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28/10/2021
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Pass sanitaire, vaccination : y a-t-il eu conflit d’intérêt ?

De gauche à droite : Emmanuel Macron, Victor Fabius, Karim Tadjeddine et Laurent Fabius. 

Les liens étroits du cabinet privé McKinsey, chargé de la campagne de vaccination contre le Covid-19, avec le président Macron ont été mis en lumière par plusieurs journaux français. La décision du Conseil constitutionnel de valider la plupart des mesures du pass sanitaire ont accentué ces interrogations, Victor Fabius, fils du président du Conseil constitutionnel, étant directeur associé du même cabinet privé. Le point par la rédaction de Mizane.info.

Depuis le début de la crise sanitaire du Covid-19, les interrogations sur les enjeux financiers et les conflits d’intérêts entre les grands groupes pharmaceutiques et les responsables politiques se sont multipliées. Deux éléments sont venus renforcer ces questionnements, les deux en lien avec le cabinet américain de conseil privé McKinsey. Installé sur les Champs-Elysées, mais avec un siège social fiscalement avantageux établi aux Etats-Unis, ce cabinet de conseil en stratégie surnommé « La firme » a été contractuellement mandaté pour la mise en place logistique de la campagne de vaccination contre le Covid-19.

Le cabinet fait partie des poids lourds internationaux dans ce domaine. Forbes évaluait son chiffres d’affaires en 2019 à 10 milliards de dollars. En France, McKinsey a ses bureaux depuis 55 ans et au sommet de l’Etat, leurs cadres sont bien connus.

La privatisation de la gestion logistique de la lutte contre le Covid-19 à travers la vaccination a essuyé au passage de nombreuses critiques. Dérive d’état, camouflet pour les institutions publiques écartés au profit du privé, le ministre de la santé Olivier Véran n’a pas été loquace lorsqu’il fut interrogé sur ce point le 21 janvier dernier par la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale. Les politiques n’aiment parler de leurs liens avec McKinsey avoue le journal Le Monde qui a consacré un long article au sujet. Le contrat du gouvernement avec McKinsey est néanmoins estimé à 20 millions d’euros, d’après Politico.

Le domaine bio-médical et pharmaceutique est effectivement un fleuron très juteux dans lequel McKinsey est bien implanté via sa régie POBOS qui revendique conseiller plusieurs dizaines de groupes et sociétés pharmaceutiques. Mais si McKinsey est en odeur de sainteté auprès du président Macron, ce n’est pas seulement pour ses relations privilégiées avec le gotha pharmaceutique ou son expertise en matière de logistique pour la campagne de vaccination.

Macron et McKinsey : des relations privilégiées

Avant même son élection, en 2007, Macron, à l’époque approché puis intégré par Jacques Attali dans sa commission dont il deviendra rapporteur général adjoint, a pour fonction alors de proposer des réformes économiques à un certain… Nicolas Sarkozy. Plusieurs membres de McKinsey participent aux réunions informelles de la commission, dont Eric Labaye, l’un des responsables de McKinsey en France, qui sera nommé plus tard président de la grande école publique Polytechnique par l’actuel président Macron.

« On se réunissait le soir jusqu’à minuit dans une salle du Sénat avec Attali et Macron, raconte un ancien membre de la commission au Monde. Dans les sièges du public, il y avait trois ou quatre jeunes de McKinsey. Ils faisaient des simulations sur Excel. Leur chef était si brillant qu’on l’écoutait comme s’il était membre à part entière », écrit le premier quotidien français. Ce fameux chef a un nom : Karim Tadjeddine.

« Avec ce dernier, nous dit France.info, Emmanuel Macron – qui a entre-temps intégré la banque d’affaires Rothschild & Cie – intègre en 2010 le conseil d’administration du think tank En temps réel. Ils y rencontrent Thierry Cazenave, avec lequel ils (Emmanuel macron et Karim Tadjeddine) collaboreront quelques années plus tard sur son livre L’Etat en mode start-up (Eyrolles, 2016) et à qui Macron confiera la direction interministérielle à la transformation publique (DITP), organe supervisant toutes les missions commandées aux cabinets de conseil privés », dont le cabinet McKinsey.

