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Le « Peuple élu » et la « Terre promise » au regard du Coran

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Imam, écrivain et essayiste sénégalais, Ahmadou Kanté nous livre dans ce texte sa recherche sur la notion de « peuple élu » et de « Terre promise » dans le Coran.

Est-ce que le Coran confirme la notion de « Terre promise » ?  

La croyance à la « Terre promise » est étroitement liée au « Peuple élu » dans le judaïsme rabbinique lequel considère que l’Alliance d’Abraham dont Isaac et Jacob sont les dépositaires exclusifs et perpétuels est associée à une promesse de possession de terres à jamais. Dans ce cadre, on peut retenir de l’Ancien Testament une promesse de terres ou pays à Abraham, à Isaac, à Jacob et au peuple d’Israël. Voici quelques références clés à ce sujet : 

Pour Abraham 

« Le Seigneur dit à Abram : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront ; celui qui te maudira, je le réprouverai. En toi seront bénies toutes les familles de la terre. » Abram s’en alla, comme le Seigneur le lui avait dit, et Loth s’en alla avec lui. Abram avait soixante-quinze ans lorsqu’il sortit de Harane. Il prit sa femme Saraï, son neveu Loth, tous les biens qu’ils avaient acquis, et les personnes dont ils s’étaient entourés à Harane ; ils se mirent en route pour Canaan et ils arrivèrent dans ce pays. Abram traversa le pays jusqu’au lieu nommé Sichem, au chêne de Moré. Les Cananéens étaient alors dans le pays. Le Seigneur apparut à Abram et dit : « À ta descendance je donnerai ce pays. » Et là, Abram bâtit un autel au Seigneur qui lui était apparu. » (Genèse 12 : 1-7). 

Pour Isaac 

« Il y eut une famine dans le pays, outre la première famine qui eut lieu du temps d’Abraham ; et Isaac alla vers Abimélec, roi des Philistins, à Guérar. L’Éternel lui apparut, et dit : Ne descends pas en Égypte, demeure dans le pays que je te dirai. Séjourne dans ce pays-ci : je serai avec toi, et je te bénirai, car je donnerai toutes ces contrées à toi et à ta postérité, et je tiendrai le serment que j’ai fait à Abraham, ton père. Je multiplierai ta postérité comme les étoiles du ciel ; je donnerai à ta postérité toutes ces contrées ; et toutes les nations de la terre seront bénies en ta postérité, parce qu’Abraham a obéi à ma voix, et qu’il a observé mes ordres, mes commandements, mes statuts et mes lois. » (Genèse 26 : 1-5). 

Pour Jacob 

« Dieu lui dit : « Ton nom est Jacob, mais on ne t’appellera plus du nom de Jacob, ton nom sera Israël. » Et il l’appela du nom d’Israël. Dieu lui dit encore : « Je suis le Dieu-Puissant. Sois fécond, multiplie-toi ! Une nation – et même une assemblée de nations – sera issue de toi, des rois sortiront de toi. La terre que j’ai donnée à Abraham et à Isaac, je te la donne, et je la donnerai à ta descendance après toi. » (Genèse 35 : 10-12). 

Pour le peuple d’Israël

« Et maintenant, écrivez un cantique à votre usage. Toi, apprends-le aux fils d’Israël, mets-le sur leurs lèvres, afin que ce cantique me serve de témoin contre les fils d’Israël. En effet, quand j’aurai fait entrer ce peuple sur le sol ruisselant de lait et de miel, que j’ai juré de donner à leurs pères, il mangera, il se rassasiera, il engraissera, puis il se tournera vers d’autres dieux, il les servira, il me méprisera, il rompra mon alliance. Quand malheurs et détresses sans nombre l’auront atteint, ce cantique servira de témoin contre lui, car sa descendance l’aura encore sur les lèvres. Oui, je connais bien le projet qu’il forme aujourd’hui, avant même que je le fasse entrer dans le pays que j’ai juré de donner. » Ce jour-là, Moïse écrivit ce cantique et l’apprit aux fils d’Israël. Puis le Seigneur donna cet ordre à Josué, fils de Noun : « Sois fort et courageux, car c’est toi qui feras entrer les fils d’Israël dans le pays que j’ai juré de leur donner ; et moi, je serai avec toi. » (Deutéronome 31 : 19-23). 

