
2026-07-12
Écrit par Rédaction
L'annonce d'une participation financière à la Grande mosquée de Lyon pour l'office de la prière funéraire (salat janaza) a fait l'objet de plusieurs critiques et d'inquiétudes sur les réseaux sociaux. Quel est l'objet et la raison de cette participation financière ? Pour le savoir, Mizane.info a posé la question à Kamel Kabtane, recteur de la mosquée de Lyon. Entretien. Mizane.info : Quelles sont les causes qui ont justifié le choix de rendre "payant" l'organisation de la salat Janaza à la Grande Mosquée de Lyon ? Kamel Kabtane : Je vous remercie de me donner l'occasion d'apporter ces précisions. Avant de répondre à vos questions, je souhaite apporter une clarification essentielle. Je ne peux pas répondre à une question qui repose sur un postulat inexact. La Grande Mosquée de Lyon n'a pas rendu la prière funéraire payante et n'a jamais instauré une « tarification de la Salat al-Janaza ». Cette formulation ne correspond ni à la réalité de notre décision ni au contenu de la note de service que nous avons adressée aux agences de pompes funèbres. La Salat al-Janaza est un acte d'adoration. Elle est, et demeurera, entièrement gratuite. Aucun fidèle ne paie pour accomplir une prière, pas plus qu'il ne paie pour qu'un imam la dirige. Ce principe est intangible et la Grande Mosquée de Lyon y est profondément attachée. Nous constatons malheureusement que certaines communications, relayées notamment par quelques agences de pompes funèbres, présentent cette décision comme une « prière funéraire payante » ou une « tarification de la Salat al-Janaza ». Cette présentation est inexacte et ne reflète ni le contenu de notre note de service ni l'esprit de la décision prise. La décision prise par la Grande Mosquée de Lyon concerne exclusivement une contribution aux frais d'organisation des cérémonies funéraires. Chaque passage à la Mosquée mobilise du personnel administratif et d'accueil, nécessite l'ouverture et l'entretien des locaux, le nettoyage, la sécurité, la préparation des espaces ainsi qu'une organisation spécifique permettant d'accueillir les familles avec dignité et dans les meilleures conditions. Comme chacun le sait, une mosquée ne vit que des contributions de la communauté musulmane. Son fonctionnement quotidien, l'entretien de ses bâtiments, la rémunération de son personnel, les charges d'énergie, les équipements et l'ensemble des services qu'elle rend aux fidèles sont financés par les dons et les contributions des musulmans. La Grande Mosquée de Lyon n'échappe pas à cette réalité. Cette contribution n'a donc aucune vocation commerciale. Elle répond à une exigence de responsabilité et de pérennité afin que la Mosquée puisse continuer à assurer ses missions dans des conditions dignes et respectueuses des familles. Quelles ont été les réactions des fidèles de la mosquée et de la région en générale suite à cette mesure ? K.K : À ce jour, les réactions que nous avons reçues sont diverses. Beaucoup de responsables d'agences de pompes funèbres ont compris le sens de cette démarche et ont salué la volonté de la Grande Mosquée de Lyon de mieux organiser les cérémonies funéraires. D'autres ont souhaité obtenir des précisions, ce qui est parfaitement légitime, et nous y avons répondu avec transparence. Ne craignez-vous pas que cela ne participe à une certaine "marchandisation globale" des services liées au culte musulman ? K.K : Je ne partage pas l'idée selon laquelle cette mesure participerait à une quelconque « marchandisation du culte ». La marchandisation consiste à transformer un acte religieux en produit commercial. Or, ce n'est absolument pas le cas. Nous ne faisons pas payer une prière. Nous demandons une contribution destinée à couvrir une partie des frais matériels et humains nécessaires à son organisation. Cette distinction est fondamentale. Il est d'ailleurs utile de rappeler que de nombreuses prestations entourant les obsèques musulmanes donnent déjà lieu à une participation financière : transport du défunt, démarches administratives, chambre funéraire, lavage mortuaire, inhumation ou concession. Le lavage mortuaire (ghusl al-mayyit), qui constitue lui aussi un acte d'adoration et une obligation communautaire (fard kifâya), est très souvent réalisé dans des structures qui demandent une participation destinée à couvrir leurs frais de fonctionnement. Personne n'en conclut pour autant que l'on « fait payer » cet acte religieux. Il convient donc de distinguer clairement l'acte cultuel des moyens matériels nécessaires à son accomplissement. Cette tarification de la prière funéraire au sein de la mosquée ne pourrait-elle pas finalement pousser les fidèles (et les musulmans peu adeptes du lieu du culte) - déjà contraint de supporter les frais onéreux des obsèques - à l'abandon du rite ? K.K: Enfin, je ne crois pas que cette contribution conduira les familles à renoncer à la prière funéraire. La Grande Mosquée de Lyon continuera d'accueillir toutes les familles avec la même dignité et la même bienveillance. Nous avons d'ailleurs clairement indiqué qu'aucune famille ne sera privée de la prière funéraire pour des raisons financières. Les situations particulières seront toujours examinées avec attention, dans un esprit de solidarité et de fraternité. Notre responsabilité est double : préserver la gratuité de l'acte cultuel, qui est un principe auquel nous sommes profondément attachés, tout en assurant la pérennité d'une institution qui ne vit que grâce au soutien de la communauté musulmane et qui assume chaque jour des charges importantes pour remplir ses missions. Je conclurai par une idée simple qui résume parfaitement notre démarche : la Grande Mosquée de Lyon ne fait pas payer une prière. Elle demande une contribution aux frais d'organisation d'un service qu'elle assure au bénéfice de toute la communauté. La prière n'a pas de prix ; son organisation a un coût. C'est dans cet esprit, et uniquement dans cet esprit, que cette décision a été prise. Propos recueillis par la rédaction