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RAMF : où va la Rencontre annuelle des musulmans de France ?

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Discours de clôture de la RAMF 2019 par Amar Lasfar, président de « Musulmans de France » (UOIF). 

La Rencontre annuelle des musulmans de France (RAMF) 2019 a clôturé ses portes lundi 22 avril après 4 jours de débats et de conférences sur le thème « Musulmans de France : un avenir à construire ». L’occasion de se pencher un moment sur cette rencontre et son avenir.

La Rencontre annuelle des musulmans de France (RAMF) est à elle seule une institution musulmane. Seule rencontre de cette ampleur et de ce type à être organisée en France, la RAMF est l’occasion pour les musulmans de l’Hexagone de se rencontrer, de se retrouver et de partager ensemble des réflexions, des échanges et des retours d’expériences.

La RAMF, une expérience communautaire singulière

La RAMF fournit, à une échelle microscopique, une image relative et une température de ce qui se déroule dans la communauté musulmane. Malgré les tentatives de certains entrepreneurs d’organiser un événement similaire, aucune n’a réussi pour le moment à pérenniser cette expérience et à lui fournir la même qualité organisationnelle.

Cette qualité n’est pas née du commencement. Elle est le fruit d’une expérience de trente-six années. La RAMF, par l’importance des financements qu’elle mobilise (la location du Parc d’exposition du Bourget, la prise en charge financière des conférenciers), par la fidélité des bénévoles qu’elle réunit, et par la diversité des thèmes abordés, demeure donc une valeur sûre.

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Le débat, même tendu, sur la représentativité musulmane regroupant le CFCM, la Plt Les Musulmans et l’AMIF, a par exemple démontré la capacité de la RAMF à réunir des acteurs opposés, différents, divergents. Le dynamisme de ses bénévoles est aussi l’indice remarquable d’une capacité à mobiliser les jeunes, à une époque marquée par la crise de l’engagement.

Les causes d’un recul de la fréquentation

Ceci étant dit, la diminution perceptible de la fréquentation générale des visiteurs à la RAMF interroge. Comment l’expliquer ? Quelles en sont les raisons ?

Certains observateurs habitués de l’événement ont leur explication. La RAMF aurait mobilisé dans le passé grâce à la présence de têtes d’affiches, des guest stars comme Tariq Ramadan. L’absence de ces têtes d’affiches expliqueraient le reflux des visiteurs, estimés à 150 000 cette année (valeur en terme de flux).

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D’autres y voient l’indice d’un recul manifeste de l’UOIF (Musulmans de France) auprès de la base musulmane, de son manque d’ancrage communautaire et de son absence tout au long de l’année, le signe manifeste de la perte de la dynamique qu’elle incarnait jusqu’en 2000, et surtout le vieillissement de ses responsables, les mêmes depuis la fondation de l’UOIF.

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L’obstination à s’accrocher à la direction et à ne pas laisser la place à de nouveaux cadres, tout comme le manque criant de femmes à la tête de postes clés, a dressé selon ces critiques l’image d’une institution vieillissante et à bout de souffle. En fin de vie, commentent certains habitués.

Le changement générationnel et les nouvelles pratiques sociales des plus jeunes, centrées sur l’individu et les nouvelles technologies, expliqueraient également la désaffection progressive de la RAMF.

Le point de vue des acteurs internes

Pour les acteurs au fait des réalités de l’organisation de la RAMF que nous avons questionnés, les causes seraient autres.

La baisse de la fréquentation, réelle, ne serait pas aussi importante qu’on le penserait. Cette perception serait faussée par la reconfiguration des lieux. Jusqu’à il y a trois ans, les conférences étaient toutes regroupées dans la grande salle principale.

Depuis, d’autres espaces comme le Forum Généraction, le café débat et d’autres ont été proposés au public dans un hall entier et à l’extérieur. Cette décentralisation des lieux d’interventions aurait désengorgé la salle principale et dispersé les visiteurs, donnant l’impression d’un tarissement.

