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28/10/2021
AccueilactionSéparatisme : éviter le piège du repli !

Séparatisme : éviter le piège du repli !

Image extraite de l’infographie de la vidéo publiée par le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation.

Une vidéo réalisée par le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation et destinée au grand public a présenté, images à l’appui, ce que le gouvernement entendait par séparatisme islamiste. Editorial.

Qu’est-ce que le séparatisme islamiste, expression brandie par le gouvernement pendant des mois pour justifier son texte de loi confortant les principes républicains ? Pour répondre à cette question, le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation, organisme agissant sous la houlette du gouvernement, a mis en ligne le 3 octobre une vidéo que Mizane.info reproduit ci-dessous.

 

La rédaction en reproduit aussi le texte in extenso :

« Le séparatisme islamiste est un projet conscient, théorisé et politico-religieux qui se concrétise par des attaques répétées contre la République.

Ce projet est particulièrement dangereux car organisé, efficace, tenace (et) commence par l’endoctrinement et se poursuit par la négation de nos principes, de ce que nous sommes. Il affirme que ses lois propres sont supérieures à celles de la République.

Les islamistes forment une communauté à l’intérieur de la communauté nationale et incitent à vivre en opposition, en concurrence voire dans une logique conflictuelle par rapport à la société française.

Ils tentent de constituer une contre-société. Le séparatisme islamiste conduit des individus à refuser d’obéir aux lois de la République qu’il juge illégitime et à se réclamer d’autres règles, extérieures à la délibération démocratique, à des lois prétendument religieuses qui devraient s’imposer sans discussion à tous.

Ces manifestations sont notamment la déscolarisation des enfants des écoles publiques et le développement de pratiques sportives et culturelles communautarisée, prétexte pour l’enseignement de principes contraires aux lois de la République.

Cette influence qui mène à ce qu’une partie de nos concitoyens se séparent du reste de la communauté nationale, passe par des associations communautaires de tous ordre : clubs sportifs, œuvres de charité, associations humanitaires, ligues de défense, structures d’entraide locale, champ éducatif, écoles, soutien scolaire.

Les entrepreneurs communautaires islamistes développent un réseau d’officines saturant l’échange économique, culturel et social par le biais du monde associatif et plus généralement de la société civile.

Les mécanismes de communautarisation et d’entrisme ouvrent la voie à la constitution d’écosystèmes islamistes échappant à tout contrôle citoyen.

Cette influence peut également s’effectuer depuis des lieux de culte qui sortent alors de leur fonction strictement religieuse.

Le séparatisme islamiste a désigné la République comme son ennemi.

Le séparatisme islamiste ne se contente pas de nier nos principes intangibles et nos valeurs universelles, il est le terreau du djihadisme dont le projet consiste à semer la terreur en projetant des actions armées et violentes.

Face à ce projet mortifère, la République est plus que jamais déterminée à combattre partout où qu’il se trouve, quelques soient ses relais le péril islamiste et d’y faire face avec les armes du droit et de la démocratie. »

Séparatisme : qui sont les islamistes ?

On se souvient qu’au moment du discours d’Emmanuel Macron, il y a un an de cela, ce qui était annoncé comme un projet de loi contre le séparatisme visait exclusivement le séparatisme dit islamiste. Nous avions à l’époque analysé ce discours et montrer comment le président Macron avait violé à cinq reprises la conception laïque du droit français. Nous n’y reviendrons pas. Entre temps, et pour dissimuler la cible clairement définie de cette loi, à savoir la communauté musulmane française ou une partie d’entre elle, le texte de loi avait changé de nom pour s’appeler loi « confortant les principes républicains », ce qui était loin de réconforter la cible principale qui, elle, n’avait pas changé.

La vidéo du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation traite exclusivement de ce même séparatisme islamiste.

Comment le définit-elle ?

Comme un projet théorique d’ordre politico-religieux en cours d’accomplissement, « organisé et efficace », et qui à coup d’action d’ « embrigadement », aurait pour objectif de détruire la République et de la remplacer par d’autres lois jugées « supérieures ». Il s’agit donc selon le comité interministériel d’un complot.

Qui sont exactement ces islamistes ? A quoi ressemblent-ils ? Quel est leur profil ?

La vidéo du comité interministériel nous informe qu’ils forment « une communauté » à l’intérieur de la communauté nationale. Difficile de ne pas voir dans cette description celle de la communauté musulmane ou à tout le moins d’une frange importante de cette communauté musulmane, car parler d’une communauté dans la communauté nationale indique et suggère quelque part l’importance relative de son poids démographique et social. On n’emploierait pas cette expression de communauté pour désigner la réunion de quelques individus.

