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Jospin, architecte de la « gauche plurielle »

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Lionel Jospin est décédé ce lundi à l’âge de 88 ans. Ancien Premier ministre de 1997 à 2002 sous Jacques Chirac et premier secrétaire du PS, il s’était présenté sans succès aux présidentielles de 1995 et 2002. Figure majeure du socialisme français, il fut cependant happé par l’idéologie islamophobe dominante dans le paysage politique du pays.

Lionel Jospin restera dans l’histoire comme le Premier ministre des 35 heures et des emplois jeunes. Arrivé à Matignon en 1997 après une dissolution surprise, il a dirigé pendant cinq ans la « gauche plurielle », une coalition inédite alliant socialistes, communistes et écologistes. Son mandat a été marqué par une croissance économique retrouvée, qu’il a choisi de redistribuer via des réformes structurelles profondes.

La loi Aubry sur la réduction du temps de travail demeure son marqueur le plus fort. Pour Jospin, il ne s’agissait pas seulement d’une mesure économique, mais d’un projet de société. Il déclarait d’ailleurs en 1997 :

« Les 35 heures seront à la fois un grand progrès social et une avancée économique. »

Outre le temps de travail, son gouvernement a instauré la Couverture Maladie Universelle (CMU) et le PACS, ouvrant la voie à de nouvelles libertés civiles, malgré une opposition farouche à l’époque.

Le durcissement laïque face à l’islam

La relation de Lionel Jospin avec la question de l’islam en France a été structurée par une vision rigoureuse, mais nuancée, de la laïcité. Ministre de l’Éducation nationale lors de l’affaire du voile à Creil en 1989, il avait alors refusé l’exclusion systématique, préférant s’en remettre à l’avis du Conseil d’État pour préserver la scolarisation des jeunes filles.

Cependant, au fil des années, sa position s’est raffermie autour d’une neutralité républicaine stricte. Il a soutenu l’idée que la République devait offrir un cadre où la religion reste dans la sphère privée pour garantir l’égalité de tous. Une conversion au laïcisme qui a jeté les bases des réflexions qui mèneront plus tard à la commission Stasi. Pour lui, l’intégration passait par l’école et le respect des règles vestimentaires majoritaires, une sancturaistaion laïque de l’école excluant la religiosité de fait, selon une conception sécularisante, assimilationniste et radicalement neutraliste de la laïcité.

Palestine : Bir Zeit et la diplomatie pro-israélienne

Sur la scène internationale, Lionel Jospin a souvent dû naviguer entre les prérogatives du président Jacques Chirac et ses propres convictions. Son positionnement sur le conflit israélo-palestinien a été marqué par un événement majeur : son voyage en Israël et dans les Territoires palestiniens en février 2000.

À l’université de Bir Zeit, il qualifie les attaques du Hezbollah contre les troupes israéliennes de « terroristes », déclenchant une pluie de pierres de la part d’étudiants palestiniens. La position diplomatique de Jospin pour le Moyen Orient était faible et sans perspective sur la réalité de la menace coloniale israélienne pour l’ensemble de la région.

« La France, déclarait-il, plaide pour une solution juste, fondée sur le droit international et la coexistence de deux États », sans plus de précisions.

Lionel Jospin laisse donc derrière lui l’image d’un « protestant de la politique », dont la droiture et le refus du spectacle ont parfois été confondus avec de l’austérité, mais qui aura manqué d’étoffe politique sur le plan international et d’envergure pour ancrer la France dans une politique de souveraineté sociale anti-Maastrichtienne.

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