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Affaire Lyhanna : un drame qui révèle les défaillances d’une société

lyhanna

La mort de la petite Lyhanna et les antécédents du principal suspect ont provoqué une vive émotion et une forte indignation dans le pays. Au-delà du drame, l’affaire relance les interrogations sur les défaillances du système politico-judiciaire sur la prise en charge des violences sexuelles commises contre les mineurs.

Dimanche 6 juin, près de 6 000 personnes ont participé à la marche blanche à Fleurance (Gers), où était scolarisée la jeune Lyhanna. Depuis la découverte de son corps dans le silo d’une ancienne usine agricole, l’émotion est immense à travers le pays. À la douleur s’ajoute une profonde incompréhension envers les institutions, alors que le principal suspect avait fait l’objet de plusieurs signalements depuis 2017 et était visé depuis 2025 par une enquête pour viol sur une enfant de 10 ans.

La mort de Lyhanna met en lumière des défaillances structurelles

Dans les rues de Fleurance, une même interrogation revenait parmi les participants : « Comment [le suspect, Jérôme B.] est-il passé entre les mailles ? ». Au-delà de l’hommage rendu à la fillette, l’affaire suscite une forte demande de réponses sur les plans politique et judiciaire.

Pour de nombreuses associations de victimes, le meurtre de Lyhanna met en lumière des défaillances structurelles déjà dénoncées depuis plusieurs années. Le Syndicat de la magistrature rappelait ainsi en 2024 que 160 000 enfants sont victimes d’agressions sexuelles chaque année en France.

Dès 2023, la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), créée à la suite du mouvement #MeToo, avait formulé 82 recommandations destinées aux pouvoirs publics. Celles-ci n’ont, à ce jour, pas été appliquées. Dès le 5 juin, la Ciivise a appelé le gouvernement à « tirer toutes les conséquences » du drame et à mettre en œuvre ses recommandations « sans délai ».

Gérald Darmanin « se défausse sur la justice »

Le Syndicat de la magistrature souligne également le manque de moyens de la justice : la moitié des juges pour enfants suivent plus de 450 situations, contre 325 théoriquement, tandis que la France compte quatre fois moins de procureurs que la moyenne européenne.

Face à l’émotion suscitée par l’affaire, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a annoncé un examen de 70 000 dossiers judiciaires concernant des mineurs d’ici au 14 juillet ainsi que d’éventuelles sanctions. Ces annonces peinent toutefois à convaincre les associations et les magistrats, qui considèrent que le gouvernement « se défausse sur la justice ».

Tout en reconnaissant des « défaillances graves [dans l’affaire Lyhanna] » au sein de l’administration placée sous son autorité, notamment concernant une plainte visant le suspect qui n’aurait pas été traitée avant la disparition de l’enfant, Gérald Darmanin estime ne pas être responsable des dysfonctionnements et exclut toute démission. Selon son ministère, les consignes transmises n’auraient pas été correctement appliquées par la magistrature (?!).

Réactions de l’opposition politique

« Ce n’est pas une responsabilité individuelle d’une magistrate qu’il faut pointer mais d’abord et avant tout une responsabilité politique », a réagi Mathilde Panot sur X. La présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale a appelé à la démission du garde des Sceaux. À droite, le sénateur Bruno Retailleau a proposé dans Le Parisien la création d’une « cour disciplinaire » chargée de sanctionner les magistrats.

Dans un communiqué, le Syndicat de la magistrature a estimé que « les responsabilités sont avant tout politiques ». « Il n’est pas acceptable d’entendre Gérald Darmanin se dire ”terrifié” par le dysfonctionnement de la justice, comme s’il venait de le découvrir », a déclaré l’organisation.

Lire sur le sujet : Violences sexuelles dans les écoles : l’Unicef dénonce un système français « défaillant »

Rassemblements prévus partout en France

Plus largement, plusieurs voix dénoncent un manque chronique de moyens. « L’exécutif accable une institution judiciaire qu’il a étranglée, asphyxiée par ses choix d’austérité », écrit L’Humanité.

Dans un entretien accordé au quotidien le 6 juin, Michèle Creoff, secrétaire générale de l’association Face à l’inceste, rappelle : « Il suffit de regarder les budgets alloués à la justice et à la police, l’état du service public de l’éducation nationale – avec le nombre d’infirmiers, de médecins, d’assistants sociaux –, l’effondrement de la protection de l’enfance… ». « La question de l’enfance n’est pas prioritaire dans les politiques publiques », déplore-t-elle.

Au lendemain de la marche blanche organisée à Fleurance, de nouveaux rassemblements étaient annoncés dans plus de 160 villes françaises à partir de 19 heures. Des associations de lutte contre les violences sexuelles ont également appelé à se mobiliser devant les tribunaux partout en France à la même heure.

 

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