A notre connaissance, dans le Coran, Abraham n’a pas reçu de promesses de terres. Il est associé à la Terre de « Canaan/Châm » et à la Terre de la Mecque mais pas de la même façon. Après sa décision de quitter sa terre natale « Et il dit : je pars vers mon Seigneur ; il me guidera » (Coran 37 : 99), Abraham arrive avec son neveu Loth en Terre de « Canaan/Châm », guidés par Dieu. Auparavant, il (Abraham) a vécu de rudes épreuves au sein de son peuple idolâtre agacé d’écouter ses arguments imparables relativement à la vanité de l’idolâtrie, mais aussi à la tentative qui était la leur de le faire mourir par le feu. S’y ajoute la décision de son père de le chasser à moins qu’il ne revienne à la foi et au culte des ancêtres. La Terre de « Canaan, Châm » possède un statut de Terre bénie qui lui vient de Dieu et de personne d’autre que Lui. Selon Sa sagesse insondable, Dieu a accueilli dans cette Terre, qu’Il a bénie, Abraham qui a quitté sa terre natale et sa patrie dans l’espoir de trouver un ailleurs où il aura la paix pour sauvegarder sa foi et fonder une famille de « soumis à Dieu » (Muslimûn) : « Ils avaient comploté contre lui, mais Nous fîmes d’eux les plus grands perdants. Et Nous le sauvâmes, ainsi que Loth, vers la Terre que Nous avons bénie pour les mondes » (Coran, 21, 66-71). C’est à cette même Terre que fait allusion ces versets : « Et (Nous avons soumis) à Salomon le vent impétueux qui, par son ordre, se dirigeait vers la Terre que Nous avons bénie. Et Nous sommes à même de tout savoir » (Coran, 21, 81) ; « Pureté à Celui Qui de nuit, fit voyager Son serviteur de nuit de la Mosquée ‘al harâm’ à la Mosquée ‘al aqsâ’ afin de lui faire voir certains de Nos signes. Certes, il est Celui qui entend tout et voit tout » (Coran 17 : 1). 

« Ô Seigneur, j’ai établi une partie de ma descendance dans une vallée inculte, près de Ta Maison sacrée, – Ô Seigneur – afin qu’ils accomplissent la Salat. Fais donc que se penchent vers eux les cœurs d’une partie des gens. Et octroie-leur des fruits. Peut-être seront-ils reconnaissants ? » (Coran 14 : 37). 

Le rapport d’Abraham à la Terre de la Mecque se présente autrement. Notons à ce propos que l’Ancien Testament ne rapporte presque rien de la présence d’Abraham en Arabie où émergera la cité de la Mecque en étroite liaison avec la Maison de Dieu, la Kaaba. Nous avons vu plus haut comment les sources scripturaires juives allaient dans le sens de faire admettre qu’Ismaël a vécu dans le désert de Paran qui serait en Egypte ! Que nous dit alors le Coran de la présence d’Abraham en terre d’Arabie notamment la Mecque ? 

C’est Dieu qui désigne à Abraham, l’endroit où il aura à édifier la Kaaba : « Et quand Nous indiquâmes à Abraham la place de la Maison » (Coran : 22-26). 

Abraham invoque Dieu pour qu’Il fasse de la cité de la Mecque un lieu sûr et pourvu de nourriture : « Et quand Abraham dit : ‘Ô Seigneur, fais de cette cité un lieu sûr, et préserve-moi ainsi que mes enfants de l’adoration des idoles.’ » (Coran 14 : 37) ; « Et quand Abraham supplia : ‘Ô Seigneur, fais de cette cité un lieu de sécurité, et octroie des fruits à ceux qui parmi ses habitants auront cru en Allah et au Jour dernier’ ». Il dit : « Et quiconque n’y aura pas cru, alors Je lui accorderai une courte jouissance, puis Je le contraindrai au châtiment du Feu. Et quel funeste sort  » ! » (Coran 2 : 126). 

Abraham installe son épouse et son fils dans une vallée d’Arabie qui sera le lieu où émergera la Mecque tout en demandant des faveurs pour sa famille : « Ô Seigneur, j’ai établi une partie de ma descendance dans une vallée inculte, près de Ta Maison sacrée, – Ô Seigneur – afin qu’ils accomplissent la Salat. Fais donc que se penchent vers eux les cœurs d’une partie des gens. Et octroie-leur des fruits. Peut-être seront-ils reconnaissants ? » (Coran 14 : 37). 

