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samedi 18 mai 2024

Hussein, un modèle pour développer sa personnalité 2/2

Sur Mizane.info, 2e partie de la chronique du fondateur du mouvement Floraison et de l’institut Ha-Mim, Hamdi Ben Aïssa, sur Hussein et la manière dont l’étude de sa vie et de ses enseignements peut constituer un modèle d’élaboration de la personnalité.

Avant de choisir la facilité de se faire une opinion sur l’histoire de Karbala en fonction de son appartenance à tel ou tel groupe religieux, prenons donc le temps de découvrir qui était l’Imam Hussein (que Dieu nous connecte à lui et à son héritage), de chercher à en apprendre plus à son sujet. Malheureusement, si l’on est sunnite, la littérature que l’on trouvera à son sujet sera extrêmement pauvre et réduite.

On ne trouvera que les paroles du Prophète Mohammed (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière, la force de son âme ainsi que son héritage spirituel et notre appartenance à lui) a prononcées le mentionnant, mais rien de plus. Rien sur sa personnalité, sur son attitude face à la vie, sur la manière dont il a été élevé, sur la façon dont il a lui-même élevé ses enfants… Il reste un mythe assez mystérieux.

Si l’on regarde dans la littérature chiite, on va au contraire trouver beaucoup d’histoires, mais ces histoires ne viennent pas nous présenter un modèle humain que l’on peut suivre. Il y est plutôt présenté comme un héros mythologique, et ce n’est pas cela dont nous avons besoin en tant que communauté.

Ce dont nous avons besoin, c’est de voir l’être humain, fruit du travail de ses ascendants sur lui. Nous avons besoin de voir en lui le fruit de l’éducation de Fatima, de Ali, de Mohammed (que Dieu continue de nourrir leurs êtres ainsi que notre connexion à eux), le fruit de l’éducation prophétique, du curriculum prophétique, ce que j’appelle “l’école de la maison”.

De nos jours, les gens veulent faire l’école à la maison, pensant qu’il s’agit de prendre l’école et de l’amener à la maison. On voit ainsi naître des salles de classe dans les maisons, avec les mêmes choses, le même matériel que celui de l’école, le même planning, les mêmes activités… Mais si c’est la même chose, pourquoi ne pas les envoyer directement à l’école ?

Pour ma part, je vois les choses un peu différemment : et si la maison était une école en soi ? Et si la culture familiale et la vie en famille étaient tout ce dont l’enfant a besoin pour grandir dans ses premières années, et apprendre ce qu’il a besoin d’apprendre pour se développer : apprendre à se lever tôt, à réveiller les autres, à préparer le petit déjeuner ensemble et voir si tout le monde ne manque de rien, prendre soin des membres de la famille et de soi-même, etc. C’est cette école-là qui va compter, plus que tout le reste…

Alors que dire de l’école de la maison du Prophète ? Car oui, avant d’être un Prophète, c’était un homme, un homme complet qui a su transmettre, enseigner, développer des êtres accomplis, sans jamais les faire asseoir sur des bancs d’école dans sa propre maison. Et c’est cela que l’on cherche chez ses héritiers, et notamment chez l’Imam Hussein. On cherche le fruit de ce que l’on appelle la “tarbiya” du Prophète, de Fatima et de Ali : le fruit de l’éducation de l’Institution d’éducation prophétique.

Nous devrions lire, et chercher, et insister à trouver, même si les informations sont rares, il est vrai. Si on ne trouve pas, il faut se tourner vers la biographie de l’Imam Zayn al-Abidine, son seul enfant resté en vie après Kerbala. Sa biographie est plus accessible, tout comme ses prières regroupées dans l’ouvrage as-Sahifa. Or, on peut connaître un homme à travers ses prières, à travers la façon dont il parle à Dieu…

Et quel genre d’homme il était ! Un homme qui prie de cette façon, qui a cette connaissance de Dieu, cette connaissance du Prophète, qui pardonne ses ennemis et qui place sa confiance en Dieu comme lui l’a fait… Un tel être ne peut pas sortir de nulle part, c’est le fruit du travail de développement humain, de développement personnel, de développement spirituel que son propre père, l’Imam Hussein, a opéré sur lui.

