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L’IA et les défis posés à la jurisprudence islamique 2/5

L’IA et les défis posés à la jurisprudence islamique 2/5

2026-06-30

Écrit par Rédaction

Seconde partie du texte des chercheurs et savants musulmans Mohamed AbuTaleb, Kenan Alkiek, Suleiman Hani, Mohammed Ansari et Umer Khan consacré à la gestion de l’IA. Les auteurs présentent la méthodologie jurisprudentielle apte à résoudre un certain nombre de problèmes liés à l’IA.

Nous abordons maintenant le cadre du fiqh al-muwazanat (jurisprudence de l'équilibre) et son application proposée à l'éthique de l'IA. Ce cadre s'appuie sur des décisions juridiques concrètes (ahkam), de sorte que lorsqu'une action est clairement interdite (haram), des outils tels que le muwazanat ne s'appliquent pas. Il ne doit pas non plus être appliqué de manière isolée : les non-spécialistes ne doivent pas en tirer de conclusions de façon isolée, et les spécialistes ne doivent pas l'utiliser sans le replacer dans un contexte académique plus large.

Le cadre du fiqh al-muwazanat pour l'éthique de l'IA

Des questions telles que l'autorité, la responsabilité et l'identité montrent que les enjeux éthiques de l'IA sont rarement simples. Les avantages et les inconvénients sont souvent indissociables et inégalement répartis. Les aborder de manière fragmentaire risque de négliger les compromis qui déterminent les résultats concrets. Le droit islamique offre déjà une méthode structurée pour de telles situations : le fiqh al-muwazanat, un cadre méthodologique de la jurisprudence islamique permettant de mettre en balance les intérêts divergents et d'évaluer les conséquences lorsque de multiples intérêts sont en jeu.18 Le Fiqh al-muwazanat représente une approche systématique pour résoudre les tensions entre les intérêts concurrents (masalih) et les préjudices (mafasid) qui est particulièrement précieuse lorsqu'il s'agit d'aborder de nouveaux défis technologiques non traités dans les textes classiques.19 Comme l'a formulé Ibn al-Qayyim, « le fondement de la charia est la sagesse et la sauvegarde des intérêts des personnes dans ce monde et dans l'autre. Elle est justice, miséricorde, bienfait et sagesse dans leur intégralité. »20 Ce cadre devient essentiel lors de l'évaluation des applications d'IA où avantages et inconvénients coexistent au sein d'une même capacité technologique.

Typologies d'équilibrage (muwazana) dans l'éthique de l'IA

Le cadre juridique du fiqh al-muwazanat reconnaît trois types d'équilibre distincts que les savants doivent prendre en compte lors de l'évaluation des applications de l'IA. La compréhension de ces typologies est essentielle car les technologies d'IA présentent rarement des choix simples entre un bienfait et un mal clairement définis. Elles impliquent généralement des scénarios complexes où de multiples avantages se disputent la priorité, où les préjudices inévitables doivent être minimisés, ou, le plus souvent, où avantages et inconvénients sont inextricablement liés au sein d'une même technologie.

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1. Équilibrer les avantages (muwazanat al-masalih)

Ce type d'équilibrage se produit lorsque plusieurs applications d'IA bénéfiques se disputent des ressources limitées, l'attention ou la priorité de mise en œuvre. Par exemple, un établissement d'enseignement musulman pourrait devoir choisir entre investir dans des systèmes d'apprentissage personnalisés basés sur l'IA, susceptibles d'améliorer considérablement les résultats scolaires, ou dans des outils de préservation de la langue arabe améliorés par l'IA, qui contribueraient à la préservation du patrimoine culturel islamique. Ces deux domaines servent des objectifs islamiques légitimes, l'éducation (taʿlim) et la préservation du savoir religieux (hifz al-din), mais des budgets limités peuvent empêcher de les poursuivre simultanément.

La tradition juridique islamique fournit des principes clairs pour de telles situations. L'obligation (wajib) prime sur le recommandé (mandub), les obligations communautaires (fard kifaya) l'emportent généralement sur les obligations individuelles (fard ʿayn) lorsque les ressources sont limitées, les avantages qui profitent à une population plus large ont priorité sur ceux qui profitent à un plus petit nombre de personnes.21 Lorsqu'ils appliquent ces principes à l'IA, les chercheurs doivent prendre en compte des facteurs tels que : quelle technologie sert les objectifs les plus fondamentaux (maqasid) ? Laquelle répond aux besoins communautaires les plus urgents ? Laquelle a le plus grand potentiel d'impact positif à long terme ?