C’est la Cité de la Mecque qui est visée dans la sourate « Tîn » : « Par le figuier et l’olivier ! Et par le Mont Sinaï ! Et par cette Cité sûre ! » (Coran 95 : 1-3).

Dieu entre en alliance avec Abraham pour l’édification de la Kaaba avec l’aide de son fils Ismaël : « Et quand nous fîmes de la Maison un lieu de visite et un asile pour les gens – Adoptez donc pour lieu de prière, ce lieu où Abraham se tint debout – Et Nous confiâmes à Abraham et à Ismaël : « Purifiez Ma Maison pour ceux qui tournent autour, y font retraite pieuse, s’y inclinent et s’y prosternent. » (Coran 2 : 125). 

C’est en direction de cette Cité qu’Abraham a été enjoint d’inviter toute l’humanité au Hajj : « Annonce aux gens le Hajj ; ils viendront vers toi à pied, et aussi sur toute monture ; venant de tout défilé éloigné » (Coran 22 : 27).  

C’est dans cette Cité de la Mecque qu’émergera une communauté de Soumis à Dieu (Ummatan muslima) et au sein de laquelle sera suscité un Messager : « Et quand Abraham et Ismaël élevaient les fondations de la Maison : « Ô Seigneur, accepte ceci de notre part ! Car c’est Toi Celui qui entend tout et Tu es l’Omniscient. Seigneur ! Fais de nous des Soumis à Toi, et de notre descendance une communauté soumise à Toi. Et montre-nous nos rites et accepte de nous le repentir. Car c’est Toi certes l’Accueillant au repentir, le Miséricordieux. Seigneur ! Suscites-en leur sein, un messager parmi eux, pour leur réciter Tes versets, leur enseigner le Livre et la Sagesse, et les purifier. Car c’est Toi certes le Puissant, le Sage ! » (Coran 2 : 127-129). 

Le Messager de Dieu évoqué dans cette invocation d’Abraham n’est autre que Muhammad (saws) né dans la Cité de la Mecque : « Non ! Je jure par cette Cité ! Et toi, tu es un résident dans cette Cité. (Coran 20 : 1-2). 

La Kaaba sise dans la cité de la Mecque est un repère pour toute l’humanité : « La première Maison qui a été édifiée pour les hommes, c’est bien celle de Bakka (la Mecque) bénie et une guidance pour l’humanité. Là sont des signes évidents, parmi lesquels l’endroit où Abraham s’est tenu debout. Et quiconque y entre est en sécurité. Et c’est un devoir envers Allah pour les gens qui ont les moyens, de se rendre à la Maison en pèlerinage. Et quiconque ne croit pas… Allah Se passe largement des mondes. » (Coran 3 : 96-97). 

A propos d’Isaac, nous n’avons pas vu dans le Coran une quelconque allusion à une promesse de terre ou de pays. Il en est de même pour Jacob en tant qu’individu. Voyons à présent s’il y a dans le Coran quelque chose qui fait écho à ce que le judaïsme croit, à savoir que Dieu a promis des terres au peuple d’Israël. Voici ce que notre revue sur le sujet a donné :  

Dieu a enjoint aux fils d’Israël d’entrer dans cette Terre hâdhihil qarya qui est celle où ils vont finalement habiter après une errance de 40 ans dans le désert : « Et lorsque Nous dîmes : ‘Entrez dans cette cité, mangez-y où vous voudrez et à l’envie mais entrez par la porte en vous prosternant et dites : ‘hittatun’ ! Nous vous pardonnerons vos fautes et Nous donnerons aux bienfaisants encore plus. Mais, les transgresseurs substituèrent d’autres paroles à celles qui leur ont été dites et alors, Nous fîmes descendre sur eux, du ciel, un châtiment avilissant à cause de leur perversité. » (Coran 2 : 58-59).  

« Il se pourrait bien que votre Seigneur fasse périr votre ennemi et fasse de vous des lieutenants sur la Terre, et Il verra ensuite comment vous agirez. » (Coran 7 : 129).