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(De droite à gauche) : Mohamed Bajrafil, Abdelmounaïm Boussena et Mustapha Chérif.

Par ailleurs, les attentes des jeunes, plus friand d’interaction avec les intervenants et moins enclins à s’asseoir pour recevoir la « bonne parole » des conférenciers de la salle principale, confirmerait cette désaffection de la salle principale.

La convergence des dates de vacances scolaires entre les zones de l’éducation nationale est mentionnée comme facteur de départ en congés, ainsi que la simultanéité des dates, certaines années, de l’organisation d’événements visant la même cible (salon du mariage oriental, salon de l’immobilier marocain).

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La désaffection s’explique aussi selon ces acteurs par la concentration des visiteurs dans le grand hall commercial qui réunit tous les stands commerciaux. L’achat et la visite commerciale demeure la principale motivation des visiteurs de la RAMF, très loin devant les conférences, débats ou témoignages artistiques.

Quelques pistes de réformes

Ces acteurs attentifs de la RAMF estiment les critiques sur le non renouvellement des cadres en partie injustifiées. La plupart des structures et pôles d’activités de la Rencontre annuelle des musulmans de France sont gérés, d’après leur témoignage, par des jeunes. De fait, selon eux, la RAMF est le produit de la jeunesse.

Cette réalité serait occultée par une visibilité plus importante des anciens cadres fondateurs. Cette problématique de la confiscation dont ils reconnaissent la réalité serait propre au culte musulman en France. Elle ne serait que le reflet au niveau national de tous les niveaux locaux et régionaux du culte.

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Tous les responsables de mosquées à tous ces échelons pratiqueraient cette mainmise sur leur direction. Cette problématique serait donc, d’après eux, plus globale que localisée sur la seule direction de l’UOIF.

Quoi qu’il en soit, il reste que la RAMF devra être l’objet de réformes pour ne pas perdre les acquis de sa réussite et éviter le chemin d’une extinction, face à une dynamique de changement générationnel et à des enjeux nationaux toujours plus complexes. Une étude interne devrait être lancée à cette fin.

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L’approfondissement des débats, l’amélioration de leur animation à travers un questionnement plus incisif, la cohérence des thèmes ou sujets proposés en lien avec le sujet de la Rencontre devrait figurer au rang des réformes.

Tout comme le renforcement de l’autonomie de la RAMF vis à vis de l’ex-UOIF (Musulmans de France) en réduisant le temps de parole de ses associations qui jouissent déjà d’un stand pour présenter leurs activités. Des initiatives pour éviter l’effet centre commercial où les visiteurs se croisent sans échanger serait de bon aloi.

Musulmans de France à la croisée des chemins

Il n’en demeure pas moins qu’il semble difficile d’envisager un changement de fond qui ne serait pas le reflet d’une réforme de Musulmans de France (MF) elle-même. Cette image négative de confiscation générationnelle des responsabilités de la fédération musulmane est souvent mentionnée et nuit à l’institution.

Un changement du bureau et de nouveaux visages apparaît indispensable. Une féminisation des clercs religieux, amorcée, doit être poursuivie de manière plus ambitieuse. Les femmes forment déjà la majorité des étudiants des instituts de théologie musulmane.

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Cette réalité devrait se refléter dans les prises de parole. Sans nouvelle dynamique initiée à Musulmans de France (MF), les conditions d’un ancrage quotidien avec la communauté musulmane qui puisse à son tour fédérer plus de public au moment de la RAMF ne seront pas réunies.

C’est le défi et le challenge qui attend les responsables actuels de Musulmans de France (MF). La baisse de la fréquentation à la RAMF est en ce sens une opportunité à saisir pour opérer des changements indispensables.

La passation des responsabilités au sein du Conseil d‘administration en constituerait le marqueur le plus visible. On l’aura compris, pour Musulmans de France (MF), l’avenir est aussi à construire.

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