Cette hypothèse est à mettre en lien avec la thèse selon laquelle les islamistes affirment que leurs « lois propres sont supérieures à celles de la République ». Ces derniers éléments désignent généralement dans le discours public les accusations portées contre certains Français de confession musulmane, et que des polémistes tentés par l’élection présidentielle généralisent à l’ensemble de leurs coreligionnaires, accusation selon lesquelles les musulmans considéreraient que la « sharia » ou loi islamique serait supérieure aux lois de la République.

L’infographie exploitée par la vidéo confirment cette lecture puisqu’on y voit un homme en qamis (tenue traditionnelle portée dans les pays musulmans) portant une chechia (sur la tête), une barbe et tenant un livre suggérant, sans qu’on ait besoin de faire preuve de beaucoup d’imagination, qu’il s’agit d’un Coran, et s’adressant à un jeune garçon et une jeune fille en hijab (voile).

Incohérences et amalgames d’un discours

Les islamistes sont donc des musulmans, religieux, qui forment une communauté (oumma) et dont l’objectif est de remplacer la République par un régime théocratique ou politico-religieux gouverné par les lois islamistes ou islamiques ou shariatiques, peu importe car ces termes sont devenus des synonymes dans l’espace médiatique.

Leurs actions consisteraient à isoler leurs victimes en les embrigadant afin de constituer une contre-société. La déscolarisation d’une part, les activités sociales, culturelles, humanitaires ou parascolaires, d’autre part seraient les moyens dont jouiraient les islamistes pour mettre en place cette contre-société. Une stratégie faite de communautarisme et d’entrisme leur garantiraient la création d’écosystèmes islamistes. Les mosquées, lieux de culte musulman, tout comme la société civile offriraient à ces musulmans qualifiés d’entrepreneurs communautaires un espace de jeu et de prédation dont la République risque d’être la victime. D’autant plus que comme l’affirme la vidéo, ce projet séparatiste incarné et mis en œuvre par des musulmans en France est le « terreau » du djihadisme, c’est-à-dire du terrorisme.

C’est donc ce « péril islamiste », que le gouvernement à travers ce comité interministériel, entend combattre par les armes du droit et de la démocratie.

Raccourcis, simplifications, amalgames, extrapolation, confusion : tous les ingrédients d’une vidéo de désinformation qui fait PEUR et qui cible potentiellement tout chef d’entreprise, président d’association, imam, intellectuel, écrivain de confession musulmane, et par extension, toute personne musulmane attachée à sa pratique religieuse, à sa foi et à la sacralité de son Livre saint, ont été ici réunis. Cette vidéo fera sans nul doute date dans les annales de l’Histoire de France.

Mais revenons un instant à quelques observations sur certaines invraisemblances ou incohérences de ce narratif gouvernemental. Comme celle d’associer communautarisme et entrisme dans la même phrase sans expliquer le rapport entre ces termes contradictoires. Les adeptes d’un communautarisme strict ne pratiquent pas l’entrisme qui est la stratégie adoptée par ceux qui veulent élargir leurs réseaux et leur influence. Le communautariste pur et dur ne veut pas se mélanger aux autres, donc l’entrisme ne le concerne pas.

Même chose pour les actions d’insertions sociales. A moins que le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation dispose d’informations établissant que des clubs sportifs ou des salles de sport ou des activités, par essence publique, aient été massivement refusés à des individus non musulmans, auxquels cas de telles discriminations seraient condamnables, on ne voit pas comment qualifier des activités sportives de communautaires.

Si ces activités ont lieu sur des territoires où vivent d’importantes franges de la population musulmane de France (dans les grands espaces urbains), alors cette répartition sociologique se reflète naturellement dans la composition de ces clubs et activités. Les musulmans n’ayant pas le pouvoir qu’on leur prête, ne décident pas des politiques d’attribution de logement et ne produisent donc pas le communautarisme qu’on leur reproche et qu’ils subissent sur le plan sociologique. Le regroupement pendant des décennies de populations immigrées dans les mêmes territoires, comme en Seine-Saint-Denis, a créée des ghettos dont les populations ne sont pas responsables mais victimes.

Fait plus grave, l’accusation portée contre des associations qui tente de compenser l’effondrement de l’enseignement public, privé de moyens et méthodologiquement désarmé face à des réformes sans queues ni têtes, en organisant des cours de soutien scolaire dont le but ne peut être que de tenter de rattacher à la locomotive socio-économique du pays des populations très fragiles sur le plan social et financier. L’enseignement à domicile est pareillement un choix fait par certains parents d’élèves qui peut être motivé par de nombreuses raisons, en dehors des dérives sectaires qui peuvent exister.

