Le Sénat a adopté mercredi, par 208 voix contre 124, la proposition de loi portée par Bruno Retailleau visant à renforcer les moyens de lutte contre « l’entrisme islamiste ». Plusieurs députés de gauche ont dénoncé « l’idéologie d’exclusion, de haine et de racisme » qui transparaît dans ce texte de loi.
Ce mercredi, le Sénat a adopté la proposition de loi de Bruno Retailleau visant à lutter contre l’entrisme islamiste. Le texte s’appuie sur un rapport controversé de 2025 consacré aux Frères musulmans ainsi que sur une étude de l’Ifop concernant les « musulmans de France », critiquée pour ses nombreuses failles méthodologiques.
Des sanctions sur la base de soupçons
Adoptée par 208 voix contre 124, la proposition du sénateur LR, également candidat à l’élection présidentielle, se concentre sur la création de nouveaux motifs de dissolution administrative d’associations. Elle instaure aussi un nouveau délit visant l’atteinte aux principes fondamentaux de la République.
L’État pourrait désormais geler les fonds d’une association ou d’une organisation sur simple décision du ministre de l’Intérieur et du ministre de l’Économie. Une structure pourrait ainsi être sanctionnée administrativement sur la base de soupçons. Le texte élargit également les motifs de dissolution administrative des associations et prévoit un renforcement des pouvoirs des préfets.
« Après le terrorisme, après le séparatisme, nous sommes confrontés à une nouvelle manifestation de la menace islamiste, celle de l’entrisme. Il n’agit pas toujours dans la violence, il avance lentement, méthodiquement », a déclaré Valérie Boyer. « La menace est là, elle est documentée, on n’a plus d’excuse ! », a ajouté Bruno Retailleau.
🇫🇷 ALERTE INFO – Le Sénat a approuvé mardi la proposition de loi visant à lutter contre l’entrisme islamiste, avec 208 voix pour et 124 contre.
L’Article 6 confère aux pouvoirs exécutifs une capacité de sanction financière inédite !
Concrètement, le ministre de l’Économie et le… pic.twitter.com/cCuS8IJTJp
— Tribune Populaire🌐 (@TribunePop23) May 5, 2026
Le « plus mauvais rapport produit par l’administration française »
À gauche, écologistes, communistes et socialistes ont tenté, sans succès, de bloquer ce texte présenté comme un « tract politique » du candidat LR à la présidentielle. Le président du groupe écologiste, Guillaume Gontard, a exprimé sa « honte », dénonçant « l’idéologie d’exclusion, de haine et de racisme, qui transpire de ce texte ».
Le sénateur a aussi qualifié le rapport à l’origine de la loi de « plus mauvais rapport produit par l’administration française ». « Vous y érigez l’ensemble d’une communauté religieuse comme ennemie de la République, accusant les Français de confession musulmane de s’infiltrer sournoisement dans notre société pour la détruire », a-t-il poursuivi.
« Les musulmans ont tort dans tous les cas », a déclaré Ugo Bernalicis lors d’un point presse à l’Assemblée nationale. « Quand les musulmans ne se conforment pas aux règles de la République, vous dites que c’est du séparatisme. Quand ils respectent les règles de la République, alors ils font de l’entrisme », a ajouté le parlementaire.
Le nouveau texte de loi de Laurent Nuñez « contre l’entrisme » n’est qu’une énième offensive raciste et islamophobe.
Nous nous y opposerons fermement et continuerons à combattre la dérive toujours plus autoritaire du gouvernement actuel. pic.twitter.com/ByqtLAgEbh
— Ugo Bernalicis φ (@Ugobernalicis) May 5, 2026
Une spirale de la surenchère politico-médiatique
L’organisation Musulmans de France (MF) a publié mercredi un communiqué dénonçant « une spirale de la surenchère politico-médiatique » :
« Depuis une décennie, textes législatifs, rapports administratifs et controverses médiatiques se succèdent à un rythme soutenu, dessinant ainsi une trajectoire de plus en plus claire : du terrorisme à la radicalisation, de la radicalisation au séparatisme, et désormais du séparatisme à l’“entrisme”. Cette évolution n’est pas seulement juridique. Elle traduit une transformation progressive du regard porté sur une partie des citoyens français, en l’occurrence ceux de confession musulmane. »
MF critique également la notion d’« entrisme », estimant qu’elle introduit « une suspicion portant non plus seulement sur des actes, mais sur des intentions supposées et difficilement objectivables. Or une telle évolution n’est pas sans conséquence dans un État de droit. »
La proposition de loi doit désormais être examinée par l’Assemblée nationale, où son adoption apparaît plus incertaine en raison des divisions au sein du camp présidentiel. En parallèle, le gouvernement prépare son propre projet de loi sur des thématiques similaires, actuellement examiné par le Conseil d’État.