Moïse enjoint aux fils d’Israël d’entrer dans al ardh-al muqaddassa (la Terre sanctifiée) que Dieu leur a prescrite ou assignée allatî kataballâhu lakum mais ils refusent et leur punition sera une errance de 40 ans dans le désert : 

« Et lorsque Moïse dit à son peuple : ‘O, mon peuple ! Rappelez-vous le bienfait d’Allah sur vous, lorsqu’Il a désigné parmi vous des prophètes. Il a fait de vous des rois. Il vous a donné ce qu’Il n’avait donné à nul autre aux mondes. O mon peuple ! Entrez dans la Terre sainte qu’Allah vous a prescrite et ne tournez pas les talons car vous retourneriez perdants. Ils dirent : ‘O Moïse, il y a là un peuple de géants. Jamais nous n’y entrerons jusqu’à ce qu’ils en sortent. S’ils en sortent, alors nous y entrerons’. Deux hommes parmi les pieux et qu’Allah avaient comblés de Ses bienfaits dirent : ‘ Entrez de force chez eux par la porte ! Une fois entrés, vous serez les vainqueurs. Placez votre confiance en Allah si vous êtes croyants.’ Ils dirent : ‘Moïse ! Nous n’y entrerons jamais, aussi longtemps qu’ils y seront. Va donc, toi et ton Seigneur, et combattez tous deux. Nous restons là où nous sommes’. Il dit : ‘Seigneur ! Je n’ai d’autorité que sur moi-même et sur mon frère. Sépare-nous donc de ce peuple pervers’. Il dit : ‘Eh bien, elle leur sera interdite pour quarante ans, durant lesquels ils erreront sur la terre. Ne te tourmente donc pas pour ce peuple pervers’ ». (Coran 5 : 20-26). Ce refus est mentionné dans la Bible, Caleb et Josué échappent à la lapidation : 

« Alors toute la communauté éleva la voix, se mit à crier ; et le peuple pleura cette nuit-là. Tous les fils d’Israël récriminèrent contre Moïse et Aaron. La communauté tout entière leur dit : « Ah ! Si nous étions morts au pays d’Égypte ou si nous étions morts dans ce désert ! Pourquoi le Seigneur nous conduit-il vers ce pays ? Pour que nous tombions par l’épée ? Nos femmes et nos enfants deviendraient un butin ! Ne serait-il pas mieux pour nous de retourner en Égypte ? » Et ils se dirent l’un à l’autre : « Donnons-nous un chef et retournons en Égypte. Moïse et Aaron tombèrent face contre terre devant toute l’assemblée de la communauté des fils d’Israël. Josué, fils de Noun, et Caleb, fils de Yefounnè, qui, parmi d’autres, avaient exploré le pays déchirèrent leurs vêtements. Puis ils parlèrent à toute la communauté des fils d’Israël. Ils dirent : « Le pays que nous avons parcouru pour l’explorer, ce pays est très, très bon. Si le Seigneur nous est favorable, il nous fera entrer dans ce pays et il nous le donnera. C’est un pays ruisselant de lait et de miel. Mais ne vous révoltez pas contre le Seigneur. Ne craignez pas les gens du pays : nous n’en ferons qu’une bouchée ! Leur ombre protectrice s’est éloignée d’eux, et le Seigneur est avec nous. Ne les craignez pas ! » Toute la communauté parlait de les lapider, mais la gloire du Seigneur apparut dans la tente de la Rencontre à tous les fils d’Israël. Et le Seigneur dit à Moïse : « Combien de temps encore ce peuple me méprisera-t-il ? Combien de temps refuseront-ils de croire en moi, de croire tous les signes que j’ai accomplis au milieu d’eux ? » (Nombre 14 : 1-11) et autres versets.  

Le peuple d’Israël est donc le lieutenant désigné de Dieu sur la Terre sainte et devra rendre compte de son comportement tout le temps qu’il y résidera : « Moïse dit à son peuple : « Demandez aide auprès d’Allah et soyez patients, car la Terre appartient à Allah. Il en fait hériter qui Il veut parmi Ses serviteurs. Et l’issue finale sera favorable aux pieux ». Ils dirent : « Nous avons été persécutés avant que tu ne viennes à nous, et après ton arrivée. » Il dit : « Il se pourrait bien que votre Seigneur fasse périr votre ennemi et fasse de vous des lieutenants sur la Terre, et Il verra ensuite comment vous agirez ». » (Coran 7 : 129).   

