Edit Template

Le droit international n’arrĂȘte pas l’impĂ©rialisme

Le recours au droit international n’a plus sa place dans un contre-discours Ă  l’impĂ©rialisme de Washington. Telle est la leçon de l’aprĂšs Gaza qu’il ne faudra jamais oublier.

MĂ©lenchon, dans son intervention Place de la RĂ©publique, rĂ©alisĂ©e Ă  l’occasion d’un rassemblement pour dĂ©noncer l’invasion amĂ©ricaine du Venezuela et le rapt de son prĂ©sident Maduro, a parlĂ© d’une autre politique pour la France et a ressorti, Ă  cette fin, le concept historique de non alignĂ©, si chargĂ© de sens. Une rĂ©fĂ©rence a priori de bon augure dans un contexte gĂ©opolitique marquĂ© par la progression de l’impĂ©rialisme.

Mais son extrĂȘme prudence face Ă  la rĂ©cupĂ©ration politique de ses propos par tous les oiseaux de mauvais augure, en l’espĂšce des charognards, secondĂ©s par la cohorte de mercenaires pro Ă©tats-uniens comme la France sait si bien les produire, ont contribuĂ© Ă  affaiblir quelque peu la force politique de son discours qu’il a ornementĂ© de multiples rĂ©fĂ©rences au droit international, notre seule protection, a-t-il dit, face Ă  l’impĂ©rialisme.

Il s’agit lĂ  d’un aveu d’impuissance. Politiquement, se rĂ©fĂ©rer aujourd’hui au droit international est une erreur qui affaiblit la force politique d’un discours car nous savons tous que le droit international est mort, de sa belle mort, Ă  Gaza. Ce n’est pas un cadavre qui nous dĂ©fendra contre l’impĂ©rialisme mais la crĂ©ation d’un rapport de force politique dĂ©cisif capable de nous projeter dans une nouvelle configuration qui nous permettra collectivement de reprendre la main et de crĂ©er un espace de rĂ©sistance interne Ă  l’Europe, un nouvel axe Madrid, Paris, Belfast.

A notre Ă©poque, celle de l’aprĂšs Gaza, tenir un discours fondĂ© sur le droit international, c’est adopter la posture du dominĂ©, du faible qui gĂ©mit d’indignation face Ă  la puissance brute de l’impĂ©rialisme, du technocrate formatĂ© dans le moule de l’impuissance programmĂ©e. Cette Ă©poque est rĂ©volue. Les Palestiniens, au prix de leurs vies, nous l’ont enseignĂ©, nous ont libĂ©rĂ© de cette illusion et nous n’accepterons plus que quiconque trahisse cette leçon.

Les nations et les peuples ont le pouvoir de rĂ©sister Ă  cet impĂ©rialisme Ă  partir du moment oĂč ils auront la force politique de nommer l’ennemi et le courage de serrer les rangs dans la confrontation inĂ©vitable qui s’annonce. Les mensonges sur la dĂ©mocratie, les droits de l’homme et le droit international ont alimentĂ© des dĂ©cennies durant une aliĂ©nation mentale qui a rendu possible, en l’attĂ©nuant, la domination sanguinaire Ă©tats-unienne, Ă  laquelle nous venons une fois de plus d’assister.

Cela ne signifie pas, comme des lectures rapides et hasardeuses pourraient le penser, cultiver la puissance pour la puissance, ni se faire l’apĂŽtre d’un arbitraire qui jetterait le droit aux orties, mais rĂ©unir plutĂŽt les conditions d’une politique qui soit authentiquement juste et Ă©quitable, au-delĂ  de toute cette phrasĂ©ologie hypocrite qui a su bercer et anesthĂ©sier depuis si longtemps les esprits incapables de comprendre ce qu’est l’essence du politique.

Ce n’est pas le droit international qui fait la politique, c’est la politique qui dĂ©termine le droit international en dĂ©cidant d’en faire ou non une rĂ©alitĂ©. Un rĂ©gime criminel ne se soumet jamais volontairement au droit : ce dernier ne peut lui ĂȘtre qu’imposĂ© par la force.

Les leaders civils qui se lĂšveront contre l’Empire doivent savoir une chose : on ne fait pas trembler l’Empire avec les slogans de l’Empire. Une politique anti-impĂ©rialiste digne de ce nom doit donc cesser de prendre des gants et d’alimenter la propagande Ă©tats-unienne en lui apportant une forme de caution sur le mode : « Maduro est un dictateur », « le Venezuela est une plate-forme du trafic de drogue », etc. Tous les motifs avancĂ©s par Washington, Tel Aviv et leurs supplĂ©tifs sont des prĂ©textes mensongers destinĂ©s Ă  faire avaler la pilule au patient avant de lui infliger le traitement de choc.

