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07/10/2022
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Jean-Louis Ragot : « Pour rester libre, il est nécessaire de questionner ses racines »

La médiocrité, le nivellement par le bas, l’indifférenciation meurtrière des esprits : face aux menaces de la société postmoderne, comment survivre et espérer se transcender soi-même ? Etre libre ? Jean-Louis Ragot nous livre sa réponse dans une brillante chronique publiée par Mizane.info.

La liberté individuelle et celle de toutes sortes de groupes particuliers est menacée d’être avalée par un monstre froid : l’étatisme égalitaire universel des technocrates et des marchands, qui cherche à dissoudre dans son ventre chaotique tout ce qui est différencié dans l’humanité, tout ce qui a un son et une couleur qui constituent sa distinction et sa noblesse. Il veut tout digérer, le froid monstre, pour nous déféquer l’homme indifférencié, sans génie personnel, taillable et corvéable à merci, le pousse-caddy de base qui est un mutilé existentiel.

Quelle valeur reste-t-il à l’homme libre ?

Une alternative se pose à l’homme d’aujourd’hui : ou se suicider existentiellement par dissolution dans la société de masse, ou renaître génétiquement ou culturellement dans son héritage particulier. Dans ce monde matérialiste et athée, l’agenouillisme est plus que jamais en vigueur, et les nouveaux dogmes sont pires que les anciens, comme cette « tolérance » qui rend impuissant, cette « prudence » qui est une démission, cette résignation d’enfant sage qui est un pourrissement de la volonté et du courage.

Combien de redditions existentielles sont exigées pour recevoir le baptême de cette religion mensongère et contre-nature ?

Quelle valeur reste-t-il à l’homme quand il n’est plus évalué que par les poids et mesures des marchands ? Pour s’assimiler à cette cloaca maxima, il faut se renier soi-même dans une autocensure d’ipséité, renoncer à son moi, se résigner à ne plus assumer sa singularité, son originalité à travers l’altérité.

Abîmer l’âme humaine

Cette épidémie de redditions a pour but de construire un monde abject, déstructurant les êtres, les décomposant dans une mort sociale, politique et culturelle qui est la dissolution dans une civilisation égalitaire, le naufrage de l’individualité et de la particularité, belle, forte, harmonieuse, dans une masse où tout est faible, laid et pathologique.

Les médias sont des mensongers professionnels, des contrefacteurs de mots et d’images, créateurs de dogmes obscurcissant qui rétrécissent la vision de la diversité humaine pour la fondre dans la mécanique d’un système économique et matérialiste, déspiritualisé qui aplanit l’humanité multicolore dans le gris monotone de l’uniformité, de la médiocrité désespérée et de l’ennui dans la routine infinie qui tourne en rond dans les ténèbres.

Les conditions d’une résistance de l’esprit

Pour se défendre contre cet avalage monstrueux, celui dont l’esprit est encore en bonne santé doit savoir réfléchir sur sa différenciation, sur la base ancestrale de son existence biologique, culturelle, éthique qui est son maintien, sa légitimation.

Pour rester libre, il est nécessaire de savoir questionner ses racines et il est impératif de remettre en ordre ses pensées, en dehors des tabous et des dogmes du temps, par mesure prophylactique vitale.

Trouver une défense génétique pour s’immuniser contre un discours qui falsifie les mots et affole le raisonnement dans un but de perversion, de fourvoiement de la vie humaine au profit de l’impérialisme de la matière, de la machine et du nombre.

Mensonge égalitaire, inversion du modèle grec de la démocratie, vidé de son sens dans la dialectique institutionnelle cosmopolite qui aligne les individus et les peuples sur le modèle unique d’un nouvel ordre planétaire organisé et manipulé par les matérialistes. Les maîtres du mensonge nient tout droit individuel ou communautaire à l’intégrité, à la liberté de rester soi-même, au droit de cultiver sa différence. Ils condamnent ainsi les personnes à la dissolution et à l’extinction dans la société indifférenciée.

Jean-Louis Ragot