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16/05/2021
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L’ascension nocturne du Prophète : vérités et enseignements

Al Isra wal Mi’raj est une expression islamique qui désigne le voyage nocturne ascensionnel qu’accomplit le Prophète Muhammad au cours d’une nuit qui le conduisit de La Mecque à Jérusalem et de cette dernière vers les Cieux. Ce récit, évoqué succinctement dans le Coran et détaillé dans la tradition prophétique, comporte de nombreux enseignements d’ordre symbolique. Mizane.info vous propose une plongée dans la matrice sémantique et symbolique du voyage ascensionnel du Prophète. 

Dans la tradition chrétienne, l’ascension désigne l’élévation du Christ vers Dieu immédiatement après sa dernière rencontre avec les Apôtres à la suite de ce que les sources chrétiennes appellent la résurrection de Jésus. Cet événement est évoqué explicitement dans les évangiles de Marc et Luc. Ce que le grand public sait moins, c’est qu’il existe plusieurs ascensions dans la prophétologie sémitique.

La tradition musulmane évoque au moins trois ascensions. Dans l’ordre chronologique, celle d’Idriss (Hénoch), Jésus (‘Issa) et Muhammad (la paix sur eux tous).

L’ascension du Prophète est évoquée sommairement dans le Coran à deux reprises.

« Gloire à Celui qui a fait voyager de nuit Son serviteur de la mosquée al-Haram à la mosquée lointaine dont Nous avons béni l’enceinte, et ceci pour lui montrer certaines de Nos merveilles. » Le Coran, sourate XVII ; 1.

« Et très certainement, il l’a vu en une autre occasion, près du Jujubier de l’extrémité, près de là est le Paradis du refuge : au moment où le Jujubier était couvert…Le regard ne chavira pas, (…) Très certainement, il a vu certains des plus grands Signes de son Seigneur » Le Coran, Sourate, 53, versets : 13 à 18.

La tradition attribuée au Prophète recèle de nombreux textes sur cet événement majeur.

Nous les résumerons très brièvement.

D’après ces traditions, l’archange Gabriel est venu voir le Prophète en l’invitant à le suivre pour un voyage exceptionnel. Une monture répondant au nom d’Al Bouraq lui fut présentée et le convoi solennel s’envola de la Mecque à Jérusalem au cours d’une nuit bénie.

En arrivant à Jérusalem, le Prophète accomplit deux unité de prières à la mosquée sacrée où se trouvaient les prophètes, eux-mêmes en état de prière. Ils se réunirent alors pour accomplirent l’office de la prière de nuit et lorsque le choix de l’imam se posa, Gabriel selon certaines versions, les prophètes selon d’autres, établirent que l’imam devait être le Prophète lui-même.

Gabriel offrit ensuite deux bols au Prophète, l’un de vin, l’autre de lait, et lui demanda d’en choisir un. Le Prophète choisit le lait et le but, ce qui correspondait à la prime nature selon le commentaire de l’archange.

Commence alors une ascension vers les sept niveaux du Paradis entrecoupée de visions édéniques sur les vertueux et de visions infernales sur le sort des pécheurs.

Au terme de l’ascension, le Prophète s’est prosterné devant le Tout-Puissant et reçut le commandement de la prière. Avant son retour à la Mecque, il eut un entretien avec Moïse à la suite de quoi, il obtient sur ses conseils une réduction des 50 prières initialement demandées aux 5 prières déterminées et ayant la valeur de 50 !

Penchons-nous à présent sur les sept niveaux du Paradis dans lesquels le Prophète a rencontré sept prophètes ou messagers de Dieu.

Le premier niveau est celui du père de l’humanité, Adam. Le second, celui de Yahya et ‘Issa (Jean-Baptiste et Jésus). Le troisième celui de Youssef (Joseph). Le quatrième est occupé par Idriss (Hénoch). Au cinquième et sixième niveau se trouve Haroun (Aaron) et Moïse. Le dernier niveau est celui d’Ibrahim (Abraham).

Il nous est possible de dire en guise d’introduction que le récit du voyage nocturne ascensionnel établit deux souveraineté prophétique à Muhammad (la paix soit sur lui).

La souveraineté exotérique et la souveraineté ésotérique.

La prière des prophètes et messagers à Jérusalem établit la souveraineté religieuse du Messager de Dieu, imam des messagers, sceau de la prophétie, et prophète envoyé comme miséricorde à tous les humains et aux mondes entiers, selon la formule coranique.

