La liberté d’expression et de réunion est-elle encore garantie aux musulmans de France ? La question se pose après les interdictions successives de la 15e édition de la Rencontre annuelle des musulmans de l’Ouest (RAMO), qui devait se tenir à Nantes ce week-end, puis du salon « Aux Sources », à Meyzieu, prévu les 13 et 14 juin.
Les tentatives d’annulations de dernière minute de la 15e édition de la Rencontre annuelle des musulmans de l’Ouest (RAMO), qui devait se tenir à Nantes, puis du salon « Aux Sources » prévu les 13 et 14 juin à Meyzieu, suscitent une vive incompréhension au sein de la communauté musulmane. Plusieurs experts et associations s’interrogent notamment sur les fondements juridiques avancés dans les arrêtés justifiant leurs interdictions.
Le tribunal administratif confirme l’interdtion de la RAMO
Organisée chaque année par l’Association islamique de l’Ouest de la France (AIOF), la Rencontre annuelle des musulmans de l’Ouest (RAMO) a fait l’objet d’un arrêté d’interdiction pris par la préfecture de Loire-Atlantique à la demande du ministère de l’Intérieur.
La décision a été annoncée vendredi 22 mai, alors que cette 15e édition devait débuter dès le lendemain, obligeant les organisateurs à annuler l’ensemble du programme. Le préfet a invoqué « la présence d’intervenants, en particulier de cadres dirigeants des Musulmans de France, susceptibles de tenir des propos constitutifs d’infractions pénales ou portant atteinte à la dignité humaine, aux principes et valeurs de la République ».
L’AIOF a saisi en urgence le tribunal administratif de Nantes pour contester cette décision. L’interdiction a toutefois été confirmée samedi 23 mai par la justice. « L’arrêté d’interdiction de ce rassemblement a été confirmé par la justice. Les propos susceptibles d’y être tenus sont de nature à porter atteinte aux principes et aux valeurs de la République ainsi qu’à la cohésion nationale et à la dignité humaine », a écrit sur X Laurent Nuñez.
Le Tribunal administratif de Nantes a confirmé ce samedi l’arrêté préfectoral interdisant la tenue de la 15e Rencontre Annuelle des Musulmans de l’Ouest (RAMO), organisée par l’Association Islamique de l’Ouest de la France (AIOF) à la mosquée Assalam de Nantes. pic.twitter.com/OT27rNREFO
— CCIE (@CCIEurope) May 23, 2026
En cause ? « des propos susceptibles d’être tenus »
Cette justification suscite de nombreuses interrogations. « Le ministère de l’Intérieur n’a pas interdit cette conférence parce que des propos répréhensibles avaient été tenus. Il l’a interdite parce qu’une personne serait susceptible de pouvoir tenir des propos. Futur hypothétique. Parole qui n’existe pas encore. On sanctionne une expression avant qu’elle ait lieu », déplore l’ONG Action Droits des Musulmans.
L’organisation estime que cette décision pourrait constituer « une violation simultanée et directe de trois droits fondamentaux garantis : la liberté d’expression (…), la liberté de réunion et d’association (…) et la liberté de religion ».
« Une telle décision donne le sentiment douloureux que, quoi que fassent certains musulmans pour s’inscrire dans un cadre légal, apaisé et républicain, le soupçon demeure toujours plus fort que les années d’efforts, de dialogue et de responsabilité », a regretté l’Association islamique de l’Ouest de la France dans un communiqué.
🔴Le tribunal administratif n’a pas jugé le fond. Il a statué en 48h en référé — il n’examine pas si l’interdiction est légale, il examine uniquement s’il y a urgence à la suspendre immédiatement. Il a estimé qu’il n’y avait pas urgence. Pendant ce temps, la conférence est… https://t.co/sZXIaI3g0k
— ADM (@ADM_Action) May 23, 2026
Même procédé pour le salon « Aux Sources »
Johanna Rolland, maire de Nantes, a également réagi sur son compte X. « Cette interdiction prive des milliers de citoyennes et citoyens, de familles de confession musulmane d’un temps de rencontre et d’échanges, attendu de longue date », a-t-elle écrit.
Même scénario pour la 4e édition du salon . Issam Benzeghiba, maire de Meyzieu, a pris un arrêté pour interdire l’événement prévu les 13 et 14 juin. La présence annoncée du prédicateur Vincent Souleymane et « de sérieux troubles à l’ordre public sur la commune » liés à la médiatisation de l’affaire (par un élu du Rassemblement national) figurent parmi les motifs avancés.
Dans un communiqué publié dimanche, l’association Aux Sources a indiqué qu’elle « prend acte de l’arrêté municipal visant à interdire la tenue de la quatrième édition de son salon annuel ».

Le maire de Meyzieu souhaite sécuriser l’interdiction
« Cette décision intervient alors qu’en 2025, la précédente édition avait pu se tenir à la suite d’une décision du juge des référés ayant permis son maintien, dans des conditions exemplaires, sans incident, dans un climat de sérénité, de dialogue et de respect », rappelle le communiqué.
« Dans un État de droit, les restrictions apportées à la liberté de réunion, à la liberté d’expression et à la liberté d’association doivent reposer sur des éléments concrets, précis et proportionnés », déplore encore l’association Aux Sources, qui précise avoir « engagé les recours nécessaires afin de faire reconnaître nos droits et permettre, dans le respect du cadre légal, la tenue de cet événement ».
De son côté, Issam Benzeghiba estime « indispensable » que les différents services travaillent conjointement « afin de sécuriser juridiquement cette décision » d’interdiction.