Métamorphoses françaises

La France change, se transforme, évolue comme elle l’a toujours fait dans son histoire ponctuée des apports et des migrations gallo-romaines, celtes, bretonnes, juives, italiennes et marquée par les influences de toute ordre, et comme toujours ce changement fait peur.

La France catholique doit en grande partie sa doctrine à une figure qui a marqué durablement sa pensée théologique, une figure algérienne qui s’appelait Saint-Augustin. Saint-Thomas d’Aquin n’aurait pas été ce qu’il a été sans l’influence décisive d’Averroès (Ibn Rushd). Les exemples pourraient être multipliés.

L’extrémisme religieux est une réalité en France, incontestablement. Il est absurde de le nier et nos compatriotes musulmans qui le feraient ne se rendront pas service. Certains discours et certaines positions affublés d’un vernis religieux, inspirés pour la plupart par des courants promus et financés par des pays du Golfe et qui ont essaimé la France dès la fin des années 80, ont fait beaucoup de mal aux Français de confession musulmane, en rétrécissant leur horizon cognitif et en les orientant vers un sectarisme. Où était l’exécutif français à cette époque ? On l’ignore.

Comment lutter contre les éléments problématiques de ces discours ? Premièrement, en sachant faire preuve de discernement et en distinguant ce qui relève d’un conservatisme religieux parfaitement compatible avec un régime républicain non totalitaire, de ce qui correspond à des pratiques violentes ou exerçant une violence caractéristique sur autrui, exceptionnelles. Ces dernières, assimilables à des dérives, ne sont pas tolérables.

Le terrorisme, comme les attentats de 2015 nous l’ont rappelé, est aujourd’hui un risque réel dans la société française. Ajoutons que l’extrême droite française y a apporté depuis sa contribution puisque des attentats de masse antimusulmans ont été déjoués. Une extrême-droite qui, notons-le, ne semble pas jouir du même traitement de faveur politique que nos compatriotes de confession musulmane, mais ne nous attardons pas avec ce détail.

Un travail de relecture à la fois fidèle et critique doit être mené par les Français de confession musulmane, avec à terme la construction d’un islam français ancré culturellement. Ce travail doit être interne et mené par les musulmans eux-mêmes, au travers de débats, d’échanges, de réflexions, de recherches et de respect de leur choix de conscience. Il ne doit pas être imposé par un pouvoir politique qu’il soit français ou étranger, au risque de ne jamais exister. La fondation de cet islam de culture française est un enjeu civilisationnel de premier ordre.

Le repli est toujours néfaste

Hélas, la ligne politique adoptée par le pouvoir et le message adressé à l’opinion publique pour le mettre en garde contre le péril islamiste, ne va pas du tout dans ce sens mais risque d’augmenter les hiatus, souffrances, marginalisations sociales vécues par nos compatriotes et un ressentiment exploité par les faiseurs de haine en pleine période électorale. Faut-il encore rappeler que cette expression de péril fut employée à d’autres époques pour évoquer un « péril juif » ou un « péril jaune » ? Etablir une continuité naturelle entre des activités inclusives socialement et des actes criminels n’est pas seulement irresponsable et dangereux, c’est un discours qui n’obéit tout simplement plus à la raison. Le gouvernement français a-t-il réellement validé cette vidéo ou est-ce un dérapage de ses concepteurs ? On ne le saura pas.

Cette vidéo est dangereuse car elle adresse un message de mise en garde des Français contre d’autres Français, musulmans, entrepreneurs ou acteurs sociaux, éducateurs ou responsable associatif. Elle créée les germes d’une paranoïa qui à terme peut faire basculer des individus dans la violence antimusulmane. Elle attribue aux musulmans un pouvoir qu’ils n’ont pas. S’ils avaient ce pouvoir, aucune des structures dissoutes par le gouvernement, aucune mosquée fermée par décret, ne l’aurait été puisque ce « pouvoir occulte » ne l’aurait pas permis si l’on suit ce narratif. Si les musulmans avaient ce pouvoir, un Zemmour n’aurait jamais pignon médiatique sur rue. Il faut savoir raison garder, se remettre à penser et ne pas alimenter des thèses complotistes qui ne mène nulle part.

Cette pente est néfaste et il appartient aux Français de confession musulmane de ne pas tomber dans le piège du désespoir et de la désillusion qu’on leur tend, pour mieux justifier demain les politiques répressives qui leur tomberont dessus.

Leur meilleure réponse, hier comme demain, sera de vivre, d’œuvrer et d’accomplir au quotidien leur destinée dans une France qui est de manière irréversible leur pays, qu’ils ont contribué à construire et qu’ils auront pour cette raison à cœur d’enrichir et d’en faire fructifier l’avenir.

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