C’est pour tout cela que nous voulons aimer Hussein : pour ses qualités, pour sa personnalité, pour sa moralité, et non pas par fanatisme ou par conformisme envers notre groupe d’appartenance religieuse. Nous voulons l’aimer à travers le fait de le connaître lui, l’être humain vivant, et non pas l’image abstraite. A la manière de ce que Ali a dit à propos de son Bien-aimé Mohammed :

“Celui qui se rapproche de lui, cherchant à le connaître, finira par l’aimer ».

L’Imam Ali précise bien “cherchant à le connaître”, et non à l’utiliser ou à le consommer. Car il est possible de s’approcher des gens juste pour son propre intérêt, pour les utiliser, et on finit en général par les abuser, ce qui peut aller jusqu’à ruiner leurs vies, que Dieu nous protège. Il s’agit de chercher à le connaître, à le voir et aussi à le reconnaître, à montrer de la gratitude pour l’autre et voir qui il est, d’où il vient, d’où viennent ses actions, ses choix, ses paroles.

Aussi, nous pouvons élargir cette sagesse à ceux qui cherchent à se rapprocher du Prophète sans vivre à son époque : tous ceux qui ont cherché à lire des ouvrages à son sujet ou à suivre des enseignements parlant de lui, à la recherche de cette connaissance.

Connaissance du fait que cela ne coule pas de source, que ce n’est pas acquis qu’une telle personne ait existé, que nous devons montrer pour cela une reconnaissance éternelle et jamais se contenter de l’émerveillement et des premières larmes du début, si vite oubliées…

Celui qui prend vraiment le temps de méditer, de s’imprégner va se poser les bonnes questions : quelle genre de personne peut agir comme cela ? D’où vient telle attitude, tel trait de caractère, telle vertu ? De quel arbre provient ce fruit ? Ai-je une graine de ce même arbre en moi ? Est-ce que je peux la planter dans mon cœur ? Lui permettre de germer ? De devenir un arbre ?

S’intéresser à Achoura pour son propre développement personnel

Voilà la démarche dans laquelle nous inscrire lorsque nous nous intéressons à de Grands Hommes : dépasser le premier stade de l’émerveillement mental et sentimental pour entrer dans le rationnel, pousser nos racines et chercher en nous-mêmes comment nous pouvons nous aider de cette histoire pour remodeler notre personnalité à nouveau, développer nos personnalités, réapprendre un certain nombre de choses.

C’est de cela dont nous avons besoin, car nos personnalités, en tant qu’êtres humains ayant grandi dans le contexte de la modernité, ne sont pas bâties sur des fondations solides. Il s’agit plutôt d’une accumulation de couches de différentes choses, un peu comme à l’image d’une déchetterie…

Se sont accumulées l’une sur l’autre, les couches successives des jugements et a priori que nous ont transmis nos parents, puis les enseignants de l’école, les amis, les différentes expériences passées… Chacun a voulu nous transmettre son mode de pensée, sa vision des choses, ce qu’il pensait juste ou mauvais, vrai ou faux, mais sans cohérence entre les différentes couches, sans que nous ayons pu analyser vraiment le tout, en faire une chose recyclée et unifiée.

La conséquence : on se trouve pleins de contradictions, avec la multiplication de ce que j’appelle des “personnalités poubelles”, que Dieu nous protège. Cette personnalité est incapable d’honorer le dépôt que Dieu lui a confié. Car si la religion est une flamme, il nous faut un récipient, une lampe pour la placer, la contenir, la préserver.

Mais si la lampe est sale, elle ne pourra pas éclairer la maison, ni partager la lumière autour d’elle. Cette lampe, c’est notre caractère, notre personnalité. C’est qui nous sommes, l’humain en nous, ce que nous avons besoin de développer. Ce qui nous manque aujourd’hui.

Voilà où se trouve notre crise la plus importante : la crise de la morale et de la personnalité. Nous sommes des gens pétris de faiblesses, de contradictions, attachés et habitués à cette très mauvaise version d’eux-mêmes sans même chercher à la changer.

Nous passons de la déception de nous-même à la survalorisation de nos personnes du jour au lendemain, passant d’un extrême à l’autre, sans vraiment chercher à commencer le travail sur nous-même pour nous développer et devenir, enfin, de meilleures personnes.

