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04/12/2022
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Ahmad Kanté : les étapes du pèlerinage (hajj)

Mizane.info publie une nouvelle chronique de l’imam et écrivain Ahmad Kanté dans laquelle il revient brièvement sur l’origine des différentes étapes du pèlerinage (hajj) dans le périple abrahamique.

Il existe une pléthore de livres et documents sonores sur le rituel du Hajj (pèlerinage) ce qui est une très bonne chose. En effet, les pratiques rituelles islamiques relèvent du révélé, c’est dire qu’en la matière, le musulman se limite à accomplir les prescriptions établies dans le Coran et la Sunna sans rien y changer : obéissance et conformité.

L’obéissance est une preuve de fidélité et de confiance en Dieu, ce qui exclut l’option « musulman non pratiquant » alors que la conformité consiste à respecter le rituel tel que révélé.

Dans les lignes qui suivent, le but est de nous pencher sur quelques aspects de la dimension « intérieure » du Hajj et d’autre part, de proposer une réflexion rapide sur l’articulation de la Mosquée de la Mecque et de celle de Jérusalem.

Hajj : la sacralisation du pèlerin

C’est ainsi que pour ce qui est du Hajj, après avoir terminé l’édification de la Kaaba, Ibrâhîm et Ismâ’îl (paix sur eux) demandent à Dieu (Allah) le Très-Haut de leur indiquer le rituel à observer. (Coran 2 : 128) De son côté, le Prophète (PBDSL) dira : « Prenez de moi vos pratiques rituelles »

Mais, en plus et non en opposition au nécessaire rituel qui nous est donné et à travers lequel Dieu laisse transparaitre Sa sagesse et Sa miséricorde, il est décisif de ne pas négliger la dimension intérieure de tout acte cultuel afin qu’il ne finisse par se réduire à des gestes et propos routiniers et dépourvus de l’esprit qui doit les animer.

On sait que des érudits comme Ghazali ont beaucoup insisté sur cet aspect d’intériorité « rûh » et de ferveur « khuchû ‘ » qui sont indissociables du rituel et qui garantit leur saveur spirituelle. Dans ce cadre, il est utile de rappeler brièvement ces dimensions de sens dans le rituel du Hajj.

Le moment du « ihrâm » (sacralisation) marque l’intention du pèlerin à se mettre dans un temps sanctifié où il se retire en quelque sorte du monde ici-bas tout en y étant physiquement. A partir de ce moment, il ne dit ni ne fait rien qui puisse l’éloigner de Dieu au sens de Son agrément : lui sont interdits les relations sexuelles, les disputes, se couper les cheveux, les ongles, etc. Le vêtement humble lui rappelle la vanité du paraitre et du superflu.

Le « Tawâf » (rotation) autour de la Kaaba, à 7 reprises, en partant de la pierre noire et dans le sens contraire des aiguilles d’une montre opère comme un exercice qui lui apprend à rester dans la proximité de Dieu.

De Safa à Marwa, la course d’Hajar

La « Talbiya », déclamée jusqu’à essoufflement, contient des expressions « données » qui renvoient toutes à la proclamation de l’Unicité et de l’absolue souveraineté de Dieu, à ceci qu’Il est le seul à mériter La louange et qu’Il est Celui et Lui seul qui nous fait profiter de Ses inestimables bienfaits.

La semi-course entre les monticules de « Safa » et de « Marwa rappelle l’épreuve à laquelle fut soumise cette croyante exemplaire que fut Hâjar (Agar de la Bible). En plein désert avec un nourrisson, Ismaël (paix sur lui), elle fait ce qu’elle peut pour trouver de l’eau tout en gardant une totale confiance en Allah (SWT) : la foi n’est pas le fatalisme.

Rien dans le rituel du pèlerinage n’est dissociable de la dignité dans l’épreuve étroitement associée à l’espérance en Dieu. Et le pilier de fin du pèlerinage s’accomplit par le stationnement du pèlerin dans l’espace dédié d’Arafat. C’est le moment d’invocations et d’un repentir qui préfigurent le jour du jugement dernier.

Sans oublier le lancer de cailloux « jamarât » qui symbolise la lutte du fidèle contre les tentations de Satan qui cherche à l’empêcher de faire ce qui peut le rapprocher de Dieu et le libérer de l’emprise carcérale du clinquant de ce monde ici-bas, de ses mauvais penchants et de celui que le Coran a appelé le trompeur « al gharûr », Satan. Le pèlerin qui associe sincèrement et bellement l’esprit et le rituel du Hajj peut espérer revenir chez lui, comme le dit le hadith connu, « nettoyé » de ses péchés comme s’il venait de naitre.

En plus de ces brèves lignes sur la dimension intérieure du Hajj, il nous plait de rajouter une autre sur les articulations entre « al masjididul harâm » et « al masjidul aqsâ ».

Ces deux Mosquées sont mentionnées ensemble, et ce n’est pas par hasard, dans le premier verset de la sourate 17 qui porte deux noms : « sûrat al isrâ » (sourate le voyage nocturne) et « sûrat banû isrâ-îl » (sourate les fils d’Israël) : « Gloire à Celui qui fit voyager Son serviteur[1] de nuit, de la Mosquée Sacrée[2] à la Mosquée la plus éloignée[3] dont Nous avons béni le(s) alentour(s), afin de lui faire voir certains de Nos signes. Il est vraiment Celui qui entend et voit tout ». (Coran 17 : 1).

