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jeudi 13 juin 2024

Depuis quand y a-t-il des musulmans en France ?

Cette question, historique et idéologique, revient avec insistance ces dernières années. Malgré les idées reçues, la présence musulmane dans l’Hexagone est attestée depuis des siècles et fait partie intégrante de l’histoire de France. Zoom.

L’implantation islamique en France a eu lieu en plusieurs vagues. Après les débuts de la révélation islamique en 622, l’islam se développe rapidement en Europe, notamment au sud de la Méditerranée. La France méridionale subit d’abord les « razzias sarrasines » à partir de 704 via la Corse, qui devient un repère de pirates musulmans.

Dès 719, la Septimanie (Languedoc-Roussillon), province du royaume wisigoth, est envahie et occupée par des musulmans venus d’Espagne. Le gouverneur musulman s’installe à Narbonne, transformant la Septimanie en une province du royaume omeyyade d’Al-Andalus. Carcassonne et Nîmes sont prises en 725.

La Septimanie musulmane [719 – 759]

L’implantation musulmane à Narbonne permet d’étendre les conquêtes vers Lyon, Bordeaux, Sens, et Autun. La célèbre bataille de Poitiers en 732 et celle de la Berre en 737 marquent un coup d’arrêt à l’expansion mais plusieurs villes comme Avignon, Marseille, et Arles restent sous domination islamique quelques années.

La Septimanie demeure musulmane jusqu’en 759, année où Pépin le Bref lance une offensive contre le bastion de Narbonne. Malgré cette prise, selon l’anthropologue Jean-François Clément, « une partie des prisonniers est transférée au nord de la Loire tandis qu’une autre fit souche sur place ». Il reste cependant difficile d’évaluer l’importance du peuplement musulman durant cette période.

« Quelques familles musulmanes seulement se sont établies à Narbonne. La population est restée juive ou chrétienne pour l’essentiel […] En conséquence les seuls témoignages de la présence musulmane retrouvés à Narbonne ont été des poteries et des pièces de monnaie musulmanes » 

Trois tombes du VIIIe siècle, orientées vers La Mecque, sont tout de mêmes exhumées à Nîmes en 2016. « L’ensemble de ces données suggère que les squelettes découverts dans les tombes de Nîmes appartenaient à des soldats berbères enrôlés dans l’armée omeyyade durant l’expansion arabe », confirme un rapport de l’Inrap.

L’installation en Provence

Les implantations restent rares par la suite mais on peut souligner l’installation d’une communauté musulmane en Provence, Jean-François Clément explique : « Cette fois-ci, les nouveaux venus ne passent plus par voie de terre mais ils viennent par voie de mer (…) Les motivations ne seront plus religieuses ou politiques mais essentiellement économiques. Les pirates décident de créer un port qui pourrait être leur repaire permanent ».

Un nouvel objectif semble se dessiner : s’installer dans la région. Un autre repaire est crée, un peu plus tard, dans le Fraxinet, près de Saint-Tropez Le géographe médiéval Ibn Hawqal (943-988) souligne notamment la « belle productivité agricole de cette colonie ».

 « Le Jabal al-Qilàl, situé dans la région de France, est aux mains des combattants pour la Foi. On y trouve une belle productivité agricole, les cours d’eau sont nombreux ainsi que les terres de culture, si bien que ces volontaires vivent sur le pays. Ce sont des musulmans qui rendirent cette contrée habitable dès leur installation » 

Ces repaires musulmans parsemés dans la région continuent de s’étendre, notamment dans les Alpes, jusqu’à l’offensive du comte Guillaume de Provence qui signe la fin de ces petites communautés Quelques musulmans restent cependant implantés parmi la population locale. L’historien médiéviste Philippe Sénac souligne que « lentement, au fil des générations, le contingent sarrasin se dissout ainsi dans la population provençale ».

Image illustrant la bataille de Poitiers en 732

Les traces de la présence musulmane

Durant les croisades malgré les tensions entre l’Occident et le monde arabo-musulman, plusieurs marchands musulmans s’installèrent dans l’hexagone. Un rabbin basque du XIIe siècle Benjamin de Tudèle témoigne ainsi que Montpellier est « fort fréquentée par toutes les nations, tant chrétiennes que mahométanes ».

Des tombes et des ustensiles parés d’ornements islamique, datant du XIIIe siècle, sont d’ailleurs découverte à Marseille comme l’indique l’anthropologue Jean-François Clément dans « Des musulmans à Montpellier au XIIe siècle ? ».

La sépulture d’un certain Ibn Ayyûb a aussi été retrouvée dans l’Hérault. La recherche confirmera qu’il s’agit d’un étudiant en religion dont la présence était globalement bien acceptée en France. La Reconquista en 1492 reste aussi une page importante dans l’histoire de l’islam en Europe et en France.

Alors que de nombreux musulmans fuient vers l’Afrique du Nord, une partie d’entre eux trouve refuge dans le Sud de la France, où ils se mêlent à la population locale. Selon les historiens, la majorité finissent en général par se convertir.

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