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30/10/2020
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Lettre de l’imam ‘Ali à Malik Ashtar : “Par Dieu ! Je t’adjure de veiller sur la classe déshéritée et dépourvue” 2/3

Tableau représentant Ali ben Ahmed, calife de Constantine. 

Suite de la publication de la lettre de l’imam ‘Ali au gouverneur Malik Ashtar en Egypte. Dans cette seconde partie, ‘Ali ibn Abi Taleb recommande une politique agricole respectueuse pour les paysans et indique à son gouverneur des conseils aptes à lui permettre de trouver un équilibre entre la souplesse, la miséricorde et la nécessaire fermeté dans la mise en oeuvre d’une politique juste.

Donne-leur (aux administrés , ndlr) l’occasion de réaliser leurs espoirs, complimente-les constamment, ne passe pas sous silence leurs bonnes œuvres et leur bravoure, car cela donne plus de force au courageux et enthousiasme le traînard, par la volonté de Dieu. Puis reconnais pour chacun ce qui lui revient.

N’attribue jamais l’œuvre de quelqu’un à celui qui n’en est pas l’auteur et n’en diminue pas les mérites. Que le rang d’une personne ne te fasse pas exalter ou déprécier son action avec exagération.

Pour trancher dans les situations difficiles, réfère-toi à Dieu et à son Messager. Dieu s’adresse à ceux qu’il veut conduire dans la bonne voie : « Ô croyants ! Obéissez à Dieu, à son Messager et à ceux d’entre vous qui exercent l’autorité. Si un différend, vous sépare, référez-vous à Dieu et au Messager ».

La référence à Dieu c’est de se conformer à son Livre et la référence au Prophète, c’est de faire usage de sa tradition qui unit et ne sépare point.

Choisis comme juges, parmi tes administrés, ceux pour qui tu as le plus d’estime, ceux qui ne s’impatientent pas, que les plaignants ne rendent pas acariâtres, qui ne persistent pas dans l’erreur, qui n’agissent pas par cupidité, qui étudient ce qui leur est soumis dans toute sa profondeur et non pas superficiellement, qui ne tranchent pas rapidement sans réfléchir, s’ils n’ont que des présomptions ; qui se réfèrent le plus aux preuves et éprouvent le moins d’ennuis à écouter les adversaires, qui patientent le plus pour permettre aux affaires de s’éclaircir, qui sont les plus fermes lorsque le droit est apparent, qui ne se laissent réjouir ni par les éloges ni par les tentations. Et ceux-là leur nombre est réduit.

Occupe-toi de la terre dans l’intérêt de ceux qui la travaillent car l’abondance des produits de la terre et la prospérité des producteurs conditionnent le bien-être d’autrui, pour la simple raison que les hommes sont tributaires de la terre et de ceux qui en assurent la mise en valeur. Sois plus préoccupé du bon état des terres que des entrées qu’elles peuvent rapporter, car ces dernières ne peuvent te parvenir que si les premières sont bien entretenues.

Multiplie les contacts avec eux et sois large envers eux, pour leur permettre de faire face à leurs besoins et de ne pas dépendre d’autrui. Place-les auprès de toi et donne-leur un rang auquel nul d’entre tes proches ne peut prétendre afin de les protéger contre tout assassinat. Médite profondément sur ces recommandations. Car cette religion a été prisonnière des méchants qui s’en servaient selon leurs caprices et pour les biens de ce monde.

Observe bien le comportement de tes fonctionnaires et choisis-les après les avoir mis à l’épreuve, ne les nomme pas par favoritisme ou par égoïsme, ces deux défauts font partie des ferments de l’iniquité et de la trahison.

Discerne parmi eux les gens d’expérience et de décence issus des familles honorables ayant opté tôt pour l’Islam. Ils ont le meilleur comportement, les meilleures mœurs, ont le moins de convoitises et sont les plus perspicaces sur les conséquences des décisions.

Comble-les de faveurs, cela les aidera à élever leurs sentiments, à ne pas être tentés de profiter de leur charge ; et constitue, également, une preuve à leur charge s’ils contredisent tes ordres ou trahissent ta confiance. Contrôle leurs activités, fais-les inspecter par des gens loyaux et sincères. Tu les inciteras ainsi au respect de la confiance mise en eux et les rendra bienveillants envers les administrés.

Sois circonspect envers tes proches collaborateurs, si l’un d’eux penche vers la trahison tu trouveras des informateurs qui seront tes yeux pour te prévenir, et te suffiront comme témoins. Alors tu pourras lui appliquer des sanctions et le punir en conséquence en le mettant dans une situation avilissante, en le marquant du sceau de la trahison et de la honte.

Occupe-toi de la terre dans l’intérêt de ceux qui la travaillent car l’abondance des produits de la terre et la prospérité des producteurs conditionnent le bien-être d’autrui, pour la simple raison que les hommes sont tributaires de la terre et de ceux qui en assurent la mise en valeur.

