. Enfin, depuis septembre, les djihadistes ont mis en place un blocus du carburant en provenance du Sénégal ou de la Mauritanie pour tenter d’asphyxier la capitale, forçant les autorités à libérer en mars 200 combattants du mouvement en échange d’un allègement du blocus.
[ 🇲🇱 MALI ]
🔸 Les rebelles touaregs du Front de libération de l'Azawad ont annoncé dimanche 26 avril avoir conclu un accord avec les forces russes de l'Africa Corps pour leur retrait de la ville de Kidal dans le nord du Mali. Selon un responsable de la rébellion, cet accord… pic.twitter.com/5lgPXquiT5
— Little Think Tank (@L_ThinkTank) April 26, 2026
La junte militaire malienne fragilisée
La junte militaire qui a pris le pouvoir à Bamako en 2021 apparaît aujourd’hui fragilisée. En dehors de quelques communiqués laconiques et triomphalistes de l’armée, le silence domine. Autre perdant de la séquence, l’allié russe : les hommes de l’Africa Corps, présents dans le pays depuis plus de cinq ans, n’ont ni amélioré la situation sécuritaire ni permis de contenir cette attaque d’ampleur.
De leur côté, les indépendantistes touaregs, appuyés par le GSIM, ont repris Kidal, leur fief historique, dont ils avaient été chassés en novembre 2023. Samedi soir, sur le plan de la communication, chaque camp revendiquait la victoire, sans qu’aucun bilan ne soit disponible. Un communiqué de l’état-major des armées a annoncé qu’un « ratissage » était en cours dans plusieurs villes du pays, évoquant une « déroute des terroristes », tandis que le GSIM a revendiqué la « responsabilité » des attaques et proclamé une « victoire », fruit d’un « travail acharné ».
Quels sont les objectifs visés par les deux groupes armés ? Pour le FLA, il s’agit d’obtenir « l’instauration d’un État au Nord », indique Attaye Ag Mohamed, un cadre du groupe. « Nous coopérons avec le GSIM (…). Nous combattons le même ennemi, même si nos objectifs sont différents. Le nôtre, c’est l’instauration d’un Etat au Nord, mais nous ne sommes pas contre leur projet de régime islamique ».
