
2017-09-19
Écrit par Redaction
Hanen Rezgui-Pizette est la présidente de l’Association de défense des consommateurs musulmans (ASIDCOM). Auteure d’un livre sur l’histoire du halal, elle aborde dans cet article que publie Mizane.info les principaux éléments de la problématique du halal en France partagée entre la soif de gains des grands industriels et l'anarchie consécutive à l'absence d'une certification nationale du halal.
Le livre, « La République et le halal », expose pour la première fois l'histoire de l'organisation de l'abattage religieux musulman, depuis la deuxième guerre mondiale à nos jours. Le constat de la mise en évidence de traces de porc dans des produits de grandes marques estampillés halal (Herta 2011, deux autres dans une enquête de 2016...) ; l'aveu du groupe Doux que ses volailles, produites en France et exportées à la Mecque, sont mortes suite à l'étourdissement, et donc haram ; la manipulation de la fatwa de l'Académie International du Fiqh Islamique (rattachée à la Ligue Islamique Mondiale) par l'AFCAI (certificateur des produits Doux) sur son site internet ; et la grande mosquée de Paris qui accuse son organisme de certification halal (SFCVH, 2015) de fraudes et de manquements : tout cela dénombre à peine le début d'une longue liste des symptômes patents de l'ampleur de la tromperie sur la qualité halal sur le marché français. Le plus accablant est de savoir que ces tromperies, qui ne datent pas d'hier, sont largement encadrées par les pouvoirs publics qui se gardent de réprimer les fraudeurs, en particulier concernant la traçabilité des produits, et multiplient les outils réglementaires et autres moyens pour restreindre l'abattage halal.
Un marché juteux pour des professionnels sans foi, ni loi
Le halal sert de marché de dégagement qui permet d’absorber le surplus des viandes françaises, ne répondant pas aux normes des super et hypermarchés, et qui étaient jadis distribuées par les boucheries traditionnelles
L’absence de normes régulant le marché du halal
Le halal sert de marché de dégagement qui permet d'absorber le surplus des viandes françaises, ne répondant pas aux normes des super et hypermarchés, et qui étaient jadis distribuées par les boucheries traditionnelles. Ainsi, l'émergence des boucheries halal est marquée par une période d'habilitation administrative des sacrificateurs religieux musulmans (1970-1994), par les préfets, contrairement aux sacrificateurs juifs qui sont habilités par les autorités religieuses juives. L'association de défense des consommateurs musulmans, ASIDCOM déplore cette situation depuis sa création en 2006.
https://www.youtube.com/watch?v=42pD4cO4fZI
La violation du principe de laïcité dans l’abattage rituel
Les deux procédures qu'elle a déjà engagé devant le Conseil d'Etat, ont permis de franchir l'obstacle du vide juridique concernant la qualité halal des produits. La première procédure, enregistrée en juillet 2015, conteste des règlements dans le code rural qui visent à définir l'abattage religieux à partir des pratiques industriels plutôt qu'à partir de prescriptions religieuses. Ces règlements indiquent aussi que des méthodes d'étourdissement qui seraient compatibles avec l'abattage religieux peuvent être fixées par arrêté par le ministre de l'Agriculture, en contradiction avec le principe de la séparation de l'Etat et l'Eglise.
Les autorités publiques privilégiant l’étourdissement y compris pour l’abattage halal, remettent en cause la dérogation à l’obligation d’étourdissement dont bénéficient le culte musulman
Le Conseil d'Etat bien qu'il ait rejeté la requête d'ASIDCOM a précisé l'interprétation des articles du code rural concernés en indiquant ; qu'ils n'ont ni pour objet ni pour effet de régir les conditions dans lesquelles il doit être procédé à l'abattage d'un animal dans le respect de prescriptions religieuses ; et n'ont ni pour objet ni pour effet de renvoyer à un arrêté ministériel le soin de fixer des procédés d'étourdissement compatibles avec l'abattage rituel. La deuxième procédure, enregistrée en juillet 2016, conteste l'excès de pouvoir du Premier Ministre qui prive les consommateurs musulmans du droit d'avoir des institutions représentatives et démocratiquement élues dans le champ de la consommation des produits halal.
D'autres procédures sont à envisager dont certaines qui pourraient viser la norme de l'AFNOR. Cependant, comme l'indique les principes d'une association de consommateurs agréée, seuls les dons et les cotisations des consommateurs permettent de financer ses actions en justice.
Les consommateurs ont vraiment de quoi s'inquiéter à cause des difficultés auxquelles se trouvent confrontés les sacrificateurs musulmans quant au mode d'abattage des animaux. Les autorités publiques, au travers de publication de guides de bonnes pratiques, de circulaires et notes d'information, privilégiant l'étourdissement y compris pour l'abattage halal, remettent indirectement en cause la dérogation à l'obligation d'étourdissement dont bénéficient le culte musulman. Dans ce contexte, où des pressions sont exercées sur les acteurs économiques et les sacrificateurs musulmans, il n'existe pas encore un véritable suivi par des autorités religieuses musulmanes, permettant de clarifier la situation. Rappelons enfin que la dérogation accordée à l'abattage rituel a pour objet de répondre à des besoins religieux. Il est donc du bon sens que son application soit encadrée par les autorités religieuses. De même, aucun ne peut se prévaloir de fabriquer des produits halal carnés ou non en dehors de l'encadrement par les autorités religieuses représentatives du culte musulman. Aujourd'hui, en adoptant et approuvant le référentiel religieux de la charte halal du CFCM, les musulmans sont attentifs à sa bonne mise en application par une organisation musulmane nationale capable d'accréditer les organismes de certification halal et les installations d'abattage religieux.
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