Médecins sans frontières accuse, ce jeudi, Israël d’avoir délibérément restreint l’accès à la nourriture et à l’aide humanitaire dans la bande de Gaza, provoquant une « crise de malnutrition artificielle » aux conséquences dévastatrices pour les nourrissons et les femmes enceintes.
Israël utilise bien la famine comme une arme de guerre. Médecins sans frontières confirme, ce jeudi, qu’Israël a délibérément restreint l’accès à la nourriture et à l’aide humanitaire dans le territoire palestinien, provoquant une « crise de malnutrition artificielle » aux conséquences particulièrement dévastatrices pour les nourrissons et les femmes enceintes et allaitantes.
90 % des bébés nés de mères sous-alimentées sont prématurés
Selon l’ONG, une analyse menée entre fin 2024 et début 2026 dans quatre établissements de santé, dans la bande de Gaza, révèle des taux nettement plus élevés de prématurité et de mortalité chez les nourrissons nés de mères souffrant de malnutrition, ainsi qu’une hausse des fausses couches.
Dans son rapport, MSF établit un lien entre ces constats, le blocus israélien et les attaques contre les infrastructures civiles, y compris les structures médicales. Selon l’analyse, 90 % des bébés nés de mères sous-alimentées étaient prématurés et 84 % présentaient un faible poids à la naissance. « La mortalité néonatale était deux fois plus élevée chez les nourrissons nés de mères souffrant de malnutrition que chez ceux nés de mères ne souffrant pas de malnutrition », souligne également l’organisation.
Doctors Without Borders Accuses Israel of Manufactured Malnutrition Crisis in Gaza
Médecins Sans Frontières says Israel is restricting aid and food access. pic.twitter.com/LLVHOqC52M
— WE News English (@WENewsEnglish) May 7, 2026
« La crise de malnutrition est entièrement provoquée »
Entre janvier 2024, date des premiers cas signalés de malnutrition infantile à Gaza, et février 2026, MSF affirme avoir admis 4 176 enfants de moins de 15 ans — dont 97 % avaient moins de 5 ans — dans des programmes de prise en charge de la malnutrition aiguë. Sur la même période, 3 336 femmes enceintes et allaitantes ont été suivies dans des programmes ambulatoires, précise le rapport.
Sur le terrain, « la crise de malnutrition est entièrement provoquée », affirme Merce Rocaspana, référente médicale de MSF pour les urgences, citée dans le communiqué. L’analyse critique également la Gaza Humanitarian Foundation (GHF), créée pour remplacer l’ONU et les ONG dans la gestion de l’aide humanitaire avant sa dissolution en novembre dernier. À son arrivée en mai 2025, le nombre de points de distribution alimentaire à Gaza est passé d’environ 400 à seulement quatre, indique MSF. Ces centres étaient « militarisés et mortels », rappelle Jose Mas, chef de l’unité d’urgence de l’organisation.
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Une famille sur cinq ne prend qu’un seul repas par jour
Mercredi, l’Organisation des Nations unies a averti que la faim restait généralisée et sévère dans la bande de Gaza, où des millions de personnes peinent toujours à accéder à une alimentation suffisante malgré les efforts humanitaires. Le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, a cité des données du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), selon lesquelles 2,1 millions de personnes sont désormais confinées dans moins de la moitié du territoire, limitant leur accès aux terres agricoles, aux ressources alimentaires et aux services essentiels.
Citant le Programme alimentaire mondial (PAM), Stéphane Dujarric a indiqué que plus de 1,6 million de personnes reçoivent chaque mois des colis alimentaires et des repas chauds : « Pourtant, plus de six mois après la déclaration d’un cessez-le-feu, le PAM souligne que la faim n’a pas disparu, avec des niveaux élevés de malnutrition. De nombreuses familles dépendent encore de l’aide alimentaire pour survivre, les produits frais restant trop chers. Une famille sur cinq ne prend qu’un seul repas par jour ».