L’épreuve d’Abraham et la confiance en Dieu

La question de savoir qui a été le premier à construire la Kaaba n’est pas tranchée au sein des oulémas. Pour certains d’entre eux, ce sont les anges qui ont édifié cette première Maison de Dieu sur terre, pour d’autres, c’est plutôt Adam et pour d’autres encore, c’est Abraham (paix sur eux).

En tout cas, par la mention qui en est faite dans le Coran, c’est à Abraham que Dieu a montré l’emplacement de la Maison où il l’édifiera avec l’aide d’Ismaël, le fils qu’il a eu avec Hâjar. (Coran 14 : 37), (Coran 22 : 26).

Ces versets semblent indiquer que la Maison sacrée fut jadis édifiée dans cet endroit de la Mecque. Après avoir installé Hâjar et son nourrisson dans le désert qui deviendra la Mecque, Abraham s’en va tout en invoquant Dieu en des termes pieux et annonciateurs d’un avenir radieux pour sa lignée qui passera par son fils ainé Ismaël (paix sur eux) et pour cet endroit aride à l’extrême.

Abraham quitte la terre de Canaan pour installer son épouse Hâjar et son nourrisson, Ismaël (paix sur eux), en plein désert avec comme seule attitude, celle du croyant exemplaire qui obéit et qui fait confiance tout en demandant à Dieu le meilleur pour sa famille dans des conditions où seule Son intervention pouvait être salutaire pour cette dernière (Coran 14 : 37).

Quand Abraham retourne en terre de Canaan, Dieu intervient de sorte que Hâjar et son nourrisson soient miraculeusement sains et saufs et soient finalement adoptés par la tribu arabe des « jurhum ».

Abraham reviendra quelques années plus tard pour notamment être confronté à l’épreuve du sacrifice. Son fils Ismaël (paix sur lui), fait montre d’une foi inébranlable et l’encourage à accomplir ce qu’il a vu dans un songe (Coran 37 : 102-106). Par la suite, Abraham reçoit avec son fils Ismaël (paix sur eux), ordre de purifier l’espace prévu pour l’édification de la Maison de Dieu, la Kaaba et puis de prononcer l’appel au Hajj. (Coran 2 : 125-127), (Coran 22 : 27).

L’invocation d’Abraham 

A la fin de leur commune œuvre, Abraham et Ismaël (paix sur eux) invoquent Dieu pour 1) être de vrais fidèles à Ses commandements ; 2) que de leur descendance soit issue une communauté de fidèles, 3) que le rituel du Hajj leur soit indiqué et, 4) que de leur descendance soit issu un messager qui aura la triple fonction de leur réciter les versets de Dieu, de leur enseigner Son Livre et de les purifier. (Coran 2 : 127-129).

Depuis ce temps, et malgré toutes sortes de menaces auxquelles l’expose sa position, la Mecque « tient » ainsi que la Kaaba où pendant des siècles et des siècles, les arabes de la région viennent accomplir le hajj. Et ce n’est pas par hasard que c’est de la tribu des Quraychites en charge de l’intendance du pèlerinage et de la gestion de la Kaaba que sera issu Muhammad (PBDSL), la personne qui incarne l’invocation exaucée d’Abraham (Coran 3 : 129).

C’est aussi l’invocation en partie exaucée d’Abraham qui s’est manifestée par le miracle de la permanence de la Kaaba au sein de la Mecque. (Coran 2 : 126). C’est en relation avec ces invocations que le Coran rappelle aux Quraychites que c’est grâce à la Kaaba qu’ils ont été préservés de la faim et de l’insécurité. (Coran 106).

Même si au fil du temps les Arabes vont finir par dénaturer la vocation de cette Maison de Dieu qui devait servir de repère à toutes les nations (Coran 2 : 125), et toutes les générations jusqu’à la fin des temps, la Kaaba restera vénérée et le hajj continuer de s’y effectuer dans un irrespect flagrant du rituel hérité d’Abraham et d’Ismaël (paix sur eux). Et ce, jusqu’à ce que vers 570, année de naissance du prophète Muhammad (PBDSL).

Un certain chef d’armée éthiopien du nom d’Abraha conduisit une expédition vers la Mecque dans le seul but de détruire la Kaaba. C’est l’échec total et miraculeux de cette campagne que le Coran rapporte à la sourate 105 « al fîl » du nom de cet imposant éléphant que montait Abraha et que les Arabes n’avaient jamais vu auparavant. Par comparaison, le « Temple » de Salomon n’échappera pas à la destruction de la part des troupes de Nabuchodonosor II en 587 av- JC.

Ahmad Kanté

Notes :

[1] Il s’agit du prophète Muhammad (PSLF)

[2] Il s’agit de la Mosquée de la Mecque associée à la Kaaba.

[3] Il s’agit de la Mosquée de Jérusalem rebâtie par Salomon. Selon la tradition musulmane, cette Mosquée a été construite ou reconstruite par le prophète Ya ‘qûb (Jacob dans la Bible – paix sur lui) puis par le prophète Salomon (paix sur lui). Comme pour la Kaaba à propos de laquelle il y a une thèse disant que c’est Adam (paix sur lui) qui en est le premier constructeur, il existe une opinion selon laquelle, Adam (paix sur lui) est aussi le premier à édifier la Mosquée la plus éloignée (al aqsâ). Interrogé par son compagnon Abû Dhar sur la première Maison (Mosquée) construite et dédiée à Dieu sur terre, le prophète Muhammad (saws) répondit : « C’est la Mosquée Sainte (la Kaaba), et ensuite ? Il répondit : « C’est la Mosquée al-Aqsâ » Combien de temps entre les deux ? Il répondit : 40 ans (Bukhârî).