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24/09/2020
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Abdelaziz Chaambi : « On ne veut pas d’un nouveau Christchurch en France ! »

Président et fondateur de la Coordination contre le racisme et l’islamophobie (CRI), Abdelaziz Chaambi a répondu à quelques questions de Mizane.info après la double tentative d’incendie contre des mosquées du Rhône. Le militant et cadre associatif appelle à une mobilisation efficace et à une action immédiate pour prévenir un nouveau Christchurch en France (double attentat terroriste d’extrême droite qui a frappé en 2019 deux mosquées en Nouvelle-Zélande, faisant 51 morts et 49 blessés). Entretien.  

Mizane.info : Quelle est votre réaction après la double tentative d’incendie contre deux mosquées à Bron et Lyon ?

Abdelaziz Chaambi : Maintenant, il faut agir avec des outils opérationnels et efficaces. J’ai proposé la création d’un Fond de défense des musulmans qui récolterait de l’argent de manière transparente dans les mosquées. Par exemple à Lyon, on prendrait rendez-vous avec une mosquée tous les 3, 4 ou 6 mois. On ferait une collecte et on indiquerait le montant récolté sur un site consacré. Un comité de sages serait chargé de gérer cet argent d’abord au niveau régional, puis nationale et ensuite européen. Nous pourrions prendre les meilleurs avocats pour produire des procès et de la jurisprudence qui nous protège contre les allumeurs de feu, les agitateurs de haine, les Zemmours et compagnie. Si demain nous les faisons condamner pour incitation à la haine, cela va calmer beaucoup de gens, car ces individus incitent beaucoup de gens fragiles à la haine et au passage à l’acte. Ras-le-bol de ces représentants musulmans à deux balles qui ne font que comptabiliser les drames. Les gens en ont marre de ces représentants qui ne se manifestent qu’à ce moment-là et viennent sur place lorsque les préfets se déplacent, quand ils se déplacent.

La sécurisation des lieux de culte relève-t-elle des missions de l’Etat ou les musulmans doivent-ils se prendre en main et assurer eux-mêmes leur sécurité ?

L’Etat, de la même façon qu’il assure la sécurité de synagogues et de lieux culturels, doit sécuriser les mosquées. Ceci dit, aujourd’hui sur le site Ali Baba, on peut commander une dizaine de caméras pour quelques dizaines d’euros. Qu’on arrête de nous prendre pour des rigolos. Il y a trois ans, quand la mosquée de Décines avait été taguée, je l’avais déjà signalé. Pourquoi n’y-a-t-il pas de système de vidéosurveillance ? Le pire est que lorsque la vidéosurveillance est installée, elle n’est pas exploitée par les services de police. Nous avons un gros soupçon sur les identitaires de Lyon concernant les attaques de lieux de culte. Il y a trois ans, une vingtaine d’entre eux ont poursuivi un jeune de 16 ans, Jassim, ils l’ont massacré aux cris de « Islam, hors d’Europe ». On les a vu sur les vidéos, il y a même France 3 qui avait filmé. Deux d’entre eux ont été arrêtés puis ont été relâchés. Ce sont des fils de bourgeois, des fils de notables. C’est souvent dans ces milieux que l’on retrouve les fachos à Lyon. Ce sont des fils à papa qui font de la chasse à l’arabe. Ils ont même attaqué un commerçant lyonnais.

Mohamed Moussaoui, l’actuel président du CFCM, indique dans un communiqué qu’il existe un « budget annuel réservé par l’État pour la sécurisation des lieux de culte musulman (qui) n’a jamais été épuisé » étant donné que beaucoup de mosquées n’en ont pas fait la demande.

Je suis ravi de l’apprendre. Mais je leur renvoie la balle : pourquoi n’avez-vous pas informé les musulmans qu’ils disposaient de cet outil ? L’information n’a pas circulé car il y a une guerre de chapelles entre les CRCM et les petits potentats locaux. On a la Mosquée de Paris et l’UOIF qui essaient de créer une commission des imams de Rhône pour faire contrepoids au CRCM. S’ils ont des règlements de compte entre eux, c’est leur problème ! Mais qu’ils ne gardent pas les informations. Nous voulons que les lieux de cultes, les fidèles soient protégés tout comme l’opinion publique. Nous voulons les meilleurs avocats de France pour faire les procès qu’il faut aux faiseurs d’opinion qui alimentent à longueur de journée la haine anti-musulmane. Il faut qu’ils cessent.

Lorsque l’on voit qu’un Zemmour a été condamné pour injure raciale et qu’il officie librement sur CNews et Paris Première ! Ne touche-t-on pas là aux limites de l’action judiciaire ?

Non pas du tout. On n’a pas pris les meilleurs avocats, on n’a pas mis l’argent qu’il fallait et on n’a pas attaqué qui de droit. Il faut attaquer Bolloré, l’employeur, le propriétaire de Canal + en disant que Bolloré emploie un incitateur à la haine. Sauf que l’on ne veut pas. Quand j’ai proposé la création de ce fond pour la défense des musulmans, ce qui a gêné est la transparence car à chaque fois qu’un euro rentre, on l’enregistre, on fait un reçu, pour que les gens sachent combien on a reçu et combien on a pris pour payer l’avocat. Le problème chez certains gestionnaires de mosquée, c’est l’opacité sur la question financière. Ils veulent continuer à récolter du pognon en catimini pour le gérer de la façon qu’ils veulent eux et non selon les besoins de la communauté musulmane. Aujourd’hui, je prends la parole pour dénoncer cette mascarade. On en a marre du manque de sérieux des autorités publiques dans la prise en charge de ces problèmes-là.

Il y a au moins six groupes d’extrême-droite sur Lyon, ils n’ont jamais été dissous ! Ils ont pignon sur rue, ils ont une salle de sport où ils s’entraînent aux sports de combat pour se préparer à une guerre civile contre les musulmans.

Aux dernières élections, j’ai sensibilisé les acteurs politiques sur les affiches de haine qui étaient placardées sur les murs sur le mode « Sauvons l’Europe des musulmans ». Rien n’a été fait et cela produit un climat de haine. Nous on ne veut pas d’un nouveau Christchurch en France (Référence à une série d’attaques terroristes d’extrême droite commise le 15 mars 2019 par Brenton Tarrant contre deux mosquées de la ville de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, et qui firent 51 morts et 49 blessés, ndlr).

Face à ce travail des identitaires sur le terrain, assiste-t-on à une mobilisation politique contre ce type d’extrémisme, qui se traduirait sur le plan électoral ou dans une dynamique de structuration politique ?

Malheureusement non. Il y a une inculture et un désert à ce niveau-là. Moi j’ai posé cette problématique à un élu, nous étions une dizaine à en discuter avec lui, pour lui demander de faire le ménage et nettoyer ces groupes identitaires-là. Surveiller leurs publications, fermer leurs locaux pour faire cesser cette haine. Et à ce moment-là, un Arabe de service est venu m’interrompre en disant « Ah non, parles pas de ça, c’est pas le sujet ! ». Et alors l’élu a répondu : « Si, c’est bien le sujet ! ». On va où là, si on se censure pour ne plus parler des problèmes, on marche sur la tête.

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