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Fermetures de mosquées : une politique injuste et contre-productive

Depuis que l’état d’urgence a été décrété en France, 19 mosquées ont été fermées, huit seulement ont été rouvertes. Une politique improductive, irresponsable et injuste pour les fidèles. Un éditorial de Fouad Bahri sur Mizane.info.

La mosquée As-Sounna, apprenait-on dans les colonnes du Muslim Post, fermée depuis le 19 décembre, ne rouvrira pas ses portes à la suite de la décision du Conseil d’Etat. Les autorités françaises reprochent des prêches qui « légitiment le djihad armé. » Depuis que l’état d’urgence a été décrété, pas moins de 19 mosquées ont été fermées. Seules huit d’entre elles ont ré-ouvertes, selon la Croix, dont récemment la mosquée de Torcy. Dernières fermetures en date : la mosquée des Indes, à Sartrouville et celle de Fontenay-aux-Roses, dans les Hauts-de-Seine. Des fermetures décidées par arrêtés préfectoraux pour des propos qualifiés d’apologie de terrorisme, propos tenus dans les locaux.

Défendre le principe judiciaire de la responsabilité personnelle

Que faut-il penser de ces fermetures ? La question ne peut être posée de manière générale mais doit être abordée au cas par cas. Pour autant, à moins que tous les membres d’une association ne soient impliqués dans des propos ou des actes illégaux ou violents sur le territoire français, ce qui n’est pas le cas dans 99 % des cas, la fermeture définitive d’une mosquée est une décision grave et à la portée religieuse, sociale, politique et symbolique particulièrement lourde. Une décision qui sanctionne la totalité des musulmans d’une commune et qui s’avère en ce sens totalement disproportionnée. En aucune manière, l’ensemble d’une communauté ne peut être jugée et condamnée pour la responsabilité de quelques-uns. Si des personnes préparant des actes criminels fréquentent une mosquée ou échangent discrètement des propos de cette nature dans les locaux de la mosquée, il ne s’ensuit pas que l’ensemble des fidèles ou des membres de l’association en soient informées et donc responsables. Seule une enquête et des preuves solides établissant la responsabilité de l’association peut justifier une fermeture, temporaire ajouterons-nous.

En aucun cas, la fermeture définitive d’une mosquée ne résout quoi que ce soit. Faire endosser à tous les fidèles une responsabilité qui n’est pas leur est une injustice manifeste

Il est évident, en effet, que les musulmans qui se rendent à la mosquée ne cautionnent en aucune manière le crime et la violence, dont ils sont les premières victimes, mais avant toute chose sur le principe. En cas de responsabilité individuelle, la sanction doit être individuelle. Si un imam tient des propos dangereux ou irresponsables, il doit être aussitôt démis de ses fonctions par le bureau de l’association. Si la responsabilité de l’association est engagée, la dissolution de l’association et la création d’une nouvelle association avec un autre bureau, accompagnées de gages de transparence auprès des élus locaux, est envisageable et réalisable.

Mais en aucun cas, la fermeture définitive d’une mosquée ne résout quoi que ce soit. Dès lors, faire endosser à tous les fidèles une responsabilité qui n’est pas leur est une injustice manifeste et une violation majeure de la liberté de conscience en France et de la liberté de pratiquer sa religion. Une analyse purement cynique sur le plan sécuritaire établirait de même l’intérêt de laisser ouvert des lieux qui, bien que n’étant pas de nature à diffuser des discours violents, pourraient servir de passage à des individus mal intentionnés pour les pister en cas de préparatifs d’actions violentes. Il est notoire que tous les lieux de culte musulmans sont étroitement surveillés en France et ce, bien avant la vague d’attentats qui a frappé le territoire national.

Le piège de la confrontation ethno-religieuse

Mais sur le plan de la lutte contre le terrorisme, la question n’est plus seulement celle du renseignement, comme l’enquête de Médiapart l’a révélé dans l’affaire de l’Eglise de Saint-Etienne du Rouvray, mais bien plutôt de garantir une action efficace et utile pour la société française. Et il est évident que la fermeture d’une mosquée est la plus contre-productive de ces actions. Abattre le troupeau entier pour quelques brebis galeuses revient à servir sur un plateau tout un repas copieux à une meute de loups affamés et déchaînés par la violence. C’est leur offrir une victoire qu’ils ne demandaient pas mais qu’ils pouvaient espérer. C’est valider les thèses d’un conflit de civilisation ou de religion prônées aussi bien par les extrémistes de Daesh que par les néoconservateurs et identitaires qui ne rêvent que de purification ethno-religieuse dans l’Hexagone. C’est, finalement, enfoncer la France et sa communauté musulmane dans l’impasse d’un bourbier que tout le monde peut voir venir mais que personne ne semble vouloir éviter.

Fouad Bahri

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