Cette souveraineté est législative, éthique, apostolique et spirituelle. Elle est également eschatologique puisque l’intercession et la requête d’ouverture du Jugement dernier et celle des Portes du Paradis sont sa prérogative.

La souveraineté ésotérique sera consacrée par l’ascension elle-même.

Remarquons au passage que le Prophète, comme Adam, Moïse, Joseph et Jésus avant lui (la paix sur eux), a été éloigné du principe terrestre (le père) pour le propulser à travers le principe céleste (l’archange) vers le Principe des principes (Dieu), au terme de la traversée de sept étapes ascensionnelles que nul autre humain n’a franchi, ni avant, ni après lui.

Chaque niveau est fermé et requière une ouverture (fath) qui est symboliquement le signe d’une victoire, d’un dépassement. Elle correspond analogiquement à la fatiha, qui est composée de sept versets qui ouvre la connaissance du Livre.

Nous attirons l’attention du lecteur sur le fait que les sept niveaux célestes que le Prophète a traversés, conduit par une monture et guidé par Dieu à travers un autre messager, Gabriel, ne sont pas seulement des lieux célestes mais des états fondamentaux de l’être pour reprendre une expression de Guénon. L’ascension nécessite donc un véhicule (ou moyen) et un guide.

La première station céleste est humaine. Elle est celle du prototype humain, Adam.

Cette première étape nous signifie une leçon capitale : la pleine humanité, élémentaire, primordiale et naturelle exige un effort orienté vers une première ascension. L’être humain est un état avant d’être un genre. Ce savoir-être s’acquière par une purification de l’âme et une élévation spirituelle. La première étape de l’ascension spirituelle du prophète est donc celle de l’humanisme primordial.

La seconde étape lui fait retrouver deux figures emblématiques, Jésus et Jean-Baptiste, dont les symboliques trop nombreuses ne peuvent être résumées dans le cadre de cet article.

Disons néanmoins que ces deux figures évoquent la jeunesse, la vitalité (Yahya est dérivé de la racine du mot vie), la proximité temporelle et spirituelle avec l’ère du Prophète, la brièveté apostolique, la suprématie de l’esprit sur la loi, la liberté messianique. Elles correspondent aux fonctions respectives de l’annonciateur (et témoin) et de l’accomplisseur.

Les verbes adamiques comme christique ou johannique sont des verbes fondationnels. Ils sont initiateurs, et donc initiatiques, par la rupture législatrice qu’ils instaurent avec la loi naturelle de Dieu déterminée dans sa création. Ces trois verbes (Jésus est successivement désigné comme une Parole de Dieu et un Esprit de Dieu dans le Coran) n’ont pas été déterminés par une dualité créatrice (masculin/féminin), mais par un ordre divin immédiat, c’est-à-dire sans médiation légale du père (ceci est vrai d’Adam et Jésus mais aussi de Yahya dont son père Zakaria et sa femme étaient âgés et stériles). Cette rupture appelle et inaugure un nouveau cycle et en ce sens ils annoncent le cycle ultime de l’universel muhammadien (que les soufis appellent l’Homme accompli, insan al kamil, ouvrant l’âge de la maturité humaine).

A chaque prophète et annonciateur correspond un type d’ascension.

La chute adamique est une contre-ascension première (chute) close par un retour salutaire à Dieu. L’ascension idrissienne est une élévation gnoséologique sans retour, précédée d’une mort volontaire (la référence initiatique est forte) qui va lui ouvrir les portes divines de la connaissance de l’inaccessible.

L’ascension christique est elle duelle, avec une ascension salvatrice précédant la mort et plus tard un ultime retour eschatologique venant clore le cycle humain en le conviant lui-même à la gustation inéluctable de la mort.

L’ascension muhammadienne, finale, est la seule à prendre successivement le monde horizontal des humains comme point de départ de son voyage (de La Mecque à Jérusalem, deux points d’orientations rituelles) avant d’ouvrir une marche ascensionnelle verticale qui le conduira au-delà des limites accessibles à toutes les créatures, jusqu’aux pieds sacrés de la Divinité, avant de faire retour sur la Terre. Nous reviendrons ultérieurement sur la signification ésotérique de cette typologie ascensionnelle.

La troisième station est celle de l’esthétique prophétique incarnée par Youssef (Joseph), qui possédait la moitié de la beauté humaine. La vie et l’œuvre de Joseph (Youssef) témoigne de la beauté extérieure et intérieure de sa personne. Il est celui qui associe les deux dimensions éthique et esthétique du troisième monde céleste. Cette étape est celle d’une vie d’épreuves où l’aspirant traverse, au cours d’un itinéraire fait de chutes et d’ascension d’un autre ordre, les différentes strates sociales du monde des Hommes, passant de fils de prophète lui-même investi de la prophétie à esclave, prisonnier, homme libre et enfin ministre du vizir.