Il est question de l’accomplissement de la Parole de Dieu, à savoir faire du peuple d’Israël l’héritier wa awrathnâ de la Terre qu’Il a bénie allatî bâraknâ fîhâ : « Et les gens qui étaient opprimés, Nous les avons fait hériter les contrées d’est en ouest de la Terre que Nous avons bénie. Et la très belle promesse de ton Seigneur en faveur des fils d’Israël s’est accompli pour prix de leur endurance. Et Nous avons détruit ce que faisaient Pharaon et son peuple, ainsi que ce qu’ils construisaient. (Coran 7 : 137).  

Injonction à habiter cette Terre uskunû hadhihil ardha est faite aux fils d’Israël et à jouir des ressources alimentaires qui s’y trouvent mais suite à la transgression des commandements y afférents, ils seront punis : « Et lorsqu’il leur fut dit : ‘Habitez cette cité et mangez-y à votre guise, mais dites : ‘hittatun’ ! Entrez-y par la porte en vous prosternant, Nous vous pardonnerons alors et Nous accorderons davantage aux bienfaisants’. Puis, les injustes parmi eux changèrent en une autre, la parole qui leur avait été donnée. Alors, Nous envoyâmes du ciel un châtiment sur eux, pour le méfait qu’ils avaient commis. Et interroge-les au sujet de la cité qui se trouvait en bord de mer et dont les habitants transgressaient le Sabbat ! Les poissons venaient à eux affleurant en surface le jour de Sabbat, et ne venaient pas à eux le jour où ce n’était pas Sabbat ! Ainsi les éprouvions-Nous pour la perversité qu’ils commettaient. (Coran 7 : 161-163).     

Il est rappelé au peuple d’Israël la faveur d’installation mubawwa-a sidqin et d’usufruit que Dieu leur a faite sur une terre qui ne peut être autre que cette Terre à eux prescrite : « Certes, Nous avons installé les fils d’Israël en un lieu honorable, et leur donnâmes comme nourriture de bons aliments. Ils ne furent en désaccord par la suite que lorsque la connaissance leur fut venue. Ton Seigneur les départagera le Jour de la Résurrection, sur ce qui les divisait. (Coran 10 : 93). 

Il est question de l’ordre donné au peuple d’Israël d’habiter la Terre uskunul arda après la traversée de la mer. L’information d’ordre eschatologique qui accompagne cet ordre est qu’à l’avènement de l’ultime promesse, les fils d’Israël y seront ramenés venant de partout : « Et après lui, Nous dîmes aux fils d’Israël : ‘Habitez la Terre’. Puis, lorsque viendra l’ultime promesse, Nous vous ferons venir de partout. » (Coran 17 : 104).  

L’expression « al ardha allatî bâraknâ fîhâ » (la Terre que Nous avons bénie) revient relativement aux faveurs que Dieu a accordées au roi Salomon : « Et à Salomon (Nous avons soumis) le vent impétueux qui, par son ordre, se dirigeait vers la Terre que Nous avons bénie. Et Nous sommes à même de tout savoir. » (Coran 21 : 81) ;  

Le sionisme comme idéologie de « dé-sanctification » de la Terre sainte 

Cette Terre de « Canaan-Châm » est donc bénie de Dieu et sanctifiée par Lui avant l’arrivée d’Abraham et de Loth. Elle a une valeur intrinsèque de bénédiction et de sainteté pour toute l’humanité « (…) Et Nous le sauvâmes, ainsi que Loth, vers la Terre que Nous avons bénie pour les mondes » (Coran, 21, 66-71). Ce n’est donc ni l’installation d’Abraham ni celle du peuple d’Israël dans cette Terre qui rend celle-ci bénie et sainte. C’est plutôt au peuple d’Israël de rendre grâce à Dieu pour l’avoir installé dans cette Terre bénie et cette Cité sainte. Celle-ci a pour fonction essentielle d’accueillir de vertueux serviteurs de Dieu lesquels y seront en sécurité pour influencer le monde dans le sens de Le faire connaitre comme la vrai et unique Divinité. Sa position géographique et les événements historiques et religieux qui vont s’y passer attesteront de sa sainteté notamment, l’installation miraculeuse du peuple d’Israël sur des terres habitées par des peuples beaucoup plus puissants et nombreux mais idolâtres ; les règnes emblématiques de David et de Salomon ; l’édification du Temple Baytul maqdis ; le miracle du voyage nocturne dont la phase terrestre s’est passée de la Mecque à la Cité de Jérusalem et pour la fin des temps, la confrontation entre le Messie Jésus, le fils de Marie et le faux Messie (Dajjâl), l’invasion de Gog et Magog ainsi que leur destruction, etc. 

