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Un collectif d’artistes arabes adresse une lettre ouverte à l’Institut du Monde Arabe

Un collectif d’artistes arabes dénonce la normalisation de l’Etat israélien par l’Institut du monde arabe dans une lettre ouverte relayé par « Artists for Palestine ». « L’Institut du Monde Arabe (…) trahirait sa mission intellectuelle en adoptant cette approche normalisatrice – une des pires formes d’utilisation coercitive et immorale de l’art comme outil politique pour légitimer le colonialisme et l’oppression. » A lire sur Mizane.info.

Nous, soussignés, intellectuels et artistes du monde arabe, demandons à l’Institut du Monde Arabe de Paris de revenir sur les prises de position de son festival « Arabofolies » et de son exposition « Juifs d’Orient » qui donnent des signes explicites de normalisation, cette tentative de présenter Israël et son régime de colonialisme de peuplement et d’apartheid comme un État normal. Pour rappel, un rapport de Human Rights Watch publié en avril dernier condamne Israël qu’il décrit comme un État d’apartheid, ainsi que l’avait fait auparavant B’Tselem, la plus importante organisation de défense des droits de l’homme israélienne. [1] [2] L’Institut du Monde Arabe a montré les premiers signes de sa politique de normalisation au début de cette année, quand le président de l’Institut a déclaré saluer les dits « Accords d’Abraham ».

« Il s’agit d’un manque d’honnêteté intellectuelle et morale »

Ces accords conclus par des régimes arabes non élus ou autoritaires d’un côté et le régime colonial israélien de l’autre ont été imposés par l’administration raciste de l’ex-président des États-Unis, Donald Trump, au mépris des droits du peuple palestinien. [3] Puis sont venues les dangereuses déclarations de Denis Charbit, un des membres du comité scientifique de l’exposition « Juifs d’Orient » qui se tient à l’Institut. Il a dévoilé que l’Institut du Monde Arabe coopère avec des institutions israéliennes impliquées dans l’appropriation de la culture arabo-palestinienne et de la culture juive-arabe. Il a déclaré son intention sans équivoque d’imposer Israël comme un fait accompli et comme une présence « normale » dans les programmes de l’Institut. Charbit s’est ainsi réjoui : « Cette exposition est le premier fruit des « Accords d’Abraham » et cela commence par la normalisation…Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête…. si nous établissons une coopération avec Israël ». [4] [5] [6] [7] L’Institut du Monde Arabe, qui a joué un rôle majeur en accueillant la culture arabe et en la présentant au public français, trahirait sa mission intellectuelle en adoptant cette approche normalisatrice – une des pires formes d’utilisation coercitive et immorale de l’art comme outil politique pour légitimer le colonialisme et l’oppression. Il s’agit aussi d’un manque d’honnêteté intellectuelle et morale, car il amalgame délibérément les Juifs arabes et les Juifs d' »Orient » avec le régime colonial et d’apartheid israélien.

« Persister dans cette approche ferait perdre à l’Institut les intellectuels, les artistes mais aussi le public arabe »

Israël, avec l’aide du mouvement sioniste mondial, s’est non seulement rendu coupable du nettoyage ethnique de la majorité de la population palestinienne indigène, en colonisant sa terre et en pillant une partie de sa culture et de son patrimoine arabes. Il s’est aussi approprié la composante juive de la culture arabe, en la présentant comme sioniste, puis israélienne, avant de l’arracher à ses véritables racines pour l’employer au service de son projet colonial dans la région. Pourtant la culture des Juifs arabes fait partie intégrante de la culture arabe et la couper de ses racines est la négation d’une partie de la mémoire et de l’histoire arabes. Persister dans cette approche de normalisation ferait perdre à l’Institut non seulement les intellectuels et les artistes dont il accueille la production culturelle créative depuis des décennies, mais aussi le public arabe en général. Grâce à certains régimes arabes autoritaires qui ont soutenu et financé cette déplorable tendance à la normalisation dans l’Institut, le ciel n’est pas tombé sur nos têtes en effet. Mais la culture est le sel de la terre et nous ne permettrons à personne d’utiliser notre apport culturel au service d’un programme de normalisation qui sape la lutte du peuple palestinien pour la justice, la liberté et l’autodétermination, une lutte soutenue par tous les peuples de la région arabe et les gens de conscience de par le monde. Ce chemin d’émancipation, profondément ancré dans le sol, est l’horizon de la culture. Signataires : Elias Khoury, romancier, Liban Rima Khalaf, ancien sous-secrétaire général de l’ONU, Jordanie Marcel Khalife, musicien, Liban Ahdaf Soueif, écrivain, Egypte Farida Benlyazid, réalisateur, Maroc Samia Halaby, peintre et écrivain, Palestine Mohammed Bennis, poète, Maroc Anouar Brahem, musicien et compositeur, Tunisie Rashid Khalidi, historien, Palestine/USA Natasha Atlas, chanteuse et compositrice, Egypte/France/Grande-Bretagne Elias Suleiman, réalisateur, Palestine Robin Yassin-Kassab, écrivain, Syrie/Ecosse Anis Balafrej, écrivain, Maroc Hanan Ashrawi, écrivain, Palestine Emel Mathlouthi, chanteuse et compositrice, Tunisie Sulayman Al-Bassam, dramaturge, Koweït Vera Tamari, artiste, Palestine Kamilya Jubran, musicienne, Palestine/France Sinan Antoon, poète et romancier, Irak/USA Abdulrahim Al Shaikh, poète, Palestine Annemarie Jacir, réalisatrice, Palestine Massoud Hayoun, écrivain et journaliste, Egypte/USA Suleiman Mansour, artiste, Palestine Rasha Salti, conservatrice, Liban Yazid Anani, conservateur, Palestine Aissa Deebi, artiste et écrivain, Palestine Ziad Majed, écrivain, Liban/France Hany Abu Assad, réalisateur, Palestine Yasmine Hamdan, musicien, Liban Ibrahim Nasrallah, romancier, poète, Palestine/Jordanie Nai Barghouti, musicien, Palestine Patrick Lama, musicien, Palestine Omar Qattan, producteur de film, Palestine/Grande-Bretagne Michel Khleifi, réalisateur, Palestine/Belgique Oumeima El Khalil, musicien, Liban Nahla Chahal, journaliste, Liban Abdul Amir Al-Rekaby, écrivain, Irak Bashir Abu-Manneh, écrivain, académicien, Palestine/Grande-Bretagne Khaled Fahmy, historien, Egypte Khaled Hroub, écrivain et académicien, Palestine/Qatar Tarek Hamdan, poète and journaliste, Egypte Ibtisam Barakat, écrivain et artiste, Palestine/USA Joseph Massad, écrivain et académicien, Palestine/USA Emily Jacir, artiste, Palestine Bichr Bennani, éditeur, Maroc Jumana Manna, artiste, Palestine/Allemagne Najwa Najjar, réalisatrice, Palestine Bahija Lyoubi, réalisatrice, Maroc Tania Saleh, musicienne et artiste, Liban Raed Andoni, réalisateur, Palestine Taysir Batniji, artiste, Palestine/France Références : [1] https://bit.ly/31GmK1m [2] https://www.btselem.org/…/full…/202101_this_is_apartheid [3] https://bit.ly/3EAxixY [4] https://bit.ly/3GmLQSk [5] https://www.imj.org.il/en/content/members [6] https://www.palestine-studies.org/en/node/1650088 [7] https://www.facebook.com/watch/?v=1570914659961809

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