Le premier tour des élections municipales a livré ses premiers verdicts dans la majorité des communes, mais laisse de nombreuses grandes villes dans l’incertitude. Entre forte abstention (44 %), duels serrés et stratégies d’alliance, le second tour s’annonce déterminant.
48,7 millions d’électeurs et d’électrices étaient appelés aux urnes ce dimanche 15 mars afin d’élire leurs maires et conseillers municipaux dans 34 994 communes, avec près de 900 000 candidats et candidates en lice. Dans la grande majorité des communes (93 %), où une ou deux listes seulement s’affrontaient, le résultat était déjà connu dès ce dimanche soir. Mais la situation reste beaucoup plus complexe pour le second tour prévu dimanche prochain, avec de nombreux rapports de force serrés ou incertains, et des alliances qui pourraient s’avérer décisives selon les cas.
Une participation en baisse et un second tour très ouvert
Dans le même temps, la participation a de nouveau reculé, alors que les élections municipales mobilisent habituellement davantage. Les instituts de sondage estiment la participation entre 56 % et 58,5 %, contre 63,55 % en 2014. Cette baisse s’inscrit dans une tendance observée depuis plus de quarante ans, particulièrement marquée chez les jeunes et dans les quartiers populaires.
Le conflit au Moyen-Orient a peut-être aussi relégué la fin de campagne au second plan, tout comme la disparition du panachage dans les communes de moins de 1 000 habitants, un système qui permettait de rayer ou d’ajouter des noms sur les listes.
Grandes villes : rapports de force serrés et surprises locales
À Paris, le candidat PS-Écologistes Emmanuel Grégoire arrive nettement en tête avec 36,5 %, devant Rachida Dati (24,9 %, Les Républicains). Sophia Chikirou (13,7 %, LFI) et Pierre-Yves Bournazel (11,8 %, Horizons) sont également qualifiés, selon une estimation Ipsos BVA Cesi.
Le Parti socialiste se place aussi largement en tête à Rennes, Strasbourg et Montpellier.
À Lyon, le maire écologiste sortant Grégory Doucet et Jean-Michel Aulas sont au coude-à-coude à 37,5 % selon une estimation Ifop-Fiducial, laissant entrevoir la possibilité pour les écologistes de conserver une très grande ville. La situation est similaire à Bordeaux, où le maire sortant Pierre Hurmic devance de peu le macroniste Thomas Cazenave.
À Marseille également, l’écart est très serré entre le maire sortant de gauche Benoît Payan et le candidat du Rassemblement national Franck Allisio.
À Nice, le duel entre Christian Estrosi et Eric Ciotti, soutenu par le RN, tourne en revanche à l’avantage de ce dernier, avec une avance d’environ dix points.
Au Havre, l’ancien Premier ministre et président d’Horizons Édouard Philippe arrive largement en tête autour de 43 %, devant le candidat communiste Jean-Paul Lecoq (environ 33 %) et Franck Keller (UDR-RN) autour de 15 %, selon des résultats provisoires.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé la victoire de la liste sur laquelle il figurait en troisième position à Vernon, dans l’Eure.
Du côté du Rassemblement national, Louis Aliot est réélu dès le premier tour à Perpignan avec 51,4 % des voix, ce qui en fait la plus grande ville dirigée par le RN. À Toulon, la députée Laure Lavalette, candidate sans étiquette, arrive largement en tête avec environ 40 % des voix, mais dispose de peu de réserves pour le second tour selon Elabe.
À Nomexy, dans les Vosges, la victoire de Yann Traiteur, étudiant en sciences politiques et membre du Rassemblement national de la jeunesse, marque la première conquête du parti dans ce département. À Fréjus, David Rachline annonce sa réélection pour un troisième mandat avec 51,33 % des suffrages malgré les affaires judiciaires qui ont marqué son parcours.
L’ancienne ministre socialiste des Outre-mer Ericka Bareigts a annoncé sa réélection à Saint-Denis de La Réunion. En Nouvelle-Calédonie, les Loyalistes, représentant la ligne dure des non-indépendantistes, devancent nettement les formations plus modérées à Nouméa, tandis que l’Union nationale pour l’indépendance recule face au FLNKS.
À Lille, Arnaud Deslandes, successeur de Martine Aubry, est au coude-à-coude avec la candidate LFI Lahouaria Addouche, ce qui place les écologistes en position d’arbitre selon les estimations.
À Roubaix, l’insoumis David Guiraud arrive très largement en tête avec 46,5 %, loin devant le maire sortant divers droite Alexandre Garcin (20,3 %), ce qui constitue l’une des meilleures chances de victoire pour LFI selon Ifop-Fiducial pour TF1-LCI et Sud Radio. Le mouvement prend aussi Saint-Denis, deuxième ville d’Île-de-France, dès le premier tour avec Bally Bagayoko, allié au Parti communiste.
À Toulouse, François Piquemal (LFI) crée la surprise en arrivant deuxième devant le socialiste François Briançon, tandis que le maire sortant Jean-Luc Moudenc reste largement en tête.
Le secrétaire national du Parti communiste Fabien Roussel a annoncé sa victoire dès le premier tour à Saint-Amand-les-Eaux, ville dirigée par les communistes depuis trente ans et dont il est maire depuis un an.
À Besançon, la droite menée par Ludovic Fagaut peut espérer l’emporter, sauf si la maire écologiste Anne Vignot accepte une alliance avec LFI.
À Clermont-Ferrand, le candidat LR Julien Bony arrive en tête dans un bastion socialiste historique, créant la surprise.
À Meaux, le maire sortant Jean-François Copé revendique 63,45 % des voix, soit sa sixième victoire consécutive au premier tour depuis sa première élection en 1995.
Consignes nationales et bataille d’alliances pour le second tour
Le président du RN, Jordan Bardella, a affirmé que « partout où le contexte local le permet » son parti « tend la main aux listes de droite sincères, aux listes indépendantes et à tous ceux qui refusent à la fois le désordre de l’extrême gauche et la dilution dans le macronisme ».
Le président de LR, Bruno Retailleau, a appelé à « un grand rassemblement de la droite » pour faire gagner ses candidats au second tour « contre la gauche ou contre le RN » et éviter « la diversion et la dispersion ».
Le coordinateur national de LFI, Manuel Bompard, a déclaré peu après : « Nous tendons la main aux autres listes pour permettre partout où la droite et l’extrême droite menacent la constitution d’un front antifasciste » au second tour.
« Au premier comme au second tour, il n’y aura pas d’accord national entre LFI et le PS », a assuré Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste.
La cheffe des écologistes Marine Tondelier a, de son côté, appelé à « éliminer la droite et l’extrême droite » lors du second tour.