Une vie traversée par l’épreuve de la jalousie de ses frères et celle de Zuleikha, femme du vizir éprise de Joseph, l’épreuve du désir amoureux, l’épreuve du désir de liberté réclamée en prison à ses compagnons de cellule (et non à Dieu), l’épreuve du pouvoir, l’épreuve enfin du pardon et de la réconciliation avec ses frères qui l’ont trahi.

Au terme de ce cheminement, Youssef accomplit la synthèse de la noblesse religieuse héritée et investie (lignage prophétique jusqu’à Abraham) avec la noblesse sociale et temporelle que sa fonction ministérielle lui confère. Par sa perfection esthétique et éthique, la bonne action manifestant la beauté de l’âme, l’étape exo-ésotérique, esthétique et éthique de Youssef prépare la fonction magistrale du Maître spirituel 1 accompli intérieurement et extérieurement. Une préparation que l’on perçoit nettement dans sa science des rêves qui est science herméneutique du sens et de l’avenir.

La transition est faite avec la quatrième station incarnée par Idriss (Hénoch). Cette figure mystérieuse, le Coran l’a évoqué elliptiquement à deux reprises : « Et mentionne Idriss dans le Livre. C’était un véridique et un prophète. Et nous l’élevâmes à un haut rang » (Coran, Sourate 19, Marie , versets 56-57.) « Et Ismaël, Idris et Dhul-Kifl qui étaient tous endurants que Nous fîmes entrer en Notre miséricorde car ils étaient vraiment du nombre des gens de bien. » Coran Sourate 21 : Les prophètes (Al-Anbiya) versets 85-86.

Idriss a été associé à l’Osiris égyptien qui connut lui-aussi une ascension et encore à l’Hermès grec. Antérieur au Déluge, on lui atribue l’invention de l’écriture, la création d’outils et même la fondation des pyramides. Idriss est le prototype du maître versé dans la connaissance hermétique, la gnose (du grec, connaissance). En arabe, la racine DRS d’où est dérivé le nom Idriss, renvoie à un champs lexical relatif à l’étude, la leçon, le fait de professer.

Des traditions recueillies dans l’ouvrage al Moubtada’ (Le commencement) de Wahb ibn Mounabbîh relatent son histoire et comment sa soif de connaissance de l’invisible, du mystère, de l’inaccessible et sa ferveur de Dieu l’ont amené à cheminer avec l’Ange de la mort, à successivement mourir et ressusciter avant son heure, être amené au bord de l’Enfer et visiter les lieux les plus élevés du Paradis. Idriss réunit ainsi en sa personne la connaissance la plus aboutie du monde exotérique et ésotérique. Il est le type de l’itinérant qui a expérimenté et parfait les sciences extérieures de son temps, acquis les secrets de la connaissance métaphysique et hermétique et accompli le voyage sans retour vers l’au-delà, jusqu’à l’Unique.

La cinquième station est celle d’Aaron (Haroun), frère de Moïse élevé par une invocation agrée de Dieu au rang de co-messager. Aaron a inauguré la fonction de grand prêtre dans le judaïsme. Le grand prêtre est le cheminant vers Dieu, le « seul habilité à rencontrer Dieu lorsqu’il se manifeste dans le saint des saints lors du jour des propitiations » (le saint des saint est l’arche d’alliance présente dans le temple de Salomon).

Haroun est aussi le frère de Moïse ce qui revêt une signification ésotérique liée à la maison, à la demeure de l’intérieur, au lieu de la paix et de la proximité.Il incarne le passage de l’ésotérique à l’exotérique signifié par la mission qui lui a été confié : porter extérieurement la parole de Moïse jusqu’à Pharaon, emblème de la tyrannie, de l’hubris, du taghout, autrement dit du règne inférieur de l’âme passionnelle.

Cette mission est l’occasion de mettre en valeur l’art de la rhétorique et du discours qui est un élément essentiel de la mission prophétique. Il est intéressant de constater à ce propos que Moïse, associé à la figure législative du décalogue et à l’emblème de l’exotérisme face au maître de l’ésotérique, Al Khidr, se voit présentement adjoindre un représentant de l’ésotérisme pour accomplir une mission proprement exotérique : la présentation publique de la vrai croyance au Dieu unique. Il convient donc de parler ici à propos de la figure de Haroun d’éso-exotérisme.

