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Omer Bartov : « Israël doit abandonner le sionisme »

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À l’occasion de la parution de son livre Israël, une course vers l’abîme, l’historien israélo-américain Omer Bartov a accordé plusieurs entretiens à la presse francophone (Libération, l’Humanité…). Spécialiste reconnu de l’Holocauste, il y livre une analyse critique du génocide à Gaza, de la société israélienne et de l’idéologie sioniste. Tour d’horizons.

Dans son nouvel ouvrage, Israël, une course vers l’abîme, paru le 5 mai aux éditions du Seuil, l’historien israélo-américain Omer Bartov, spécialiste mondiale de l’Holocauste, qualifie la guerre menée à Gaza de « génocide » et s’interroge sur l’évolution de la société israélienne. Selon lui, si « Israël veut devenir un État normal, il doit abandonner le sionisme ».

La population israélienne est dans le déni

L’auteur a été l’un des premiers intellectuels à évoquer, dès 2023 dans le New York Times, un « risque de génocide » à Gaza, avant d’affirmer moins de deux ans plus tard qu’un génocide était bien en cours. Dans ce nouvel essai, il cherche à comprendre les mécanismes qui ont conduit Israël à cette situation. À ses yeux, le 7 octobre 2023 a marqué un tournant profond dans la société israélienne.

« Le fait de priver la population palestinienne d’eau, de vivres, les qualifier d’animaux qui doivent être traités comme tels : ce type de déclaration dans la bouche de certains politiques semble en fait avoir donné un blanc-seing aux opérations de Tsahal qui a voulu annuler la bande de Gaza, rendant ainsi le territoire inhabitable ou remettant en cause l’existence des Palestiniens en tant que groupe. »

Selon Omer Bartov, une grande partie de la population israélienne se trouve aujourd’hui dans une forme de déni. « La plupart des Israéliens refusent de reconnaître leur rôle à Gaza, le fait qu’on a mené une destruction systématique de Gaza et de sa population », affirme-t-il. « Et c’est également un déni de la propre situation du pays », ajoute-t-il.

« Si vous ne critiquez pas cet État, vous lui donnez carte blanche »

L’historien estime également qu’une large partie de la société israélienne s’est détachée de la réalité de l’occupation. D’après lui, la construction du mur de séparation à partir de 2002 a contribué à instaurer une forme de « mort sociale » : « Les Palestiniens ont cessé d’exister aux yeux des Israéliens ». Cette invisibilisation expliquerait en partie le faible niveau de contestation face aux destructions à Gaza ou aux expulsions en Cisjordanie.

Omer Bartov met également en cause les États-Unis, qu’il considère comme « complices » du génocide mené par Israël. Il reproche aussi à plusieurs pays européens leur passivité. Régulièrement accusé d’antisémitisme pour s’être positionné sur la situation à Gaza, il rejette fermement ces critiques. « Si vous ne critiquez pas cet État, alors vous lui donnez carte blanche », affirme-t-il.

Une création dans la violence 

Pour sortir de l’impasse, l’historien défend l’idée d’une confédération israélo-palestinienne fondée sur le partage du territoire et une distinction entre citoyenneté et résidence. Une telle évolution nécessiterait selon lui une pression internationale importante, notamment de la part des États-Unis. « Le changement ne viendra pas de l’intérieur », estime-t-il.

« Ce n’est finalement qu’en remettant en cause les conditions profondes de l’existence d’Israël depuis 1948, à savoir cette relation entre les Israéliens et les Palestiniens, entre les Juifs et les Arabes palestiniens, c’est en prenant cela en compte que l’on pourra sortir de cet engrenage de la violence qui fait partie de l’existence de l’État d’Israël ».

Voir sur le sujet : Monique Chemillier-Gendreau : « Netanyahu a creusé la tombe du sionisme »

Le sionisme est « une idéologie raciste et cette idéologie doit être éradiquée »

Sur le plan personnel, Omer Bartov explique ne plus se reconnaître dans le sionisme actuel. Il considère que celui-ci est désormais traversé par des logiques de suprémacisme juif, de racisme et de violence. Il précise toutefois qu’il ne remet pas en cause l’existence d’Israël, mais plaide pour un État garantissant une égalité complète des droits entre Juifs et Palestiniens.

« Israël peut exister sans idéologie sioniste. La France existait avant et après Vichy. L’Allemagne existait avant et après le nazisme. Le sionisme est une idéologie politique. Israël est un État. Il a été créé. Il est reconnu internationalement. Il est en passe effectivement de devenir un État paria à cause de son comportement »

Pour l’historien, le sionisme est aujourd’hui « une idéologie raciste, et cette idéologie doit être éradiquée pour que l’État puisse exister ». Il conclut : « (…) Si Israël veut devenir un État normal, il doit abandonner cette idéologie désormais totalement inacceptable sur le plan moral, éthique et juridique ».

 

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