Comment détermine-t-on en Islam l’entrée dans le mois de Ramadan (et des mois islamiques en général) ? Entre observation visuelle de la nouvelle lune et calculs astronomiques, florilège des différentes méthodes légales sur la détermination du Ramadan.
Juridiquement (en droit islamique), le début du mois de Ramadan est déterminé par l’un des deux moyens suivants : la première est la constatation visuelle de la nouvelle lune le vingt-neuvième jour du mois de Sha’ban si le ciel est découvert et ce, conformément au hadith : « Jeunez à sa vue (la nouvelle lune), et rompez le jeûne à sa vue » (rapporté par al-Boukhari et Mouslim).
Il suffit, pour la constatation visuelle de la nouvelle lune du Ramadan, du témoignage d’une seule personne musulmane moralement intègre et ce, en raison du hadith relaté par le compagnon ‘Abd Allah Ibn ‘Omar dans lequel il déclare : « Les gens essayaient de voir la nouvelle lune. J’informai alors le Prophète que je l’avais vu. Il jeûna alors et ordonna aux gens de jeûner ».
Deuxième moyen : si la constatation visuelle de la nouvelle lune est impossible, les musulmans doivent alors compléter à trente jours le mois de Sha’ban conformément au hadith : « … Si celle-ci (la nouvelle lune) est cachée à vous, complétez Sha’ban à trente jours » (Boukhari et Mouslim).
𝐋𝐞 𝐇𝐚𝐝𝐢𝐭𝐡 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐬𝐞𝐦𝐚𝐢𝐧𝐞 | Comment se confirme le mois de Ramadhan ?
— Grande Mosquée de Paris (@mosqueedeparis) February 16, 2026
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D’après Abdullâh ibn ‘Omar, qu’Allah soit satisfait d’eux deux, le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Ne jeûnez pas avant d’avoir vu le croissant de lune, et ne rompez… pic.twitter.com/Msk0SKB2Mr
Suivre un pays viable ou l’instance locale ?
Autre méthode juridique : si la constatation visuelle de la nouvelle lune est confirmée quelque part, le jeûne peut s’imposer à tous les musulmans dans tous les pays, avec des conditions strictes sur la validité des témoignages, selon la majorité des juristes musulmans. Ceci est notamment l’avis adopté par les hanafites. Selon l’avis prédominant chez les shafi’ites, seule la constatation visuelle des habitants locaux de chaque pays doit être considérée.
Aussi, toute autre constatation visuelle ne pourrait les engager, sauf si le levant (matla’) de la lune est commun aux deux pays. Suivant ces méthodes, depuis plusieurs années, des dizaines de pays et communautés musulmanes à travers le monde ont commencé à débuter le jeûne du mois de ramadan et à célébrer la fête de l’aïd el-fitr (correspondant au 1er chawwal) sur la base des annonces oculaires faites par les autorités saoudiennes.
Les savants s’accordent à permettre l’utilisation des outils modernes comme les télescopes pour la vision de la nouvelle lune car sa constatation n’en demeure pas moins basée sur la vision à l’œil nu. En revanche, ils divergent quant à la confirmation de la nouvelle lune au moyen du calcul astronomique sans avoir recours à la constatation visuelle.
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Débat autour du calcul astronomique
Dès le XIVe siècle, le calcul astronomique a fait son entrée dans le droit musulman. En effet, l’Imam Al-Subki (un des plus illustres imams de l’école chafi’ite) déclarait que toute annonce de vision du premier croissant de la Lune considérée comme impossible par le calcul astronomique ne peut être prise en compte.
Ainsi, selon certains juristes contemporains, l’observation du croissant n’est en elle-même qu’un simple moyen, et non pas une fin en soi, un acte d’adoration (‘ibada). C’est le jeûne du mois de ramadan qui constitue l’acte d’adoration, et non la méthode utilisée pour savoir quand le mois de ramadan commençait ou se terminait.
Le hadith relatif à l’observation n’établit donc pas une règle immuable. Il n’impose pas la méthode d’observation visuelle de la nouvelle lune, à l’exclusion de toute autre méthode, pour connaître le début des mois lunaires. Mohammed Moussaoui, président du CFCM, explique dans un communiqué datant de 2021.
« Le calendrier lunaire basé sur le calcul, par définition même, associe à l’avance des dates à tous les jours et ce pour de nombreuses années. Il pourrait donc servir de moyen de « compter le temps » pour reprendre l’expression coranique et permettre aux musulmans de gérer toutes leurs activités. Force est de constater que l’adoption des tables des heures des cinq prières rituelles, qui (rappelons-le) sont basées sur le calcul, n’a jamais suscité de débat ou d’opposition. »
La multiplicité des moyens
Une partie des savants musulmans actuels précisent que l’objectif de la constatation visuelle est l’assurance de la naissance de la nouvelle lune. Or, le calcul astronomique moderne fait parvenir à cette certitude plus que la constatation visuelle. D’autre part, compléter à trente jours Sha’ban ou Ramadan n’est autre qu’un deuxième moyen pour parvenir à la certitude. Par conséquent, s’il existe un autre moyen (que l’observation) faisant parvenir à la certitude, son utilisation est alors permise.
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