2. Équilibrer les méfaits (muwazanat al-mafasid)

Parfois, les circonstances imposent un choix entre deux conséquences néfastes, qu'il est impossible d'éviter toutes deux. Dans de tels cas, la loi islamique exige de choisir le moindre mal afin de minimiser le préjudice global. Le Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui) a illustré ce principe en déconseillant de reconstruire la Kaaba sur ses fondations d'origine, bien que cela fût religieusement préférable, car cela risquait d'ébranler la foi des nouveaux convertis à l'islam.22

Dans le domaine de l'intelligence artificielle, prenons l'exemple de la reconnaissance faciale. Les forces de l'ordre affirment qu'elle contribue à retrouver les enfants disparus et à prévenir le terrorisme, des avantages indéniables pour la préservation de la vie ( hifz al-nafs ). Cependant, cette même technologie permet une surveillance de masse utilisée pour persécuter les minorités musulmanes, comme en témoigne le traitement infligé aux Ouïghours en Chine.23 Si un pays à majorité musulmane doit choisir entre interdire complètement cette technologie (ce qui pourrait entraver des besoins légitimes en matière de sécurité) ou l'autoriser au risque d'abus, les experts doivent déterminer quelle option minimise les dommages globaux à la fois à la vie privée individuelle et à la sécurité collective.

3. Équilibrer les avantages et les inconvénients (muwazanat al-masalih wa-l-mafasid)

Ce type d'équilibrage, des plus complexes, concerne les situations où une même application d'IA produit simultanément des avantages et des inconvénients indissociables. Le Coran, dans son passage consacré à l'alcool et aux jeux de hasard, en fournit un exemple classique : « Ils t'interrogent sur le vin et les jeux de hasard. Dis : « Il y a en eux un grand péché et [quelques] bienfaits pour les gens. Mais leur péché est plus grand que leur bienfait. » »24 Ce verset établit que la loi islamique peut prendre en compte des considérations qualitativement différentes, les avantages et les inconvénients, et parvenir à des conclusions définitives.

La plupart des applications d'IA appartiennent à cette catégorie. Les algorithmes des réseaux sociaux, par exemple, aident les musulmans à se connecter avec des savants du monde entier, à accéder à la connaissance islamique et à construire des réseaux communautaires – des avantages considérables pour la pratique religieuse. Parallèlement, ces mêmes algorithmes peuvent favoriser la dépendance, diffuser de fausses informations sur l'islam et exposer les utilisateurs à des contenus nuisibles. Les avantages et les inconvénients découlent de la même technologie sous-jacente et sont difficilement dissociables.

Conditions essentielles pour l'analyse appliquée du muwazanat

Pour que les chercheurs et les institutions puissent appliquer efficacement le fiqh al-muwazanat à l'éthique de l'IA, cinq conditions fondamentales doivent être remplies. Chacune de ces conditions s'appuie sur des fondements établis dans l'usul al-fiqh classique. Leur regroupement en cinq conditions de muwazanat constitue toutefois une systématisation contemporaine plutôt qu'une taxonomie classique figée. Ensemble, elles représentent les bases essentielles sur lesquelles repose la discipline. Les négliger rend extrêmement difficile une mise en balance efficace des intérêts.25 et la compréhension de chaque condition est cruciale pour ceux qui cherchent à appliquer ce cadre aux défis technologiques contemporains.

1. Évaluation des objectifs du droit islamique (maqasid al-shariʿa) et des maximes juridiques

Les maqasid al-shariʿa désignent les objectifs et les buts supérieurs que la loi islamique cherche à atteindre pour l'humanité. Les savants classiques ont identifié cinq objectifs essentiels que la charia vise à préserver : la religion (din), la vie (nafs), l'intellect (ʿaql), la lignée (nasl) et la propriété (mal).26 Il ne s'agit pas simplement de concepts abstraits, mais de valeurs qui représentent des intérêts humains fondamentaux qu'il faut protéger pour le bien-être individuel et collectif.

La compréhension de ces objectifs fournit le cadre d'évaluation nécessaire à l'analyse des applications de l'IA. Par exemple, lors de l'évaluation d'un système de diagnostic médical basé sur l'IA, nous examinons comment il contribue à la préservation de la vie (hifz al-nafs). Lors de l'évaluation de contenus éducatifs générés par l'IA, nous analysons leur impact sur la préservation et le développement de l'intellect humain (hifz al-ʿaql). Ce cadre hiérarchique aide les chercheurs à déterminer les avantages à privilégier et les risques à prévenir.

De plus, les savants doivent maîtriser les maximes juridiques fondamentales (qawaʿid fiqhiyya) qui guident la prise de décision. Le principe selon lequel « prévenir le préjudice prime sur obtenir le bénéfice » (darʾ al-mafasid muqaddam ʿala jalb al-masalih) s'avère particulièrement pertinent en matière d'éthique de l'IA. Cela signifie que si une application d'IA offre des avantages mais présente également des risques importants de préjudice, le droit islamique privilégie la prévention du préjudice, même si cela implique de renoncer aux avantages. Par exemple, si un système d'IA pouvait améliorer les résultats scolaires mais risquait également d'exposer les enfants à des contenus préjudiciables, la priorité serait de prévenir le préjudice.

