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10/08/2022
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Mettre de l’ordre dans le chaos intérieur

Ne rien céder au conformisme marchand, à l’égalitarisme ambiant. Se vouer à une quête et une conquête ambitieuse de soi, du Soi. Comment y parvenir ? « Se distinguer par la culture, par la méticulosité dans le détail et par le mépris héroïque à tout chantage au confort. Il y a une différence spirituelle entre les hommes et il faut savoir développer ce qui fait la caste, la particularité » écrit Jean-Louis Ragot dans sa dernière chronique lumineuse à lire sur Mizane.info.

Être libre pour croître, pour se développer. Être détaché du monde pour écouter les suggestions intérieures qui animent et font agir. Être libre du monde pour pouvoir vivre selon l’Esprit. La spiritualité est une maïeutique : quelque chose, dans l’inconscient, est destiné à se déverser à l’extérieur, par la parole ou par l’écriture. L’inspiration vient d’une source intérieure et divine, elle requiert une relative autonomie de la pensée par rapport au conditionnement du monde et à ses passions.

Le détachement conscient procure l’inspiration mystique permettant de développer les pouvoirs de l’esprit, la buddhi, la capacité d’intelligence liée au discernement, grâce à une connexion intérieure avec son essence divine. Cette connexion n’est possible que lorsqu’on a mis de l’ordre dans le chaos intérieur. En remontant le courant on peut trouver des ressources inconnues. Le voyage intérieur révèle des secrets cachés, l’exploration de la mémoire clanique permet de retrouver la connaissance perdue et de régénérer l’intellect à la source de l’inspiration et de la poésie.

Se libérer du troupeau 

Faire épanouir, d’une façon limpide et harmonieuse, une conscience et une œuvre qui sont le fruit de lentes acquisitions métagénétiques, cela passe par la spiritualité, par la libération d’une esthétique innée et atavique, d’une hérédité psychique et spirituelle différenciée de la masse du vulgaire.

Se distinguer par la culture, par la méticulosité dans le détail et par le mépris héroïque à tout chantage au confort. Il y a une différence spirituelle entre les hommes et il faut savoir développer ce qui fait la caste, la particularité. Tel est le sain orgueil à opposer à l’égalitarisme niveleur.

Cela passe par un souci de la qualité et par le détachement envers ce qui se mesure au degré d’utilité. Le bien-être matériel est une valeur inférieure à l’harmonie intérieure de celui qui s’entoure de beauté. Cultiver ses vertus, faire preuve de délicatesse, donnent cet esprit aristocratique qui est le meilleur des supports pour une réalisation métaphysique. Celui qui a mis le cap en direction de la transcendance doit brûler tout ce qui reste en lui d’encore trop humain et ainsi se libérer du troupeau pour devenir un initié.

La voie immanente du solitaire

Mille rêves furent brisés par des mots, des mots qui résonnent encore dans la tête, des mots de résignés qui ne veulent pas avouer leurs redditions. Ils sont tombés dans la non-création et ils se sont asservis au chantage du système.

La vieille amertume des agressions de cette humanité conditionnée dans la médiocrité globalisante qui englue dans sa poisse la moindre velléité de développement personnel, pollue longtemps la mémoire de celui qui a dû s’isoler pour sauver son Immanence. La croissance, l’autocréation, l’aptitude à l’effort non-apprivoisé doivent, comme sainte Barbara, être enfermées dans une tour. Barbara, lumière enfermée, beauté soustraite au regard des hommes, joyau caché dans les profondeurs de la terre intérieure.

Pendant cette saison sombre, il faut cacher son âme sous peine de se faire haïr par ceux qui ont honte d’eux-mêmes, et encore plus par ceux qui n’ont plus honte du tout. Ce sont des démoniaques, la moindre dialectique avec eux vous empoisonne pour toujours. Leur bave est indélébile. Ils crachent sur la beauté dès qu’on la leur montre, ils la refoulent. Ils ont horreur de la sincérité car c’est une vertu trop belle pour eux.

Former un couple avec son Immanence, telle est la voie du solitaire. Elle est une protection contre les agresseurs qu’Elle foudroie de Sa puissance. Elle est une aide, un soutien intérieur et une force d’affirmation contre les crachotis des petits.

Cultiver le sens intérieur de sa loyauté

Le souvenir permanent de la dictature du vulgaire doit être le stimulus d’une croissance solitaire et discrète. Le harcèlement subi et qui a laissé tant de séquelles était inspiré par des latences dévoilées dans le refus de la médiocrité totalitaire qui s’imposait avec tant d’insistance.

Ces innombrables importuns décèlent avant vous vos orientations et vos capacités, alors ils se collent à vous comme des parasites honteux pour vous sucer le sang, pour piller et saccager votre patrimoine génétique. Aristocratie, valeur spirituelle, discipline intérieure, voilà ce qu’ils pourchassent.

Être un guerrier autonome et personnalisé, orienté vers l’immanence, entretenir un sentiment de dignité supérieure, implique un maintien sévère et des vertus d’ascète. Le seul privilège qui subsiste de nos jours est dans le talent, dans le style et dans un maintien sévère délicat et subtil, car la véritable noblesse est un tempérament.

La vie et le bonheur sont moins importants que la loyauté à ses gènes. Une intuition directe et viscérale de ce qui est noble implique un sacrifice et un renoncement, c’est un ressenti spontané qui se passe des mobiles et des justifications propres au vulgaire, et qui est indépendant de toute foi conditionnée. Une supériorité innée doit se conquérir et se prouver dans une insubordination à une majorité d’esclaves qui impose ses vices et ses dérèglements.

Jean-Louis Ragot