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17/09/2019
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La radicalisation, une arme à double tranchant

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Détournée de son sens étymologique, la radicalisation, dérivé du mot radical, en est venu à désigner un processus de rupture menant à la violence. Mais cette rupture radicale avec le sens de ce mot a produit elle-même toutes sortes de violences. Pour mieux le comprendre, Mizane.info republie un extrait, substantiellement enrichi, d’un article consacré à l’analyse sémantique de la radicalisation.

Au ministère de l’Intérieur français, la radicalisation se distingue en quatre formes.

La radicalisation identitaire désigne un processus d’exacerbation d’une identité ethnique ou ethno-religieuse menant à une rupture avec la société.

La radicalisation religieuse, plus insidieuse, ne serait rien moins que l’adoption exclusive de grilles de lecture de pensée religieuse menant à des formes d’obscurantisme et d’intolérance.

Dans cette continuité, la radicalisation cultuelle exprimerait une visibilité religieuse en décalage avec la société, présentée comme un extrémisme.

La dernière forme de radicalisation, politique, indiquerait la mise en œuvre d’un processus révolutionnaire de contestation démocratique. 1

Détournement de fond

A l’exception de la dernière définition qui indique bien un retour aux sources, un re-commencement, une ré-volution, les autres définitions ne constituent ni plus, ni moins qu’une tentative de détournement de fond sémantique.

L’objectif consiste à faire de la radicalité un synonyme du terrorisme et de l’extrémisme. Ce qu’elle n’est pas.

Le terrorisme désigne toute action violente, de nature politique ou idéologique, dont l’objectif est de semer la terreur au sein d’une nation, d’une société ou d’un groupe d’individus.

L’extrémisme qualifie toute action ou discours se situant à l’extrême limite de l’idéologie dans laquelle il s’inscrit, selon le sens de son étymologie empruntée à l’adjectif latin extremus, superlatif. de exter « extérieur », signifiant « le plus à l’extérieur; le dernier, le pire, extrême ».

A lire également : Radicalisation : les dérives d’un rapport d’état

La radicalité est l’exact contraire. Radical signifie « relatif à la racine, à l’essence de quelque chose, qui concerne le principe premier, fondamental, qui est à l’origine d’une chose, d’un phénomène ».

Le retour aux racines est un retour au fondement, au principe, à ce qui est premier.

Les tenants du terme de radicalisation islamiste ou d’islam radical nous expliquent donc, bien malhonnêtement, que la violence n’est pas à l’extrémité mais à la racine.

Cette perversion terminologique de la radicalité consiste, comme toute perversion, à détourner la nature d’un mot, d’une idée, d’une valeur, vers une forme corrompue, maligne, pour amalgamer par la suite cette forme déviante à la racine censée l’avoir enfanté.

Agir sur les causes réelles pour endiguer leurs effets

En définissant la radicalisation islamiste ou djihadiste comme un processus menant à la violence, ses auteurs induisent que la violence est au cœur de l’islam, que les racines de l’islam sont constituées de cette violence et qu’une pratique fidèle, autrement dit radicale de l’islam, conduit logiquement au terrorisme, définition à la fois fausse et dangereuse.

Une étude approfondie des racines de l’islam suffit à s’en convaincre.

Une évaluation démographique du nombre de musulmans mis en rapport avec la réalité statistique du nombre d’attentats liés à la mouvance djihadiste achève pour sa part d’écarter toute assertion de ce type hors du champ de la rationalité.

Nous sommes plutôt ici en présence d’un énoncé de type paranoïaque.

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L’étude sérieuse des causes et des facteurs qui contribuent à la production d’actes de violence terroriste passe par la dotation d’outils, de notions et d’analyses ancrés dans la réalité et non dans le fantasme.

La prévention du terrorisme passe par une action non pas sur ses causes fictives mais réelles (politique étrangère de soutien aux régimes dictatoriaux, discours promouvant le choc des civilisations, production d’une islamophobie structurelle, prise en compte des parcours de fragilité sociale et psychologique, action contre les discours extrémistes, etc).

Il n’est pas possible d’endiguer les effets du terrorisme sans reconnaître ses causes et agir sur elles. Et malgré cela, ce type de phénomène complexe reste imprévisible.

Ceci étant dit, on comprend bien qu’en extrapolant des facteurs religieux et en les dotant d’une charge criminogène non justifiée, on contribue à l’extension mentale de la zone de conflit et de victimes sociales du terrorisme qui a pour objectif la destruction d’une société.

Il est difficilement justifiable de prétendre lutter contre le terrorisme tout en servant ses desseins.

Fouad Bahri

Notes :

1-Ces définitions de la radicalisation sont extraites de l’ouvrage « L’état d’urgence (permanent) » de Hassina Mechaï et Sihem Zine, aux éditions MeltingBook.