Sois plus préoccupé du bon état des terres que des entrées qu’elles peuvent rapporter, car ces dernières ne peuvent te parvenir que si les premières sont bien entretenues.

Celui qui demande l’impôt sur les terres, sans s’occuper de leur entretien, ruine le pays et rend la vie difficile au peuple, et son autorité sortira de cette situation affaiblie.

Les paysans peuvent se plaindre du poids de l’impôt, d’une calamité, d’une pénurie d’eau, de brume, d’inondation ou de sécheresse ayant dévasté la terre.

Allège alors l’impôt dans des proportions que tu trouveras susceptibles d’améliorer leurs conditions. Que ce dont tu les dispenses ne soit pas considéré comme inutile.

Il n’est rien d’autre que des épargnes dont ils se servent pour développer le pays et embellir ton Etat, tout en te rendant digne de leur éloge et en te permettant ainsi de voir l’équité couvrir le pays.

Leur prospérité te servira de force d’appui, et leur confiance ne te fera pas défaut, grâce à cette équité à laquelle tu les as habitués et à l’esprit d’indulgence par lequel ils te reconnaissent.

Ce faisant, il peut arriver qu’une situation puisse t’obliger à leur demander un appui. Alors ils accueilleront cette demande du fond du cœur ; ainsi va de la prospérité, elle est à même de supporter toutes les charges.

La ruine d’un pays provient de l’appauvrissement de ceux qui vivent des produits de la terre et cet appauvrissement est le résultat de l’avidité des dirigeants qui ne s’attendent pas à régner pendant longtemps et ne tirent pas profit des leçons du passé.

La justice est toujours pesante mais Dieu allège le fardeau de ceux qui, sollicitant la récompense dans l’autre monde, se résignent à en porter la charge et à croire aux promesses divines.

Examine bien la situation de tes secrétaires, et choisis les meilleurs d’entre eux, leur confiant tes affaires, pour s’occuper de la correspondance renfermant tes stratagèmes et tes secrets.

Nomme parmi eux ceux qui font montre de vertu et de modestie ; ceux-là ne chercheront pas à l’exploiter, en présence d’un public, pour te contredire ; n’engage pas ceux qui, par imprudence, ou par négligence, ne te transmettent pas fidèlement et avec rapidité la correspondance en provenance de tes gouverneurs et n’y répondent pas avec dévouement.

Engage plutôt ceux qui n’affaiblissent pas tes directives et ne restent pas incapables de liquider une affaire qui pourrait te porter préjudice ; ceux qui sont conscients du rôle qu’ils jouent, car celui qui ignore l’importance de son rôle en ferait autant pour celui d’autrui.

Ne choisis pas ces fonctionnaires selon ton intuition, ta confiance et la bonne opinion que tu pourrais en avoir. Ces hommes savent leurrer les chefs et s’attirer leur sympathie par la flatterie et les bons offices, alors que derrière tout cela il n’y a ni bon conseil, ni honnêteté.

Apprécie-les selon les services qu’ils ont rendus à tes prédécesseurs, et élis parmi eux celui qui a laissé la meilleure impression sur l’ensemble de la nation et qui est réputé pour sa probité.

Un tel choix sera une preuve de ta sincérité envers Dieu et envers tes administrés.

Mets à la tête de chaque service tout fonctionnaire qui ne craint pas les affaires difficiles et qui ne s’embrouille pas par leur diversité. T’incombera la responsabilité de toute défaillance de la part de tes fonctionnaires sur laquelle tu aurais fermé les yeux.

Veille sur les négociants et les artisans, recommande qu’on les traite avec bienveillance, qu’ils soient établis, ambulants ou bien travailleurs manuels. Car ils sont sources de biens et de profits qu’ils drainent de loin, à travers les plaines et les monts, assurent aux gens ce qu’ils sont incapables d’obtenir. Cela te garantira une paix durable et un pacte respecté.

Examine leurs activités dans les coins les plus reculés de ton Etat. Sache, néanmoins, que parmi eux nombreux sont ceux qui sont durs en affaires, cupides, accapareurs, dominateurs dans les marchés, ce qui est source de préjudices à la nation et une tare pour le gouvernant.

Prohibe tout acte de monopole, car le Messager de Dieu l’a interdit. Que le négoce se déroule dans une ambiance de mutuelle bienveillance, que les mesures soient justes et que les prix ne lèsent ni l’acheteur ni le vendeur.

Si quelqu’un exerce le monopole, punis-le avec équité et en l’absence de tout excès. Par Dieu ! Par Dieu ! Je t’adjure de veiller sur la classe déshéritée et dépourvue ; celle des pauvres, des nécessiteux, des miséreux et des invalides. Parmi eux il y en a qui se plaignent et d’autres qui se résignent. Veille sur les droits que Dieu leur a accordés et dont il t’a chargé.

