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Edgar Morin : la disparition d’une figure de la pensée humaniste française

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Résistant, philosophe, sociologue et grand humaniste, Edgar Morin s’est éteint vendredi 29 mai 2026 à l’âge de 104 ans. Intellectuel engagé à gauche et actif dans le débat public jusqu’à ses derniers jours, il a porté de nombreux combats tout au long de sa vie, de ses positions précoces contre la guerre d’Algérie à la tragédie palestinienne. Hommage.

Résistant, sociologue, penseur et « braconnier du savoir », Edgar Morin est décédé à Paris le vendredi 29 mai, à l’âge de 104 ans. « Jusqu’à ses derniers jours, Edgar Morin est demeuré attentif au monde, aux autres, et aux grands enjeux humains qui ont nourri sa pensée », a déclaré son épouse, Sabah Abouessalam Morin, dans un communiqué publié samedi 30 mai annonçant la disparition du philosophe français.

Résistant et théoricien de la « pensée complexe »

Né le 8 juillet 1921 à Paris au sein d’une famille juive originaire de Salonique, en Grèce, Edgar Nahoum adhère au Parti communiste en 1941 avant de rejoindre la Résistance, où il adopte le nom de Morin. Celui qui s’était engagé très jeune dans les mouvements antifascistes durant la guerre d’Espagne prend progressivement ses distances avec le PCF, dont il sera finalement exclu en 1951 en raison de ses critiques à l’égard du stalinisme.

« Mon premier acte politique fut d’intégrer une organisation libertaire, “Solidarité internationale antifasciste”, pour préparer des colis à destination de l’Espagne républicaine », racontait Edgar Morin en 2016 dans un entretien accordé à la revue La Règle du jeu. Après la Seconde Guerre mondiale, il poursuit son engagement intellectuel et politique en dehors du Parti communiste. Dès 1955, il participe notamment à la création du Comité contre la guerre d’Algérie.

Théoricien de la « pensée complexe », concept qu’il développe dans les six volumes de La Méthode publiés entre 1977 et 2004, Edgar Morin a signé plus de quarante ouvrages au cours de sa carrière. Son œuvre et ses analyses ont largement dépassé le cadre français et lui ont valu une reconnaissance internationale.

Engagé pour la Palestine et le droit des Palestiniens

Edgar Morin était également une voix engagée en faveur de la cause palestinienne. Dans une tribune publiée dans Libération le 11 septembre 1997, il établissait déjà un parallèle entre les persécutions subies par les Juifs durant la Shoah et les souffrances infligées aux Palestiniens depuis la Nakba.

Coauteur en 2002 de l’article « Israël-Palestine : le cancer », dans lequel il écrivait que « les juifs qui furent les victimes d’un ordre impitoyable imposent leur ordre impitoyable aux Palestiniens », il avait fait l’objet de poursuites pour « diffamation à caractère racial » et « apologie des actes de terrorisme » engagées notamment par Avocats sans frontières et France-Israël. Déboutées par le tribunal de Nanterre en 2004, ces organisations avaient été condamnées à lui verser 2 000 euros. Edgar Morin obtiendra finalement gain de cause devant la Cour de cassation en 2006.

Ces procédures n’ont toutefois jamais entamé sa liberté de parole. Au début du génocide à Gaza, il déclarait lors d’une conférence publique en 2024 : « Je suis à la fois ahuri et indigné par le fait que ceux qui représentent les descendants d’un peuple qui a été persécuté pendant des siècles (…) puissent non seulement coloniser tout un peuple mais en plus (…) se sont livrés à un véritable carnage, massif, sur les populations de Gaza ».

Réactions et hommages

En mai 2025, il cosigne un nouvel appel de soutien à la population palestinienne. « Il y a urgence : un peuple est en train de mourir sous nos yeux. Avoir laissé affamer un peuple à mort est un crime qui nous poursuivra tous. Gouvernement français, votre responsabilité est engagée », affirmait le texte. Parmi ses nombreux engagements, son combat en faveur de l’écologie a également marqué son parcours.

Depuis l’annonce de sa disparition, les hommages se multiplient. Pour le président français, Emmanuel Macron, « Edgar Morin était l’humanisme fait personne. Avec sa bienveillance, sa curiosité, il ne cessait de nous éclairer ». De son côté, Jean-Luc Mélenchon a adressé un « salut ému » à la mémoire du penseur disparu.

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