La guerre contre l’Iran a mis en lumière la vulnérabilité des bases militaires américaines au Moyen-Orient, devenues des cibles légitimes pour Téhéran. Un camouflet pour les États-Unis, contraints de repenser leur stratégie de déploiement, mais aussi pour les États du Golfe, qui voyaient jusqu’ici dans cette présence un gage de sécurité.
Dans l’ensemble de la région du Golfe, au moins une dizaine d’installations militaires américaines ont été lourdement endommagées par la riposte iranienne face aux frappes israélo-américaines. Leur présence constitue désormais davantage une source de vulnérabilité que de protection, selon plusieurs spécialistes du Moyen-Orient.
Les Etats du Golfe estiment avoir été abandonnés
C’est le New York Times qui a révélé l’état actuel de ces bases, désormais décrites comme « inhabitables ». L’administration Trump n’a toujours pas reconnu l’ampleur des dégâts, alors que les dernières semaines de guerre ont montré que les pays du Golfe ne peuvent plus compter uniquement sur Washington pour leur sécurité.
La confiance envers les États-Unis s’est encore érodée, le cessez-le-feu n’ayant pas mis fin aux attaques iraniennes visant des sites liés aux Américains. Dans la région, beaucoup estiment avoir été abandonnés par leur allié. « Ces bases n’ont pas dissuadé les attaques iraniennes. Au lieu de cela, elles ont été visées par ces frappes. Elles les ont attirées et, par conséquent, la confiance dans le parapluie de sécurité américain semble vraiment avoir volé en éclats », explique Trita Parsi, vice-président du Quincy Institute for Responsible Statecraft.
Les alliés des États-Unis qui abritent des bases militaires américaines sont en train de découvrir qu'elles leur apportent plus de périls que de sécurité. pic.twitter.com/uR48Owl8QF
— Rémi Philiponet 🇨🇵 (@remi_philiponet) March 29, 2026
L’Arabie saoudite n’entend plus s’aligner automatiquement sur les États-Unis
À Riyad, cette situation alimente une prise de distance vis-à-vis de Washington, jugé imprévisible. Pendant 40 jours, l’Arabie saoudite et ses voisins ont été ciblés par des missiles et drones iraniens, y compris durant la trêve, sans réaction notable de l’administration américaine.
Aujourd’hui, face à l’ouverture de discussions entre Washington et Téhéran, les puissances du Golfe se retrouvent reléguées au second plan, malgré leur rôle traditionnel de médiateurs. « À ma connaissance, aucun pays arabe n’élabore ses politiques en fonction des intérêts d’autrui […] Nos intérêts sont en Occident, mais nous les trouvons aussi en Orient », a déclaré le prince Faisal bin Farhan bin Abdullah.
Ce discours traduit un tournant stratégique : l’Arabie saoudite n’entend plus s’aligner automatiquement sur les États-Unis, alors que d’autres partenaires, comme la Chine, gagnent en influence.
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19 sites militaires américains sont répartis au Moyen-Orient
Officiellement, 19 sites militaires américains sont répartis au Moyen-Orient, de l’Égypte à l’Irak et de la Syrie à Oman, accueillant jusqu’à 50 000 soldats. Cette présence remonte aux années 1950, mais s’est fortement renforcée après la guerre du Golfe de 1990, lorsque les États-Unis étaient intervenus pour libérer le Koweït.
Il était prévu que cette protection soit financée en pétrole et en pétrodollars. Mais à en juger par la guerre israélo-américaine contre l’Iran, cet arrangement n’a pas pleinement fonctionné pour les pays du Golfe, qui se retrouvent aujourd’hui avec des stocks de missiles intercepteurs presque épuisés, contraints de fermer aéroports et écoles, et touchés par des frappes iraniennes sur leurs installations énergétiques.