La première étape est donc de sortir du sentimentalisme, véritable crise dans laquelle nous sommes embourbés jusqu’au cou en tant que communauté. On le voit, notre attachement à l’Imam Hussein est réduit à un patrimoine sentimental. Mais qu’en est-il du patrimoine rationnel, émotionnel, spirituel qu’il nous a laissé ?

La mémoire de l’Imam Hussein ne devrait pas seulement générer des sentiments (bien que légitimes) de tristesse, de colère envers soi ou envers les autres. Nous devons dépasser ces sentiments, les différencier, les analyser, en permettant que s’opère en nous un réel exercice d’introspection qui me place face à moi-même, qui me pousse à me questionner : qui suis-je en face de cet être humain ?

Rendre à l’humanité le modèle universel de l’Imam Hussein

Intéressons-nous à ce genre d’êtres humains, et réclamons-les. Réclamons-les en tant qu’enseignants spirituels, en tant que pères, mères, et modèles.

En effet, qui mieux qu’une personne qui a été élevée par le Prophète Mohammed (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) pourrait travailler au développement de notre personnalité ?

Réclamons donc cette connexion, cette relation avec ces êtres vivants à partir de cet ancrage. Puis parlons d’eux à partir de ce même ancrage, et là, toute l’humanité les aimera.

Certes, nous voyons aujourd’hui la tournure que prennent les choses, et comment l’humanité se corrompt de plus en plus et court vers sa faillite. Pourtant, il reste encore beaucoup de personnes qui sont en quête, qui cherchent un modèle à suivre, et c’est une honte pour nous de ne pas avoir rendu accessibles des modèles comme l’Imam Hussein.

L’humanité se tourne alors vers des références comme Ghandi ou Nelson Mandela.. Ce qui n’est pas du tout une mauvaise chose en soi, mais qui vient toujours m’interpeller… Où sont nos modèles pour l’humanité ? Où sont présentés les vrais êtres humains de notre traduction qui peuvent servir de modèles à l’humanité ?

Malheureusement, ils se font tuer en général, par des ennemis intérieurs ou extérieurs, puis on les tue une seconde fois, à travers l’histoire. en les réduisant à des symboles, en les plaçant dans une boîte où il est écrit “réservé aux musulmans”, privant ainsi le reste du monde de leur beauté, de leur sagesse, de leur exemple.

Cela m’a fait beaucoup réfléchir au fil du temps, et j’ai réalisé que le problème est intérieur, comme toujours. En effet, on ne peut présenter un modèle au monde si on n’a pas vu en la personne en question un modèle pour soi-même avant tout. Or, qui cherche un modèle dans la vie ? Celui qui veut vraiment travailler sur lui-même !

Force est de constater que ce n’est pas cela qui se produit. Nous ne cherchons pas des modèles pour nous transformer à leur contact, nous cherchons des idoles à admirer, sur lesquelles projeter toutes nos illusions, nos fausses attentes, jusqu’à en faire des sortes de faux Dieu.

Puis si un jour les choses ne vont plus, on se retourne, on en fait nos bouc-émissaires, et on se sert du piédestal où on les avait placés pour tout simplement les pendre haut et court… Sans s’être jamais remis en question, sans avoir bougé d’un pouce intérieurement.

On cherche à trouver un enseignant en lui disant : sois le pilote, je vais m’asseoir à l’arrière, je te laisse me conduire au paradis ! Sans vouloir fournir un seul vrai effort, tout comme on idéalise nos pères pendant un temps, avant de les blâmer de manière excessive du jour au lendemain… Jusqu’au jour de leur mort, où nous rebasculons souvent dans l’adoration.. Voilà comment se comportent la majorité d’entre nous.

Il faut donc avant tout souhaiter la transformation, chercher à vraiment s’élever. La personne qui veut vraiment travailler sur elle-même trouvera un modèle, elle en trouvera même plusieurs. Alors, mon frère, ma sœur, lis entre les lignes, vois ce que les autres ne voient pas.

Cherche chez les Hommes de Dieu la personnalité saine qui a été honorée par la Révélation, cherche cette intelligence, ce réceptacle qui a pu recevoir la Révélation que tu dois également chercher en toi-même et développer si tu veux, à ton tour, pouvoir recevoir le dépôt qu’est la Parole Sacrée.

Que Dieu nous permette de développer des personnalités saines.

Amine

Hamdi Ben Aïssa

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