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19/09/2021
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Ce que nous avons perdu

Qu’est-ce qui a changé ? De quel mal notre époque saturé par les réseaux sociaux souffre-t-elle ? Safiya Meziani nous l’explique dans un court billet publié sur Mizane.info.

Il fut un temps pas si lointain, les choses essentielles de la vie consistaient à avoir le minimum pour vivre décemment. L’essentiel était d’avoir une bonne éducation, des valeurs et des principes.
Savoir se contenter du peu et être heureux. Etre soi-même, sans artifice ni filtre déformant notre apparence ou travestissant notre vie quotidienne.

Prendre le temps d’écouter et d’échanger simplement avec ceux que l’on côtoie ou que l’on connaît. Sortir prendre du bon temps, se promener librement, voyager et aller à la découverte d’autres horizons. Partager de bons moments en famille, entre amis, vivre joyeusement, entourés des gens que l’on aime.

Ce temps est désormais révolu non pas à cause de la crise sanitaire mais plutôt à cause d’une crise “humaine” sans précédent.

Aujourd’hui, ce qui compte plus que tout c’est de s’enrichir, amasser le plus d’argent et cumuler tout le confort matériel pour montrer que l’on a réussi dans la vie. Peu importe les sacrifices liés aux principes moraux et à l’éthique, l’essentiel c’est de se démarquer même si ce n’est pas de la meilleure manière. Le but étant que cette “réussite” soit visible et ostensible sinon on ne pourra pas rayonner sur autrui.

On a plus à cœur de montrer ce que l’on n’est pas, en s’inventant même une vie (appelée sa meilleure vie), on veut faire croire à un semblant de vie parfait, tellement parfait que chaque détail compte pour le rendre réel aux yeux des gens , pourtant si irréel au fond de sa conscience.

On n’a plus le temps de se parler, d’échanger , on préfère communiquer et vendre des concepts pour être “la meilleure version de soi-même”.

Le temps est compté, les conseils également car il faudrait tout d’abord se connaitre soi-même et pour cela il nous faut un devis chiffré. Ainsi, nous avons crée ce besoin de se faire coacher, aider et booster. Quitte à payer, c’est le meilleur investissement de la vie (pas forcément pour nous mais pour eux effectivement!).

Rien n’est plus simple, pour pouvoir se parler, il faut se fixer un rendez-vous téléphonique ou se connecter en ligne. On n’a plus le temps de rien, on ne gère plus ses journées même s’il y a du temps libre, il doit être optimisé et rentabilisé en faisant des selfies et des stories à tout instant.

Les gens ont pris l’habitude de s’enfermer dans une routine, s’offrir un cadre de travail ou un espace de vie fermé, loin de la réalité, éloigné de toute vie sociale. Cette bulle réconforte car on a la maitrise sur ce que l’on fait, on crée des contenus, on parle à des inconnus et on se conforte dans nos idées préconçues.

On a perdu toute notion du temps passé face à l’écran, et on s’isole avec les gens virtuellement. Combien ont perdu le contact avec leurs proches et ont une vie frénétique avec des inconnus connus et reconnus sur la toile ?

C’est ainsi que l’on a tissé sa toile en occultant sa vraie vie, même si au fond cela ne rend pas plus heureux, il faut paraître joyeux aux yeux des gens qui nous regardent et nous suivent. C’est cela qui est devenu essentiel : avoir le maximum pour vivre de manière parfois indécente.

Safiya Meziani

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