Les citoyens Ă©clairĂ©s et engagĂ©s devront le comprendre : la fonction de ce type de phrasĂ©ologie est d’embrouiller la grille de lecture politique et Ă©conomique de l’impĂ©rialisme contemporain par un Ă©cran de fumĂ©e idĂ©ologique sur la dĂ©mocratie, les droits de l’Homme, le droit international, la lutte contre le terrorisme ou le trafic de drogue, etc.

Idem pour le son de cloche mĂ©diatique des petites natures soucieuses de leur image et du « qu’en dira-t-on » lorsqu’elles osent Ă  peine, du bout des lĂšvres, condamner la violence de la politique Ă©trangĂšre Ă©tats-unienne sur le mode « quoi que l’on pense de… ». Oui, quoi que l’on pense de ceux qui n’en pensent pas moins et qui, Ă  tout le moins, pensent avant toute chose Ă  eux mĂȘmes, avec de tels dĂ©fenseurs, pas besoin d’accusateurs.

Ce qui arrive au Venezuela, qu’on le sache, va se reproduire ailleurs. Destructions, coup d’Ă©tat, interventions militaires directes, politiques de soutien Ă  la guerre civile des nations jugĂ©es renĂ©gates, dĂ©stabilisation interne ou financement de groupes armĂ©s type Daesh : pour l’axe israĂ©lo-amĂ©ricain, tous les moyens sont bons pour renverser des rĂ©gimes et les remplacer par des pantins Ă  leur solde qui leur garantiront des accĂšs aux ressources Ă©nergĂ©tiques, miniĂšres, favoriseront l’installation de bases militaires, leur ouvriront un dĂ©bouchĂ© commercial ou leur offriront la possibilitĂ© d’endiguer militairement toutes les puissances Ă©mergentes.

Face Ă  l’hydre impĂ©rialiste, la mobilisation politique doit donc plus que jamais ĂȘtre au rendez-vous, tout comme la hauteur des discours, dont la fonction inspirante de catalyseur de toutes nos Ă©nergies s’avĂšre plus que jamais indispensable.

L’annĂ©e 2026 a certes commencĂ© de la pire des façons : par l’invasion manu militari du Venezuela. Gageons qu’elle se poursuive de la meilleure des façons : par une invention collective salutaire, un sursaut politique puissant et inspirĂ© qu’il nous appartiendra tous de crĂ©er.

Fouad Bahri

2 réponses

  1. Conclure que le droit international serait « mort » revient, à mon sens, à entériner la victoire de ceux qui le violent.
    Le droit n’a jamais Ă©tĂ© une protection automatique contre l’impĂ©rialisme ; il a toujours Ă©tĂ© un champ de lutte, dĂ©pendant du rapport de force. Sa violation massive aujourd’hui ne le rend pas caduc : elle le rend au contraire central, comme outil de qualification des crimes, de dĂ©lĂ©gitimation et de mise en accusation des puissances dominantes.
    Opposer droit et rapport de force est un faux dilemme. Sans rapport de force, le droit est impuissant ; sans droit, la force devient pure domination. Gaza ne nous apprend pas à renoncer au droit, mais à cesser de l’invoquer sans courage politique.
    https://www.facebook.com/share/p/1FhaTTB3YZ/

    1. Vous n’avez pas lu l’article. Vous prĂȘtez des intentions Ă  l’auteur qu’il n’a pas et qu’il n’a pas formulĂ© quand vous Ă©crivez « Opposer droit et rapport de force est un faux dilemme. » Distinguer n’est pas opposer. Il y a une hiĂ©rarchie fonctionnelle. Le politique est premier dans les institutions et dans leur application. Se doter d’une constitution est un acte politique. Qui votent les lois ? Des dĂ©putĂ©s Ă©lus. Qui statuent sur les rĂ©solutions internationales ? Des reprĂ©sentants d’Etats. Qui dĂ©cide d’appliquer le droit ? Des Etats. Qui a le pouvoir d’empĂȘcher le droit d’ĂȘtre une rĂ©alitĂ© ? Les pays du Conseil de sĂ©curitĂ©. Le droit international n’est pas un fĂ©tiche. Il est une rĂ©alitĂ© ou pas. S’il n’est pas une rĂ©alitĂ©, il devient l’arme du faible et un prĂ©texte Ă  l’hĂ©gĂ©monie occidental. Seule la force politique peut faire que le droit sera une rĂ©alitĂ©, il faut donc concentrer les discours et les actes sur la constitution d’un rapport de force.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Prouvez votre humanitĂ©: 1   +   3   =  

NEWSLETTER

PUBLICATIONS

À PROPOS

Newsletter

© Mizane.info 2017 Tous droits réservés.

slot777