
2022-03-29
Écrit par Ibrahim Ajan
Depuis la mort du détenu indépendantiste Yvan Colonna, la Corse est rapidement devenue le théâtre d’une guérilla urbaine. La gestion politique particulière de la tension en Corse a pourtant nettement tranché avec celle des mobilisations en Guadeloupe et dans les Antilles. La comparaison avec la loi contre le séparatisme qui a visé la communauté musulmane française est plus édifiante encore. Analyse des vrais et des faux usages politiques du séparatisme par Ibrahim Madras.
Le 2 mars 2022, Yvan Colonna est retrouvé inanimé à la prison d'Arles après avoir été très violemment attaqué par un de ses codétenus. Selon les dires de l’accusé, face aux enquêteurs, ce serait suite à des propos « blasphématoire » de Colonna, qu’il aurait échafaudé seul sa vengeance. Le militant indépendantiste fut donc ensuite conduit à l’hôpital avec un pronostic vital engagé.
Véritable icône nationale en Corse, cet évènement va susciter plusieurs manifestations contre des préfectures et des commissariats – symboles du pouvoir républicain - partout sur l’île. Au fil des jours, les mobilisations vont s’accentuer pour devenir de plus en plus vindicatives et ouvertement conflictuelles : des incendies volontaires contre des postes de police, des pillages et des affrontements violents contre les forces de l’ordre s’ajouteront aux manifestations quotidiennes de ce qu'il convient d'appeler le séparatisme corse.
Une réaction gouvernementale plutôt indulgente
Les premières mobilisations en Corse ayant eu lieu dès le vendredi 4 mars, le surprenant silence des autorités - durant quasiment 10 jours - nous donnera déjà une première indication de la particularité du traitement réservé à cette affaire. En fin de compte, ce n’est que le vendredi 11 mars que les premiers gestes du gouvernement furent rendus publics. Et quels gestes me direz-vous ?
Alors que les dégâts matériels et physiques, aussi bien sur des lieux hautement représentatifs de la République que sur des forces de l’ordre, étaient déjà considérable, la réponse gouvernementale ne fut pas celle qui fait généralement office de procédure habituelle pour ce genre de trouble. Pas d'annonce d’envoi de contingents policiers supplémentaire ni d'appel à l’ordre civil mais plutôt une réponse « d’apaisement ».
En l’occurrence la levée du statut de DPS (détenus particulièrement signalés) aux deux autres compagnons incarcérés de Colonna en vue d’un possible transfert vers la prison de Borgo en Corse. Une des premières revendications des nationalistes sur l’île.
Comparaison n’est pas raison mais les faits sont têtus
On se souvient qu’en novembre dernier, suite à l’imposition du pass sanitaire et de l’obligation vaccinale pour les soignants, des mouvements contestataires s’étaient mués en manifestations violentes aux Antilles (en Guadeloupe particulièrement). Une région française tout comme la Corse.
Ici la réaction gouvernementale fut radicalement tout autre. Le ministre de l’intérieur n’a, cette fois-ci, pas daigné se déplacer, envoyant plutôt son collègue « chargé des Outres-mers » Sébastien Lecornu, avec « un appel au calme et l'envoi dans l'île d'une cinquantaine de membres des forces d'élite du GIGN et du Raid ».
Sans oublier la mise en place d’un couvre feu sur toute l’île et « une condamnation ferme des violences et un soutien indéfectible aux forces armées ». Ce fut donc des annonces bien différentes de celles observés face à nos compatriotes corses pour des faits pourtant bien plus « recevable » (il s'agit, aux Antilles, de rassemblement suite à des multiples dysfonctionnements économique et une opposition aux vaccins obligatoires contre le Covid19 non pas pour le soutien populaire d'un indépendantiste de surcroit coupable d'un meurtre), des violences plus contenues et des revendications très loin d’une quelconque volonté indépendantiste.
Qui est concerné par la loi contre le séparatisme ?
Mais posons-nous réellement la vraie question. Le qualificatif du sceau diabolique de « séparatiste » fonctionnerait vraisemblablement pour des citoyens musulmans engagés dans diverses structures associatives, sans aucune visée politique territoriale, mais pas pour des régions entières en révolte violente avec des buts clairement politiques et des méthodes coercitives ?
Lorsque l’on osa demander à la ministre en charge de la citoyenneté, Marlène Schiappa, si les revendications indépendantistes Corse rentraient dans la définition d’une dérive séparatiste, sa réponse fut assez claire « Oh là là, non, pas du tout, laissez les tranquille », trancha la ministre. De même lorsque le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin fut interrogé sur les craintes des catholiques d’être visé par la loi contre le séparatisme, la réponse fut également explicite : « Les catholiques n’ont rien à craindre ».
Pour faire simple, comme le souligne le journaliste Yaël Goosz dans les colonnes de France Inter sur le sujet : « Ce projet de loi, donc, ne les concerne pas. Ni les Corses, ni les Kanaks, ni les Basques, à ne surtout pas mettre dans le même sac, séparatiste, que l’islam radical ». On ne peut pas faire plus clair.
C’est d’autant plus consternant voir délirant quand on apprend que suite aux agissements très partiaux des autorités politiques face à la mobilisation des Corses, d’autres mouvements régionaux prirent le relais avec des exigences voir des menaces ouvertement indépendantistes. Ce fut le cas du « Front de la Libération de la Bretagne » qui, dans un communiqué envoyé à divers médias, exige ouvertement :
« L’Armée révolutionnaire bretonne prend acte que le peuple corse n’est écouté par le gouvernement qu’à la suite d’actions violentes. Nous concevons la lutte armée comme un complément à la lutte politique. Ces référendums devront être réalisés avant le 31 décembre 2022, sans quoi l’ARB passera à l’action »