Ce lien du discours et de la parole (kalam) se poursuit à l’étape suivante qui est la sixième station, celle de Moïse.

Moïse est le seul homme qui a parlé à Dieu dans ce bas-monde, ou plus exactement à qui Dieu a parlé, dans le désert, au cours d’une nuit unique. Il est donc l’homme du dialogue intime et de la Loi, l’homme de la puissance élémentaire devant qui s’ouvrent les éléments (manifestation du feu divin du désert, ouverture des eaux de la Mer Rouge), l’homme du voyage, de la barque où il fut recueilli et introduit dans le giron du tyran à la sortie d’Egypte jusqu’à la Terre promise.

Moïse incarne la perfection de la prime nature et de l’ordre légal et naturel qu’elle instaure dans le monde, la force du guide et libérateur politique, la force de l’ordre divin moral. Une tradition attribué au Prophète enseigne que lorsque les humains tomberont tous foudroyés le Jour du jugement dernier, Moïse sera le premier à se lever pour tenir fermement le pilier du Trône divin.

Abraham (Ibrahim) conclue le septième et dernier niveau de l’ascension céleste du Prophète. Il est le fondateur du dernier cycle prophétique inauguré par lui-même et poursuivi par sa double lignée (arabe et hébraïque). Il clôture logiquement le cycle ascensionnel tout comme Adam l’a ouvert.

Abraham est l’ami de Dieu. Il est également l’homme de la connaissance ferme et certaine de Dieu, le héraut du Logos, de la quête de Dieu (on rapprochera cette association de l’ami de Dieu et de l’homme du raisonnement à l’étymologie du philosophe, qui signifie ami de la sagesse, Al Hakim, le Sage, étant l’un des noms d’Allah dans la théologie islamique).

Ibrahim est l’Homme-Oumma, le fondateur de nations religieuses, père spirituel et patriarche du monde. Celui qui a triomphé du sacrifice de soi, des siens, celui qui a quitté son père idolâtre pour s’ériger au rang de père des nations. Il est également le roc inébranlable du monothéisme contre lequel se sont brisés les flammes gigantesques déchaînées par le tyran Nemrod, la pierre fondationnelle de la religion de Dieu. Et tout père engendre un fils, un héritier. Le Prophète Muhammad (que la paix soit sur lui) a porté le message de son père spirituel au niveau universel et révolutionnaire qui est proprement le sien. Il est l’expression du verbe abrahamique tel que le Coran le rappelle lorsqu’il retranscrit l’invocation divine d’Ibrahim : « Ô notre Seigneur, j’ai établi une partie de ma descendance dans une vallée sans agriculture, près de Ta Maison sacrée [la Kaaba], – Ô notre Seigneur – afin qu’ils accomplissent la prière. Fais donc que se penchent vers eux les coeurs d’une partie des gens. »

Au terme des sept stations, que se passe-t-il ensuite ? L’ascension ne s’arrête pas là. Elle se poursuit avec Gabriel qui s’arrête au Lotus de la limite. L’esprit de l’archange n’est pas autorisé à franchir la limite sacrée au-delà de laquelle se trouve la manifestation personnelle et unitive de Dieu, Allah.

Mais le Prophète, lui, la franchit et se prosterne devant la Lumière de Dieu.

La tradition musulmane rapporte à ce propos que le Prophète a vu Dieu. Un débat oppose ceux qui estiment qu’il s’agit d’une vision du cœur spirituelle et ceux qui considèrent qu’il s’agit d’une vision oculaire. D’autres traditions rapportent que Dieu s’est manifesté sous une certaine forme au Prophète dans ses rêves, et que les croyants de l’ultime niveau (al firdaws) verront Dieu aussi clairement qu’ils voient la lune.

Le Prophète est le Bien-Aimé de Dieu (habibAllah), le paradigme de sa Contemplation. Il incarne la globalité des stations spirituelles et prophétiques de l’ascension.

Il est l’apôtre de l’humanisme primordial (après avoir bu le lait de la prime nature), l’Homme de la vitalité, de la revivification religieuse, celui qui a parachevé la beauté esthétique de l’éthique, le maître de la science des rêves et de la connaissance ésotérique, l’orateur à la parole douce et posée, celui qui s’est intimement entretenu avec son Seigneur.