Dans cette perspective, parler de « Terre prescrite » ou de « Terre assignée » ou encore de « Terre de fonction » est plus conforme à ce que le Coran dit du sujet. Dieu est le Créateur et le Propriétaire de Sa création notamment de cette Terre bénie et sanctifiée laquelle ne saurait être la propriété de quelqu’un d’autre que Lui. C’est une Terre choisie par Dieu dans sa Sagesse insondable pour y faire habiter le peuple d’Israël auquel a été assigné la fonction de Témoin de Dieu et Guide pour les autres peuples du monde. Il n’est aucunement question de promesse inconditionnelle au peuple d’Israël aux fins d’une possession pour toujours mais d’une sorte de « permis » d’occupation de cette Terre lequel est soumis à la condition de fidélité aux commandements de l’Alliance au Sinaï : « Le pays où vous allez passer pour le posséder est un pays de montagnes et de vallées, qui boit la pluie du ciel. C’est un pays dont le Seigneur ton Dieu prend soin : les yeux du Seigneur ton Dieu sont fixés sur lui constamment, du début à la fin de l’année. Assurément, si vous écoutez bien mes commandements, ceux que je vous prescris aujourd’hui, si vous aimez le Seigneur votre Dieu, et le servez de tout votre cœur et de toute votre âme, je donnerai à votre pays la pluie en son temps, pluie d’automne et pluie de printemps, et tu récolteras ton froment, ton vin nouveau et ton huile fraîche, je mettrai dans ton champ de l’herbe pour ton bétail. Tu mangeras et tu seras rassasié. Prenez bien garde que votre cœur ne soit séduit, que vous ne vous détourniez pour servir d’autres dieux et vous prosterner devant eux : la colère du Seigneur s’enflammerait contre vous ; il fermerait les cieux, et il n’y aurait plus de pluie, la terre ne donnerait plus son fruit, et vous disparaîtriez rapidement de ce bon pays que le Seigneur vous donne. » (Deutéronome 11 : 11-17). Et autres versets. 

D’ailleurs, dans le Zabûr, le Livre donné à David, donc cela concerne en premier le peuple d’Israël, la mention de cette Terre comme objet d’héritage reste associée aux vertueux (as-sâlihûn), c’est-à-dire, aux gens imbus de piété et de crainte de Dieu. Le critère de sang n’est pas mis en avant : « Et Nous avons certes écrit dans le Zabûr, après l’avoir mentionné dans le Zikr, que la Terre sera héritée par Mes vertueux serviteurs ». (Coran, 21, 105). 

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L’histoire atteste que depuis 3000 ans, si on prend comme repère l’époque du règne de David (environ 1000 ans av.J-C), le peuple d’Israël n’a eu que rarement l’opportunité d’habiter en Terre sainte tout en y disposant d’une pleine souveraineté politique. Sa dispersion a commencé pas longtemps après le rappel à Dieu de Salomon avec l’invasion du royaume d’Israël au nord par les Assyriens en 722 av.J-C et la dispersion des dix tribus éponymes. Va suivre la chute de Jérusalem et la destruction du Temple en 586 av.J-C à la suite de l’assaut final des Babyloniens, lequel a été associé à une déportation-captivité de la crème du peuple d’Israël en Babylonie durant 70 ans selon la Bible. Seul un petit groupe va retourner en Judée à la suite de l’autorisation donnée à cette fin par l’empereur perse Cyrus II vainqueur de l’Empire babylonien en 539 av. J-C. 

