Si le blocage du détroit d’Ormuz, provoqué par la guerre israélo-américaine contre l’Iran, se poursuit, 45 millions de personnes pourraient être menacées par la faim. C’est l’alerte lancée lundi 11 mai par le chef d’un groupe de travail de l’Organisation des Nations unies.
Le blocage des engrais dans le détroit d’Ormuz risque de provoquer, d’ici « quelques semaines », une « crise humanitaire majeure », a déclaré ce lundi 11 mai un responsable de l’ONU. L’agriculture suit un calendrier qui ne peut pas être modifié ou repoussé, et sans engrais les rendements vont s’effondrer, sans qu’il existe de stocks suffisants pour compenser.
« L’agriculture fonctionne selon un calendrier qui ne peut pas être repoussé »
Le pétrole n’est pas le seul produit à transiter par cette route essentielle du commerce mondial : les engrais chimiques y circulent également. Un tiers de l’ensemble des engrais transportés par voie maritime passait par Ormuz. Cette perturbation majeure de la chaîne d’approvisionnement pourrait donc entraîner une crise humanitaire d’ampleur.
Le directeur général de la FAO (Food and Agriculture Organisation), Qu Dongyu, a ainsi averti jeudi que ces perturbations pourraient provoquer une baisse des rendements agricoles dans la seconde moitié de l’année et en 2027 : « l’agriculture fonctionne selon un calendrier qui ne peut pas être repoussé […] Les engrais doivent être épandus à certains moments précis du cycle des cultures. S’ils n’arrivent pas au bon moment, les rendements sont réduits. »
Face à la crise et aux répercussions économiques, @antonioguterres appelle à la poursuite des négociations pour une « solution diplomatique », à ce que « le cessez-le-feu soit maintenu » et à l’ouverture totale du #DetroitOrmuz.
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— ONU Genève (@ONUGeneve) May 12, 2026
Une crise alimentaire qui pourrait toucher 45 millions de personne
Selon les chiffres publiés vendredi 8 mai par la FAO, l’institution spécialisée des Nations unies, l’indice mondial des prix alimentaires a progressé de 1,6 % en avril par rapport au mois précédent. Il s’agit du troisième mois consécutif de hausse, un phénomène lié aux tensions énergétiques et au blocage du détroit d’Ormuz dans le contexte de la guerre menée par Israël et les États-Unis contre l’Iran.
L’ONU rappelle que toutes les marchandises doivent pouvoir circuler librement, pas seulement les engrais ou le pétrole. Mais l’urgence est telle qu’une crise alimentaire massive pourrait toucher 45 millions de personnes supplémentaires dans le monde, avec un impact particulier en Afrique, notamment au Sahel et dans la Corne de l’Afrique, où les semis débutent en juin et où la fenêtre d’action est très courte.
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Le 15 mai comme date butoir
Le directeur exécutif du Bureau des Nations unies pour les services d’appui au projet (Unops), Jorge Moreira da Silva, estime que le passage de cinq navires chargés d’engrais et de matières premières connexes par jour permettrait d’éviter une crise pour les agriculteurs. « C’est une question de temps. Si nous ne nous attaquons pas rapidement à la source de la crise, nous devrons en gérer les conséquences avec de l’aide humanitaire », a-t-il déclaré.
En cas d’accord, le mécanisme pourrait être opérationnel en sept jours, selon le responsable onusien. Mais même en cas de réouverture immédiate du détroit, un retour à la normale prendrait trois à quatre mois. La date du 15 mai apparaît ainsi comme une échéance critique, au-delà de laquelle les engrais ne pourraient plus être acheminés à temps pour la saison agricole, avec des conséquences potentiellement irréversibles pour les récoltes.