Karim Tadjeddine, un homme clé 

Ce n’est pas tout. Sur son CV, on apprend que Karim Tadjeddine avant d’intégrer McKinsey en 2006, a dès 2001 officié à la direction du Trésor public (comme chargé de la politique de soutien aux PME), instance sous la direction conjointe du ministère de l’économie et des finances et de celui du budget. Il se trouve que l’actuel président du Conseil constitutionnel, Laurent Fabius fut à la même période (2000/2002) ministre des Finances, et que son fils Victor Fabius est l’un des directeurs associés du…. cabinet McKinsey.

Certes, ces éléments ne constituent pas des preuves en tant que telles, tout au mieux de fortes corrélations. Ils indiquent néanmoins la nature problématique des rapports de collusion et de proximité qui peuvent exister entre la haute fonction publique et le privé. La décision du Conseil constitutionnel, saisi pour l’occasion, de confirmer la plupart des dispositifs prévus par le pass sanitaire, n’a pas manqué à ce propos d’alimenter les critiques quant au fait que le fils du président de l’institution se trouve être l’un des directeurs associés du puissant cabinet américain chargé de la campagne de vaccination pour le gouvernement. Le risque d’un conflit d’intérêt est difficile à ignorer. Précisons à toutes fins utiles que Victor Fabius occupe les fonctions de « membre du pôle d’activité Consommation et Distribution de McKinsey », et « est le chef de file en France du pôle de compétences Marketing et Ventes » selon le site du cabinet américain. Ajoutons également que Victor Fabius est le co-auteur de deux articles prospectifs sur les rapports entre le Covid-19 et la consommation dans le cadre de la pandémie.

Si la récente décision du Conseil constitutionnel n’est pas le fait du seul président mais de l’ensemble des neuf membres, il convient pour autant de préciser que ces membres sont nommés par le président de la République, le président de l’Assemblée nationale (Richard Ferrand, LREM) et celui du sénat (Gérard Larcher, LR), soit deux tiers politiquement acquis à l’actuelle présidence de la République de M. Macron. Rappelons également que les pouvoirs du président du Conseil constitutionnel sont loin d’être minimes puisque sa voix reste prépondérante, qu’il convoque et dirige les séances, nomme les rapporteurs, etc.

McKinsey, un cabinet impliqué dans plusieurs scandales

A la lumière de ces faits, un faisceau de convergence semble donc établir assez nettement l’existence de rapports problématiques de proximité, de collusion et donc de potentiels intérêts entre l’actuel appareil politique français et le cabinet américain McKinsey, ce qui ouvre à son tour de nouvelles questions sur l’ampleur de ses liens entretenus avec les milieux pharmaceutiques et son rôle exact dans la politique de vaccination décidée en France.

Cette collusion qui met en scène une alternance entre des fonctions dans des groupes, cabinets ou banques d’affaires privés, et des mandats publics, ainsi que ses conséquences dans la prise de décision publique a été partiellement soulevée par le leader des écologistes français Yannick Jadot qui a appelé sur son compte Twitter à une plus grande transparence entre le cabinet américain et le pouvoir français. Mais les réactions politiques n’ont pas été plus loin pour le moment. Aucune enquête publique n’a été encore ouverte depuis la reconduite de la mission du cabinet McKinsley à propos de la campagne de vaccination.

Une relative inertie politique qui n’est pas sans inquiéter. En effet, le cabinet américain McKinsey s’est retrouvé, d’après la presse américaine, impliqué depuis 2001 dans de nombreux scandales comme la faillite d’Enron, la corruption de fonctionnaires indiens dans une affaire liée à Boeing, le scandale des opioïdes avec Purdue Pharma, qui commercialise l’OxyContin aux Etats-Unis et qui lui a coûté 573 millions de dollars en justice, tout comme d’autres sommes colossales en Afrique du sud pour une affaire de blanchiment d’argent, la rédaction d’une note ayant aboutit à l’arrestation d’opposants saoudiens, ou encore la condamnation d’un de ses directeurs généraux pour délits d’initiés.