Le Prophète est le maître de Loi, l’héritier de toutes les traditions, de tous les messages connus et inconnus, préservés et oubliés. Il est la synthèse des synthèses. En sa vie et son enseignement revivent la loi mosaïque et la gnose christique portées à leur aboutissement intégral, développées dans toutes leurs virtualités, érigées au rang de l’universel.

Mais en un certain sens, le Prophète est celui qui abolit tous les cycles qui l’ont précédé puisqu’il s’élève jusqu’à l’amour total de Dieu. Cet amour, qui est douceur, miséricorde, indulgence, joie, cet amour qui pénètre les poitrines et voit ce que les hommes ne voient pas à propos d’eux-mêmes, cet amour qui sème les germes de la vie et qui relie les êtres en les ramenant à leur Principe, a porté le Prophète au-delà de toutes les frontières (géographiques, ontologiques, spirituelles). Si le Prophète est bien celui qui a clôture le message révélé, il est également celui qui l’ouvre vers l’Absolu de l’amour divin, l’amour intégral, l’amour créateur et transformateur. C’est aussi en ce sens qu’il est l’Homme accompli (insan al kamil) et donc inéluctablement, l’Homme universel.

Nous n’avons pas pu apporter tous les développements souhaitables, à cette présentation, de la force et de la richesse doctrinale et symbolique du voyage ascensionnel du Prophète car cela nous aurait éloigné de l’essentiel.

Des développements sur le rapport divinement avorté et fécond au père dans la destinée respective des prophètes devraient être employés à cette observation. Ils ne manqueraient pas de nous dévoiler des significations symboliques fondamentales sur le sens de ce rapport.

Une réflexion méditative sur la signification de la hiérarchie ascensionnelle et de ses représentants est une autre piste à creuser. Il apparaît évident que la hiérarchie d’al Isra wal Mi’raj obéit à une logique propre que nous avons tenté de souligner partiellement mais qui n’a pas fini de livrer ses mystères.

La place de Jésus au second niveau, c’est à dire à un niveau apostolique inférieur à Joseph ou Idriss, ne correspond pas à son rang de messager et non plus seulement de prophète comme ces deux derniers, ceci sur le plan exotérique ( le fait qu’il y ait un prophète, Yahya, et un messager, ‘Issa, arrondissant le nombre total à quatre prophètes et quatre messagers, soit huit pour sept niveaux, Haroun étant associé à l’apostolat de son frère, est une piste à suivre. Tout comme l’absence de Noé – Nouh – autre messager).

Sur le plan ésotérique, non plus, le rang de Jésus étant élevé dans ce domaine, comme la tradition soufie le prouve, bien que le rang d’Idriss est lui-même très élevé sur le plan métaphysique. Une analyse fine et approfondie du sens véritable de cette hiérarchie, si tant est seulement que nous puissions parler de hiérarchie (« Nous ne faisons aucune distinction entre ses messagers », Coran, S 2, v 185), est donc attendue.

Toujours dans cette hiérarchie, nous ne pouvons qu’attirer l’attention sur la signification symbolique pour l’Homme de ce passage graduel de la condition humaine primitive en puissance (adamique), à l’expression de la jeunesse vitale de l’esprit (christique), vers l’accomplissement esthétique de l’éthique (Youssef) jusqu’à la connaissance hermétique qui conduit de la maîtrise des sciences temporelles à celle des sciences gnostiques (Idriss), suivi de la matérialisation ou manifestation expansive et publique du Verbe divin par la rhétorique dialectique (Haroun), avant d’atteindre la forme consacrée des principes de la Loi exotérique du décalogue (Moïse), la certitude intellectuelle et spirituelle fondatrice de l’Homme-Nation (Ibrahim), enfin, la quintessence contemplative et amoureuse intégrale de Muhammad, l’amour étant la source et la finalité, l’alpha et l’oméga, de la création entière, et avant toute chose l’essence de Dieu, le Prophète étant celui qui a excellé dans la connaissance de cette essence divine.

Pour de plus amples développements, des éléments d’analyse très riches d’al isra wal mi’raj sont fournis par le professeur Muhammad Hamidullah dans son étude de référence en deux tomes, le Prophète de l’islam 2. En particulier son analyse de la descente du commandement sacré de la prière rituelle au terme de ce voyage nocturne, prière qu’il qualifie d’ascension personnelle du croyant jusqu’à Dieu (la symbolique de la fatiha précédemment citée conforte cette analyse).

Fouad Bahri

Notes :

1-Nous ne limitons pas ce terme à son sens institutionnel confrérique.

2-Le Prophète de l’islam, sa vie, son œuvre, p 123 à 144, édition El-Najah.