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07/10/2022
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Amal Amir : Qu’est-ce qu’une communauté ?

A l’occasion du mois sacré de Ramadan, Mizane.info vous propose une série de contributions écrites qui ouvrent toutes une réflexion autour de la notion fondatrice de communauté. Qu’est-ce qu’une communauté ? Pour le savoir, la rédaction de Mizane.info a sollicité différents acteurs de la société civile pour leur poser la question. Amal Amir, fondatrice du Collectif Regards9 « Parlons-Cultivons », inaugure l’exercice. Exclusif.

Dès le jour de notre naissance, notre entourage fait office pour nous de société. Une personne ne pense au terme « communauté » que lorsqu’elle se sent minoritaire, malgré le fait que nous soyons tous en effet membres d’une communauté. Celle-ci représente un système au sein duquel nous partageons un environnement commun, une loi commune, une langue, ou une religion…

Notre couleur de peau, notre ethnie font de nous des membres d’une communauté, mais que nous n’avons pas choisie, qui nous a été octroyée par défaut. En revanche lorsque notre communauté est celle qui partage nos principes, notre idéologie, notre religion, elle devient alors une communauté choisie, élue, construite autour des personnes qui partagent ces idées avec nous.

Quand on est loin de sa patrie, nos yeux et nos oreilles détectent timidement tout ce qui nous ressemble. Nous nous approchons avec joie d’un compatriote et nous oublions tant de différences qui pourraient nous séparer dans la terre d’origine.

Amal Amir.

Lorsque nous nous trouvons en dehors de notre société, un petit sourire se dessine sur nos lèvres en voyant une personne qui a un point commun avec nous : un code vestimentaire, une langue, un métier, une religion etc…, nous crions : voici l’un des nôtres. La présence de notre communauté devient une forme de réconfort.

Dans l’exemple de la communauté religieuse, qui est le modèle communautaire le plus fort et le plus puissant, le mot religion, lui-même viendrait, pour certains, de « religere » « lire attentivement », mais viendrait pour d’autres de « religare » « relier ». La communauté dans ce cas relie ses membres par un patrimoine, des intérêts, des soucis et des objectifs communs.

Que notre communauté soit attribuée par défaut ou qu’elle soit choisie par nos idées, y appartenir nous fait subir les conséquences des erreurs de nos compatriotes. Nous payons le prix de notre histoire collective.

La loyauté envers les siens renforce les liens qui nous unissent. Il faut les défendre, les soutenir et pardonner leurs erreurs malgré des différences internes au groupe parfois fortes et irritantes. Car en effet la communauté n’est pas homogène, elle se subdivise selon des traits sociaux, culturels, religieux etc.

On a toujours tendance à se rapprocher de ce qui nous ressemble, à rejeter ce qui est différent. L’autre peut partager avec nous quelques traits, on peut être convaincu d’une partie de ses idées, on peut même admirer ses mœurs ou son histoire, mais il reste plus rassurant de voir sa différence que de se rapprocher de lui.

Une question reste en suspens : L’amour des siens, fait-il la haine des autres ?

La réponse à cette question me parait très compliquée, l’histoire prouve que nous nous détestons très facilement même avant de nous connaître. Le préjugé et l’amalgame forment des maladies communautaires contagieuses, l’injustice les catalyse.

La politique restreint l’usage du terme « communauté » au débat sur les minorités ou à la connotation négative du communautarisme, le but étant de diviser toujours plus pour régner toujours mieux. Peu importent les communautés, pourvu que leurs richesses soient à portée de main. Loin des agendas belliqueux, l’amour naît de l’amour, la haine de l’autre ne fait que détruire.

Vivre dans une communauté unie nous rend forts et ce n’est pas un crime. Le crime c’est d’utiliser cette force pour éliminer tous ceux qui sont différents de nous. Le péché c’est de ne pas respecter les convictions d’autrui, son histoire, sa culture et tout ce qui fait son identité.

Amal Amir

 

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