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05/08/2020
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Coronavirus : l’espoir d’un électrochoc

Les scènes d’inquiétudes et de panique ont pointé leur nez dans les rues européennes. Le coronavirus et son épée de Damoclès ont assombri l’horizon. Pour la première fois en temps de paix, la France entre en confinement. Que faut-il penser de toute cette manifestation de peur qui nous assaille ? Avons-nous d’ailleurs encore les ressources pour penser ? Finalement, que nous enseigne le coronavirus sur notre époque et notre condition humaine ? Un billet signé Fouad Bahri.

Jusqu’à quel point la situation liée au coronavirus est-elle préoccupante ?

Les annonces officielles font état de 120 morts, 400 personnes hospitalisés sont dans un état grave, un doublement du nombre de malades tous les trois jours est observable et l’annonce de quelques milliers de malades d’ores et déjà considérée comme sous-évaluée (autour de 6000).

D’autres informations semblent plus inquiétantes.

Selon le ministre Blanquer, les estimations les plus pessimistes envisagent que 50 à 70 % de la population pourraient être touchés par le coronavirus.

Un groupe d’experts a même annoncé au président Macron que si rien n’était fait, le nombre de victimes pourrait être estimé entre… 300 000 à 500 000 !

3,4 % des personnes contaminées verraient leur pronostic vital engagé, les personnes âgées de plus de 60 ans étant particulièrement vulnérables au virus*.

A l’exception des supermarchés, pharmacie, station-service et banques, les commerces seront tous fermés et la plupart des lieux publics.

Un confinement devrait être annoncé ce soir étant donné qu’il s’agirait de la seule manière de ralentir la diffusion de la pandémie.

Face à ces informations, la peur s’est installée. « La France a peur » s’exclamait en son temps le présentateur télé Roger Gickel, il y a plus de quarante ans !

Cette phrase est plus que jamais d’actualité. Les Français se précipitent sur les rayons de riz et de pâtes pour faire des stocks, des queues commencent à être aménagées à l’entrée des supermarchés et surtout des pharmacies.

L’Europe est une zone de guerre. La peur de la pénurie est présente dans tous les esprits ! La peur de la faim, mais aussi derrière, la peur de la souffrance et plus que tout la peur de la mort !

A présent, nous redécouvrons avec force et violence la fragilité de notre condition humaine à la défaveur d’une pandémie débarquée sur le sol occidental (…) Nous sommes des êtres mortels et ni la Vie, ni la Mort ne nous appartiennent. Cette angoissante vérité ne doit la force de son angoisse qu’à l’oubli qui l’a rendu possible. Mais le désarroi n’est pas encore assez fort pour convertir notre humanité vers un changement radical, un retour au Réel et au Vivant digne de considération.

Voilà la principale leçon que nous enseigne le coronavirus. Une microscopique particule infectieuse peut mettre à genoux tout un monde, notre monde.

Certes, ce n’est pas la première maladie épidémique à avoir vu le jour à notre époque.

La maladie de la vache folle et autres grippes aviaires avaient déjà frappé les esprits. Mais certainement pas dans cette mesure.

La nature du coronavirus et les réseaux sociaux, facteurs de diffusion exponentielle, ont changé la donne.

La panique est la plus redoutable des pandémies et la peur, un dieu caché pour l’Homme moderne.

Cet Homme confiné dans des forteresses opulentes nichées dans les pays du Nord, ignorant ce qu’est la guerre et la famine, a subitement découvert la réalité de la Mort comme phénomène social, général, collectif.

Oui, la peur d’être contaminé, la peur de mourir se fait sentir. Un voile obscur vient de tomber sur le monde « civilisé ». Le silence s’installe et la méfiance de l’Autre, de Soi impose lentement sa loi.

Nos fausses croyances sont devenues apparentes. Nous imaginions être immunisés contre la fatalité, pouvoir échapper à la maladie mortelle, à la pauvreté de masse, à l’angoisse délétère, aux ténèbres du quotidien.

Nous pensions que ces fléaux étaient ceux des pays du Sud et que nous autres avions un contrôle relatif sur nos destins grâce à la rationalisation efficace de notre ingénierie sociale.

A présent, nous redécouvrons avec force et violence la fragilité de notre condition humaine à la défaveur d’une pandémie débarquée sur le sol occidental. L’illusion de nos modes de vies virtuels a brusquement cédé au contact de l’amère réalité.

Nous sommes des êtres mortels et ni la Vie, ni la Mort ne nous appartiennent.

Cette angoissante vérité ne doit la force de son angoisse qu’à l’oubli qui l’a rendu possible.

Mais le désarroi n’est pas encore assez fort pour convertir notre humanité vers un changement radical, un retour au Réel et au Vivant digne de considération.

Trop de nos compatriotes ont acquis la fausse certitude que le paracétamol, le masque et le cloisonnement les sauveront d’un sort inévitable.

Nous ne parlons pas ici du coronavirus, nouvelle idole terrifiante surgie des fins fonds de l’Asie.

Ce qui se joue là n’est pas le spectacle déplaisant et tragique d’un mouvement chaotique de sourde panique qu’on tenterait de cacher et qui pourtant déborde partout les rues, les murs, les visages.

Nous parlons de notre condition humaine et de notre conscience, la conscience de ce que nous sommes réellement, de la nature de la Réalité qui nous encercle, la conscience finale de cette loi discrète mais immuable : l’invisible gouverne le visible.

L’invisible n’est pas l’inexistant mais ce Réel que nous ne voyons pas, que nous ne pouvons voir, que nous ne voulons pas voir.

L’invisible nous englobe tous de ses doigts majestueux et lorsque son étreinte grandissante se fait sentir, plus rien ne peut être vu.

Le retour à la Présence divine qui s’est imposée chez certains par un agenda imprévisible pourrait bien être la meilleure des surprises pour eux, loin de la déconvenue aggravée, pour tous les autres, par une précipitation vers les sentiers conduisant tous aux impasses de notre époque.

Le coronavirus pourrait bien être l’électro-choc de cette conscience mondiale affamée de spiritualité, éperdument assoiffée de la Présence Divine jusqu’au seuil de la folie, une morsure salutaire destinée à nous éveiller de notre sommeil morbide, une occasion unique de relever la tête et d’écouter enfin tous ces appels dont l’écho lointain, couvert par le vacarme de notre insouciance, résonne doucement dans nos cœurs et vient hanter nos esprits en quête de liberté, soudainement attentifs à ce dialogue actuel et solennel instauré par l’Absolue Singularité.

Fouad Bahri

Note :

Tous les chiffres cités sont extraits du quotidien Le Monde.

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