Prélève, en leur faveur, une part du trésor public, et une part des revenus des terres conquises par les musulmans.

Le plus éloigné y a autant de droits que le plus proche, et tu es responsable de la part de chacun.

Ne méprise pas leurs droits ; car le fait de t’occuper des grosses affaires n’est pas une excuse pour négliger les petites. Ne t’en détourne pas par orgueil.

Va au-devant de celui qui, par le mépris dont il est victime de la part de ton entourage, n’a pas accès auprès de toi.

Affecte pour eux des hommes pieux et modestes qui te feront parvenir leurs doléances ; puis ménage-les de telle sorte que tu puisses demain, devant Dieu, trouver une excuse. Car cette classe de la nation a, plus que les autres, besoin d’équité.

Apparais le plus souvent au public, car la non apparition des dirigeants inquiète les administrés, entraîne l’ignorance des affaires de l’Etat et coupe le peuple des réalités ; alors les questions importantes leur apparaissent minimes et les minimes importantes, les mauvaises actions bonnes et les bonnes mauvaises. Ainsi l’équité s’entremêle avec l’injustice.

Fais respecter aussi les droits de Dieu sur l’ensemble de la nation, pour faire preuve de sincérité envers lui.

Informe-toi de l’état des orphelins et des gens âgés qui n’ont pas de moyens pour supporter leurs situations. Il s’agit d’une lourde charge pour les dirigeants. La justice est toujours pesante mais Dieu allège le fardeau de ceux qui, sollicitant la récompense dans l’autre monde, se résignent à en porter la charge et à croire aux promesses divines.

Consacre une partie de ton temps à des audiences données sans la présence de tes soldats et de tes collaborateurs, — gardes et police — pour rencontrer ceux qui prétendent être lésés dans leurs droits, afin de leur permettre de s’exprimer sans crainte, ni hésitation, car j’ai entendu le Messager de Dieu déclarer plus d’une fois : « Dieu ne bénit pas une nation où il n’est pas donné, sans hésitation, au faible ses droits sur le fort ».

Souffre leurs écarts, le manque de clarté dans leurs dépositions, mets-les à l’aise, garde ton calme et ta modestie : ce faisant, Dieu t’enveloppera de sa miséricorde et de sa clémence et récompensera ton obéissance.

Tout ce que tu donnes, accorde-le de bon cœur, que ton refus soit assorti de délicatesse et d’excuse.

Il est des affaires que tu dois traiter personnellement, entre autres : répondre à tes agents chaque fois que tes fonctionnaires éprouvent l’incapacité de trancher avec célérité, satisfaire les doléances qui te parviennent avec une note déplaisante à tes collaborateurs. Adopte un programme de travail pour chaque jour, car chaque jour apporte son travail.

Consacre les meilleurs moments de ton temps à Dieu, qu’ils en soient la plus grande partie. Cela ne peut pas être source de reproche pourvu que tes actes soient rendus de bonne foi et pour l’intérêt de la nation. Que le respect des obligations de Dieu soit l’une des activités à laquelle tu t’adonnes dans le but de servir fidèlement ta religion.

Offre ta personne à Dieu nuit et jour, acquitte-toi de ce qui t’en rapproche sans diminution, ni omission et en exigeant de ton corps ce qu’il faut.

Si tu diriges la prière ne sois pas lassant car, parmi les fidèles, il y a ceux qui souffrent d’une maladie et ceux qu’appellent d’autres occupations.

Quand j’ai demandé au Prophète, lorsqu’il m’envoya au Yémen, de m’indiquer la façon dont je devais diriger la prière, il me répondit : « Dirige la prière comme le ferait le plus faible des fidèles et sois clément envers les croyants ».

De plus, apparais le plus souvent au public, car la non apparition des dirigeants inquiète les administrés, entraîne l’ignorance des affaires de l’Etat et coupe le peuple des réalités ; alors les questions importantes leur apparaissent minimes et les minimes importantes, les mauvaises actions bonnes et les bonnes mauvaises. Ainsi l’équité s’entremêle avec l’injustice.

Le gouverneur est un être humain, il n’est pas censé savoir ce que les gens lui cachent, et la vérité ne porte pas de signe permettant de la distinguer du mensonge ; alors, tu dois être l’un de ces deux hommes : le généreux, qui se serait toujours empressé de rendre justice. Que signifierait donc ton isolement alors qu’il s’agit d’un droit à rendre, ou d’une bonne action à faire ?

L’autre, de nature avare que les gens ne tarderont pas à délaisser par désespoir, bien que la plupart du temps ils ne viennent pas chercher des dons, mais pour présenter des plaintes suite à des injustices dont ils ont été victimes ou demander la révision d’un traitement inique.

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