Le règne de la dynastie Hasmonéenne, non davidique sur le royaume de Juda (140 – 63) av.J-C reste un épisode qui n’a pas infléchi pour longtemps la donne. Et les événements des années 70 ap.J-C vont se solder par une expulsion massive des juifs de la Judée à la suite de la victoire sanglante de Titus, chef de l’armée romaine. En 129, l’empereur romain Hadrien rebaptise Jérusalem sous le nom Aelia Capitolina. C’est ainsi que depuis 2500 ans, de la première destruction du Temple à 1948, année de la création de l’Etat d’Israël, la Terre sainte était sous le contrôle de nations étrangères même s’il s’y trouvait toujours de petites communautés juives notamment en Judée. Pendant ce temps, la majeure partie du peuple vivait en exil, dispersé notamment dans les pourtours de la Méditerranée, en Egypte et en Arabie. Sans oublier que le peuple d’Israël avait refusé d’entrer dans « sa » « Terre promise » après la sortie d’Egypte et la traversée de la mer rouge, selon les conditions que Dieu lui avait prescrites… Cela lui valut une errance de 40 ans dans le désert : « Le Seigneur parla à Moïse et à son frère Aaron. Il dit : « Combien de temps aurai-je affaire à cette communauté mauvaise qui récrimine contre moi ? Les récriminations des fils d’Israël contre moi, je les ai entendues. Tu leur diras : “Aussi vrai que je suis vivant – oracle du Seigneur –, je vous traiterai selon vos paroles mêmes qui sont arrivées jusqu’à mes oreilles. Vous tous qu’on a recensés, les hommes de vingt ans et plus, vous qui avez récriminé contre moi, vos cadavres resteront dans ce désert. Jamais vous n’entrerez dans le pays où j’ai juré, la main levée, de vous faire demeurer, sauf Caleb, fils de Yefounnè, et Josué, fils de Noun. Mais vos enfants, ceux dont vous aviez dit qu’ils deviendraient un butin, je les y ferai entrer et ils connaîtront le pays que vous avez dédaigné. Vos cadavres, à vous, resteront dans ce désert, et vos fils seront bergers dans le désert pendant quarante ans, ils porteront le poids de vos prostitutions jusqu’à totale disparition de vos cadavres dans le désert. Vous avez exploré le pays pendant quarante jours, chaque jour vaudra une année : vous porterez donc le poids de vos fautes pendant quarante ans, et vous saurez ce qu’il en coûte d’encourir ma réprobation.” Moi, le Seigneur, j’ai parlé. Oui, c’est ainsi que je traiterai cette communauté mauvaise liguée contre moi. Dans ce désert, tous finiront leur vie : là, ils mourront. » (Nombre 14 : 27-35). 

Leibowitz : « La singularité du peuple juif se manifeste dans la durée de son existence en exil pendant des siècles »

Les générations du peuple d’Israël qui s’installent en Terre sanctifiée vont y commettre moult transgressions, cause de la double et sévère punition qui va s’abattre sur eux : la destruction du Temple et la déportation qui finit en captivité en Babylonie. Pour récapituler, l’on peut dire que cette Terre est à considérer comme une « Terre de fonction » que Dieu avait attribuée ou assignée au peuple d’Israël afin qu’il s’y trouvât en sécurité pour assurer une éminente fonction de Témoin et de Guide à la faveur de toute l’humanité. Il s’agit donc clairement d’une attribution conditionnelle comme en atteste et le Coran et la Bible. Le peuple d’Israël devait s’y comporter comme une « nation sainte » en droite ligne des engagements de l’Alliance au Sinaï pour mériter d’habiter en sécurité dans cette « Terre de fonction ». 

« (…) Gardez-vous d’oublier l’Alliance que le Seigneur votre Dieu a conclue avec vous : ne vous faites pas une idole, pas une image de quoi que ce soit ; c’est le commandement du Seigneur ton Dieu ! Car le Seigneur ton Dieu est un feu dévorant, c’est un Dieu jaloux ! Quand tu auras engendré des fils et des petits-fils, quand vous aurez vieilli dans ce pays, alors, si vous vous corrompez en fabriquant une idole, une image de quoi que ce soit, si vous faites ce qui est mal aux yeux du Seigneur ton Dieu, au point de l’indigner, alors – j’en prends aujourd’hui à témoin contre vous les cieux et la terre – aussitôt vous disparaîtrez totalement de la surface du pays dont vous allez prendre possession en passant le Jourdain ; vous n’y prolongerez pas vos jours, car vous serez totalement détruits ! Le Seigneur vous dispersera parmi les peuples ; il ne restera de vous qu’un petit nombre parmi les nations où le Seigneur vous aura conduits. (Deutéronome 4 : 23-27). Et autres versets. 

