Catégories
Articles récents
24/07/2019
AccueilIsraëlGabriel Hagaï : l’État d’Israël ou les valeurs corrompues du nationalisme fondamentaliste

Gabriel Hagaï : l’État d’Israël ou les valeurs corrompues du nationalisme fondamentaliste

Israël

Le vote d’une nouvelle loi fondamentale par l’Assemblée israélienne, définissant l’Etat d’Israël comme Etat du peuple juif, a été diversement reçu et apprécié dans l’opinion internationale et au sein de la communauté juive. Le Rabbin Gabriel Hagaï exprime avec force et indignation sa critique humaniste et religieuse de l’orientation politique et idéologique défendu par Tel Aviv, dans cette nouvelle tribune publiée par Mizane.info.

Israël

Le rabbin Gabriel Hagaï.

Je suis à la fois très triste et très en colère ! Le 7e jour de notre mois de av, l’État d’Israël vient de faire voter par son Assemblée une nouvelle « loi fondamentale » (lui tenant lieu de constitution) qui stipule qu’il est « l’État-Nation du Peuple Juif ». Il en a profité pour retirer l’arabe de la liste de ses langues officielles, n’y laissant que l’hébreu. L’ultra-sionisme vient d’asséner ainsi un coup d’épée magistral à toute proposition de paix.

Qui sont-ils ces dirigeants israéliens, mangeurs de porc et profanateurs du shabbat, pour s’ériger en seuls représentants du « peuple juif » ? Où est leur légitimité ? Que Dieu nous préserve ! Ni ils ne me représentent, ni ils ne représenteront jamais les juifs dans leur ensemble !

Cette loi fondamentale comporte plusieurs sophismes (utilisés ad nauseam par la propagande sioniste) qu’il me convient de dénoncer. Cependant, un billet d’humeur comme celui-ci ne constitue pas un format adéquat pour développer en profondeur ce qui nécessiterait un ouvrage entier. Pour rester court : 1. Qu’il existerait un « peuple juif ». 2. Que ce « peuple » devrait avoir une terre. 3. Qu’un état pourrait représenter ce « peuple », et même exclusivement. 4. Que cet état pourrait exister au mépris des droits d’une minorité non-juive et de la justice envers elle. 5. Que la Torah serait accessoire aux juifs, plutôt que nécessaire et fondamentale.

Nous, les juifs, sommes une famille, pas une nation au sens politique du terme. Nous sommes la « Famille de Jacob (Bêt-Ya‘aqov) », celle de ses descendants – à qui Dieu a donné Sa Torah par Moïse

Or, c’est faux ! Il n’en est rien ! Notre identité, c’est la Torah. Et on ne saurait réduire la révélation divine qu’est la Torah au nationalisme primaire que constitue le sionisme. Notre Torah est justement construite sur la justice, l’amour, l’humilité et l’inclusion. Tout le contraire des « valeurs » du sionisme – incarnées par cette loi fondamentale –, basées sur l’orgueil, l’oppression, la haine et l’exclusion. Selon notre Torah, on ne saurait donc construire une société saine sur l’injustice envers ne fut-ce qu’une seule personne – a fortiori envers un peuple tout entier.

Nous, les juifs, sommes une famille, pas une nation au sens politique du terme. Nous sommes la « Famille de Jacob (Bêt-Ya‘aqov) », celle de ses descendants – à qui Dieu a donné Sa Torah par Moïse –, et à laquelle on peut appartenir par trois moyens : 1. la filiation, 2. l’adoption (ce qu’on appelle abusivement la « conversion ») et 3. le mariage. C’est pour cela qu’il existe des juifs de toutes les ethnies, fruits des mélanges entre nos populations originelles du Moyen-Orient et les peuples qui nous ont accueillis tout au long de notre histoire. Ainsi nos gènes sont communs avec nos sœurs et frères les Palestiniens, qui partagent la même origine que nous.

L’usurpation de légitimité vis-à-vis des juifs que constitue l’État d’Israël, est aussi grave que celle du soi-disant État Islamique vis-à-vis des musulmans (chacun à sa manière, bien sûr). C’est pour cela qu’à l’occasion de notre jeûne du 9 av – la triste commémoration des plus sombres heures de notre histoire – j’ai ajouté une raison supplémentaire de prendre le deuil, de me lamenter et de demander pardon à Dieu pour nos péchés. Ô notre Créateur, Seigneur de la Terre et des Cieux, pourquoi T’avons-nous délaissé ? Quand ferons-nous enfin Ta volonté ici-bas de fraternité, de paix et d’amour ?

Rabbin Gabriel HAGAÏ

A lire sur le même sujet : 

Israël