Mercredi 15 avril, la guerre au Soudan entre dans sa quatrième année. Le coût humain est considérable : au moins 150 000 morts, 19 millions de personnes confrontées à de graves pénuries alimentaires et 12 millions de déplacés et réfugiés. Les Nations unies évoquent « une crise abandonnée ».
« Une crise abandonnée » : c’est ainsi que l’ONU qualifie la guerre qui ravage le Soudan depuis trois ans, regrettant que l’ampleur des atrocités n’ait pas suscité de réaction à la hauteur. Lors d’un point presse depuis Khartoum, la coordinatrice onusienne Denise Brown a évoqué un cycle de souffrances sans fin, touchant particulièrement les femmes et les filles.
21,2 millions de soudanais confrontés à la famine
Trois années de guerre civile entre l’armée régulière et les Forces de soutien rapide ont conduit à une partition de facto du pays. La situation est aggravée par la présence d’une multitude de milices, souvent organisées sur des bases ethniques. Dans ces conditions, aucun des deux camps ne peut remporter la guerre ni réunifier le pays.
Selon le Programme alimentaire mondial, près de 21,2 millions de personnes sont confrontées à une faim aiguë. « Trois ans de guerre au Soudan ont provoqué la plus grande crise humanitaire au monde. Le conflit a ravagé les moyens de subsistance, déraciné des communautés et plongé des millions de personnes dans la famine. La famine continue de sévir dans certaines régions du pays. Les travailleurs humanitaires, les camions et les entrepôts continuent d’être la cible d’attaques, mettant en danger la vie de nos collègues et perturbant notre aide », explique Carl Skau, directeur exécutif adjoint du PAM.
N'oublions pas le Soudan.
— Jean-Noël Barrot (@jnbarrot) April 15, 2026
C'est là-bas que depuis 3 ans, une guerre dévastatrice provoque la crise humanitaire la plus grave du monde. Jamais, depuis le début du siècle, autant de personnes ont été exposées à la famine et à la faim.
Des millions de déplacés fuyant les combats,… pic.twitter.com/jBplzFvtMv
La guerre embrasée par des puissances externes
La guerre a également fait exploser la pauvreté : environ sept Soudanais sur dix vivent désormais avec moins de quatre dollars par jour. « Environ 38 % de la population » vivait déjà dans la pauvreté avant 2023, mais une part croissante de la population sombre aujourd’hui dans l’extrême pauvreté, selon les Nations unies.
Le conflit menace aussi de dépasser les frontières du pays, entouré de sept États fragiles. La guerre pourrait déstabiliser toute la région et provoquer des conflits en cascade dans la Corne de l’Afrique et au-delà.
Les efforts de médiation régionaux et internationaux restent limités. Certains Etats dont les Emirats arabes unis, l’Arabie Saoudite, la Turquie, le Pakistan et l’Egypte, approvisionnent les belligérants en arme tout en affirmant être attaché au peuple soudanais. “Vous alimentez le bain de sang, la famine et le déplacement de civils innocents”, s’exclament plusieurs analystes soudanais de la diaspora.
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Une aide insuffisante
Réunie à Berlin, ce mercredi, la communauté internationale a promis 1,5 milliard d’euros d’aide pour le Soudan, une annonce jugée positive mais insuffisante. « Ces promesses de don risquent de pas ne se traduire dans les prochains mois en des moyens suffisants pour répondre à la crise actuelle qui est urgente », alerte Muriel Boursier de Médecins sans Frontières.
