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05/08/2020
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S’affranchir de l’actualité

Notre rapport à l’information est malsain, pathologique  et inefficace. Comment retrouver une relation équilibrée à l’actualité qui ne soit pas dissuasive de toute action dans le réel ? C’est le sujet d’un court billet de Fouad Bahri, publié par Mizane.info.

Le propos semblera paradoxal. Il l’est sans doute à plus d’un titre pour un homme de média.

C’est pourtant un fait avéré que nous consommons trop d’informations, bien plus que nous n’en pouvons digérer.

L’information nous engraisse, alourdit nos pas, et masque notre horizon telle une brume opaque.

Aussi noire que la nuit de l’esprit dans laquelle notre navire a échoué, errant de récif en récif, l’information ne nous est plus utile car elle a perdu son sens.

L’obésité médiatique nous a contraint à l’arrêt, à l’immobilisme, à la tristesse sociale, et l’inflation des réseaux sociaux nous a convertit au nihilisme manqué.

Une cure est donc nécessaire, sans laquelle il semble inévitable que nous en fassions tous les frais.

Rééduquer notre consommation d’information devrait nous permettre de retrouver le désir de connaître le monde qui est le nôtre, désir menacé par la déferlante de nouvelles hideuses, insignifiantes, médiocres ou violentes nous inspirant l’aspiration illusoire d’un retrait au monde.

Diminuer notre consommation, privilégier une alimentation saine et équilibrée, transformer ce que nous ingérons en actes, et pourquoi pas, jeûner de temps à autre : voilà quelques-unes des orientations salutaires qu’il nous incombe de nous fixer.

Apprendre à différer son regard sur les événements bouillants d’une actualité totalitaire pour mieux s’en saisir à froid en évitant de se brûler les mains est une façon intelligente de contrôler notre rapport au monde et de nous protéger des pathologies addictives ou émotionnelles qu’un tel regard suscite. Attendre que les masses se dispersent. Jeter un coup d’œil averti sur la chose pour y voir autre chose, tendre l’oreille pour saisir les chuchotements révélateurs susurrés loin des foules.

Les mouvements de masse virtuels, tendances et bad buzz sont très nocifs.

Tout attroupement se neutralise par lui-même, par le fait qu’il est imposant et qu’il finit par modifier radicalement la portée et la perception d’un événement.

Une masse parquée devant un tableau rare de De Vinci ne permet plus d’en observer les courbes, les lignes particulières, la perspective singulière.

La concentration abolit l’espace de notre distance critique et de notre méditation quotidienne au monde.

Elle fait figure en tout point de contre-événement, ou s’il on veut, d’anti-événement, créant les hybridations les plus monstrueuses et contre-nature qui soient, au moment le plus inopportun.

Changeons notre manière de faire, renouvelons notre perspective.

Fuyons les embouteillages que la circulation permanente de l’information génère, et nous gagnerons en efficacité.

Apprendre à différer son regard sur les événements bouillants d’une actualité totalitaire pour mieux s’en saisir à froid en évitant de se brûler les mains est une façon intelligente de contrôler notre rapport au monde et de nous protéger des pathologies addictives ou émotionnelles qu’un tel regard suscite.

Patienter. Attendre que les masses se dispersent. Jeter un coup d’œil averti sur la chose pour y voir autre chose, tendre l’oreille pour saisir les chuchotements révélateurs susurrés loin des foules.

Nous apprendrons mieux et davantage par cette sage méthode qu’en nous engouffrant viscéralement dans les boulevards agités de la fièvre médiatique.

Il n’est point question de tourner le dos au réel mais de savoir contrôler nos déplacements et, plus que tout, de choisir notre destination sans se la voir imposer.

Combien d’informations déchirantes nous distraient quotidiennement, nous fatiguent par leur charge affective et nous détournent, nous autres bâtisseurs de l’esprit, de construire et d’accomplir notre vocation.

Il est donc temps de s’élever. De se redresser. Et de s’élancer en toute confiance sur les routes oubliées mais sûres de notre rendez-vous avec la Réalité.

Fouad Bahri

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