2. Vérification de la cause effective (tahqiq al-manat)

Il s'agit de vérifier si les phénomènes contemporains liés à l'IA relèvent véritablement des catégories juridiques classiques. Comme l'a souligné Ibn Taymiyya, ce processus constitue « l'essence même de l'ijtihad », exigeant une analyse approfondie afin de déterminer si les systèmes d'IA sont de simples outils (alat) ou s'ils possèdent des caractéristiques nécessitant un traitement jurisprudentiel novateur.27 Ce processus implique également l'examen des caractéristiques essentielles (manat) qui déterminent la manière dont le droit islamique traite une situation. Pour les systèmes d'IA, les caractéristiques pertinentes peuvent inclure le degré d'autonomie dans la prise de décision, la prévisibilité des résultats, la présence de capacités d'apprentissage qui modifient le comportement au fil du temps, et la possibilité de résultats imprévus ou non prévus par le programmeur. Cette analyse rigoureuse permet d'éviter l'application erronée des règles classiques à des phénomènes fondamentalement nouveaux.

3. Considérer le contexte et la réalité (fiqh al-waqiʿ)

Le terme « fiqh al-waqiʿ » signifie littéralement « jurisprudence de la réalité » et désigne la nécessité de comprendre les circonstances réelles, les capacités et les conséquences de ce que nous évaluons. Ibn al-Qayyim a averti que « quiconque ne comprend pas la réalité [al-waqiʿ] de la création et l’obligation [al-wajib] en matière de religion ne comprendra pas les jugements de Dieu concernant Ses serviteurs ».28 Dans le contexte de l'IA, cela signifie que les chercheurs ne peuvent pas formuler de recommandations pertinentes sans comprendre comment l'IA fonctionne réellement, ses capacités et ses limites actuelles, ainsi que ses impacts concrets sur les individus et la société.

Cette condition exige une implication dans la recherche empirique et les connaissances techniques. Par exemple, il est crucial de comprendre que les grands modèles de langage comme ChatGPT génèrent des réponses par reconnaissance de formes statistiques plutôt que par une véritable compréhension pour évaluer leur utilisation dans les contextes religieux. De même, la connaissance des biais documentés dans les données d'entraînement de l'IA a un impact direct sur les évaluations d'équité et de justice dans les applications d'IA.

Le fiqh al-waqiʿ exige également de comprendre les contextes socio-économiques dans lesquels l'IA opère. Comment l'adoption de l'IA affecte-t-elle l'emploi dans les communautés musulmanes ? Quels sont les impacts psychologiques de l’IA sur les relations humaines ? Ces facteurs contextuels influencent considérablement l'appréciation juridique islamique des technologies d'IA. En définitive, cela nécessite un suivi constant des recherches actuelles sur l'IA et des études empiriques portant sur ses effets.

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4. Considérer les conséquences (iʿtibar al-maʾalat)

L’expression « iʿtibar al-maʾalat » désigne le fait de prendre en compte avec soin les résultats probables et les conséquences à long terme des actions ou des décisions. Al-Shatibi a établi que « la prise en compte des conséquences des actions est un principe fondamental et voulu de la charia ».29 Ce principe reconnaît que la licéité d'une action en droit islamique dépend souvent non seulement de l'action elle-même, mais aussi de ses conséquences.

En matière d'éthique de l'IA, il est essentiel de considérer non seulement les avantages et les inconvénients immédiats, mais aussi les impacts à long terme. Par exemple, si les systèmes de tutorat par IA peuvent apporter des bénéfices éducatifs immédiats, les chercheurs doivent également prendre en compte leurs conséquences potentielles à long terme : une adoption généralisée entraînera-t-elle une baisse du nombre d'enseignants ? Pourrait-elle nuire à la relation mentor-élève, qui transmet non seulement des connaissances, mais aussi la sagesse et des valeurs morales ? Les enfants risquent-ils de devenir trop dépendants de l'IA, ce qui affaiblirait leur capacité de réflexion critique ?

Cette analyse prospective intègre le principe de sadd al-dharaʾiʿ (empêcher les moyens de nuire). Si l'autorisation de certaines applications d'IA risque d'ouvrir la voie à des préjudices plus importants, même si ces préjudices ne sont ni immédiats ni certains, la loi islamique peut les interdire préventivement. Par exemple, même si l'IA actuelle ne peut émettre de décisions religieuses de manière indépendante, autoriser les contenus religieux générés par l'IA pourrait banaliser le recours à des conseils spirituels dispensés par des machines, ce qui pourrait engendrer des préjudices plus importants à l'avenir.

5. Établir la jurisprudence des priorités (fiqh al-awlawiyyat)

Le fiqh al-awlawiyyat est la discipline qui consiste à déterminer la priorité des obligations, des avantages ou des préjudices lorsque plusieurs obligations, avantages ou préjudices se disputent l'attention ou les ressources. Déterminer quelles applications d'IA méritent une attention immédiate et lesquelles peuvent être différées exige une priorisation systématique fondée sur l'ampleur de l'impact, l'urgence et la conformité aux objectifs fondamentaux de l'islam.30 Dans le domaine de l'IA, la priorisation consiste à déterminer quelles applications nécessitent une attention immédiate et lesquelles peuvent être différées. Les communautés musulmanes devraient-elles donner la priorité à l'intégration de l'IA dans les soins de santé, l'éducation, la finance ou la surveillance ? Lorsque les ressources sont limitées, quels préjudices liés à l'IA doivent être traités en premier ? Cette priorisation doit reposer sur plusieurs facteurs :

· Étendue de l'impact : Les problèmes qui touchent des communautés entières ont priorité sur ceux qui touchent des individus.

· Gravité des conséquences : Les applications potentiellement mortelles nécessitent une attention plus urgente que les fonctionnalités de confort.

· Certitude contre probabilité : les préjudices avérés priment sur les avantages hypothétiques.

· Disponibilité d'alternatives : si des alternatives non liées à l'IA existent, l'urgence d'adopter l'IA diminue.

La compréhension de ces priorités permet d'éviter une mauvaise allocation des ressources communautaires et de l'attention des chercheurs, garantissant ainsi que les questions les plus critiques reçoivent l'attention qu'elles méritent. Pour mettre en œuvre efficacement ces cinq conditions, les séminaires et les institutions de recherche pourraient établir un registre évolutif des enjeux liés à l'IA, classés par ordre de priorité selon les maqasid et les awlawiyyat, et faire l'objet de mises à jour publiques régulières.

Mohamed AbuTaleb, Kenan Alkiek, Suleiman Hani, Mohammed Ansari et Umer Khan

Notes :

18. Pour une synthèse de ces conditions et des détails supplémentaires, voir Suleiman Hani, « La jurisprudence de l'équilibre (Fiqh al-Muwāzanāt) : Principes et applications », document présenté à la 21e conférence annuelle des imams de l'Assemblée des juristes musulmans d'Amérique, Dallas, TX, 22-24 août 2025.

19. Yūsuf al-Qaraḍāwī, Fī fiqh al-awlawiyyāt : Dirāsa jadīda fī ḍaw' al-Qurʾān wa-l-Sunna (Maktabat Wahba, 1996), 41.

20. Ibn al-Qayyim al-Jawziyya, Je'lām al-muwaqqı̄ʿīn ʿan Rabb al-ʿĀlamīn , éd. Muḥammad ʿAbd al-Salām Ibrāhīm (Dār al-Kutub al-ʿIlmiyya, 1991), 3:11.

21. Ibn ʿAbd al-Salām, Qawāʿid al-aḥkām .

22. Ṣaḥīḥ al-Bukhārī , non. 1586 ; Ṣaḥīḥ Muslim , non. 1333.

23. Astha Anand, « La répression des musulmans ouïghours et la liberté de croyances religieuses en Chine », Journal of Social Inclusion Studies 8, n° 1 (2022) : 23–36, https://doi.org/10.1177/23944811221085680 .

24. Coran 2:219.

25. Pour un exemple d’utilisation de synthèse, voir Suleiman Hani, The Fiqh of Muwazanat: The Jurisprudence of Weighing Benefits and Harms (Waymark Publications, 2026), 15–30.

26. Al-Shāṭibi, al-Muwāfaqāt fī usūl al-sharīʿa , 2 :20.

27. Ibn Taymiyya, Majmūʿ al-fatāwā , éd. ʿAbd al-Raḥmān ibn Qāsim (Dār al-Wafā, 2005), 19 : 203 ; Abū Isḥāq al-Shāṭibī, al-Muwāfaqāt fī usūl al-sharīʿa (Dār al-Maʿrifa, 1997), 4 : 89-90.

28. Ibn al-Qayyim al-Jawziyya, Iʿlām al-muwaqqı̄ʿīn , 3 : 3 ; Shihāb al-Dīn al-Qarāfī, al-Iḥkām fī tamyīz al-fatāwā ʿan al-aḥkām wa-taṣarrufāt al-qāḍī wa-l-imām , éd. ʿAbd al-Fattāḥ Abū Ghudda, 2e éd. (Dār al-Bashāʾir al-Islāmiyya, 1995), 112.

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