«Vois, je mets aujourd’hui devant toi la vie et le bien, la mort et le mal. Car je te prescris aujourd’hui d’aimer l’Éternel, ton Dieu, de marcher dans ses voies, et d’observer ses commandements, ses lois et ses ordonnances, afin que tu vives et que tu multiplies, et que l’Éternel, ton Dieu, te bénisse dans le pays dont tu vas entrer en possession. Mais si ton cœur se détourne, si tu n’obéis point, et si tu te laisses entraîner à te prosterner devant d’autres dieux et à les servir, je vous déclare aujourd’hui que vous périrez, que vous ne prolongerez point vos jours dans le pays dont vous allez entrer en possession, après avoir passé le Jourdain. J’en prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité, pour aimer l’Éternel, ton Dieu, pour obéir à sa voix, et pour t’attacher à lui : car de cela dépendent ta vie et la prolongation de tes jours, et c’est ainsi que tu pourras demeurer dans le pays que l’Éternel a juré de donner à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob. » (Deutéronome, 30 : 15-20). Et autres versets. 

La théologie chrétienne propose une réinterprétation de la croyance juive à la « Terre promise » dans le sens d’une promesse qui transcende un espace géographique pour devenir un symbole associé à la rédemption et à la vie éternelle sous la houlette du « Fils de Dieu ». La croyance à la « Terre promise » est supplantée par celle au « Royaume de Dieu » où auront accès les chrétiens : « Dans la maison de mon Père, il y a plusieurs demeures ; si cela n’était pas, je vous l’aurais dit. Je m’en vais vous préparer une place. Et quand je serai allé vous préparer une place, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous y soyez aussi ». (Jean 14 : 2-3).   

D’un point de vue historique empreint d’une signification eschatologique à notre sens, le peuple d’Israël absent de la « Terre promise » depuis 2500 ans, en termes de souveraineté politique s’entend, est de retour depuis 1948. Un retour de plus en plus hégémonique…Dans son incontournable livre « Au nom de la Torah », Yakov M. Rabkin mentionne avec courage et clarté nombre de commentaires qui donnent une autre compréhension de la relation entre le peuple d’Israël et la Terre Sainte. Sur la base des écrits de personnalités juives qui font autorité dans la connaissance des traditions juives, il explique comment ladite relation a été dévoyée et instrumentalisée par le sionisme à ses propres fins idéologiques : 

Le mouvement sioniste qui promeut le retour à la « Terre d’Israël » agit en contradiction avec ce qu’enseigne la prière journalière juive laquelle compte sur la providence divine à cette fin (cette providence se traduirait dans la venue du Messie, fils de David) et pas du tout sur une initiative humaine : « Sonne du grand schofar pour notre libération ; élève l’étendard pour rassembler nos exils ; rassemble-nous, ensemble, des quatre coins de la terre, vers notre pays. Sois béni, ô Eternel qui rassemble les dispersés de son peuple Israël. »  

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Le peuple d’Israël doit toujours se rappeler les trois serments de l’exil : « Le Talmud rapporte trois serments prêtés à la veille de la dispersion du reste du peuple d’Israël aux quatre coins du monde : ne pas acquérir une autonomie nationale, ne pas rentrer en masse et d’une façon organisée dans la Terre d’Israël même avec la permission des nations, ne pas se rebeller contre les nations. Ces serments se trouvent au centre des discussions qui portent sur l’admissibilité judaïque du recours à la force (…). On trouve dans le Talmud une discussion quant au droit de s’établir à l’échelle individuelle en Israël mais il y a un consensus pour qu’il lui soit interdit à s’y installer en masse. Plusieurs sources rabbiniques interprètent ces serments à travers les siècles dans un sens prophétique, en disant que même si toutes nations encouragent les juifs à s’installer en Terre d’Israël, il faut néanmoins s’en abstenir de peur de commettre d’autres péchés et d’être puni par un exil encore plus dur. Cette interprétation est une base importante de l’opposition au sionisme de la part de plusieurs rabbins du début du 20e siècle ».    

Leibowitz postule que « la thèse fondamentale du sionisme selon laquelle le peuple juif serait un peuple lié à un territoire, qui en fut chassé et aspire depuis des générations à y revenir, est une thèse erronée (…) La singularité du peuple juif se manifeste dans la durée de son existence en exil pendant des siècles, c’est-à-dire privé d’unité, à la fois territoriale et politique ». Tout en gardant un souvenir de la Terre d’Israël, le peuple juif n’a jamais été défini par la terre. Fidèle à son sens de l’humour, Leibowitz remarque que les juifs n’ont jamais constitué « un peuple de la terre ».     

La Torah n’a pas enseigné le nationalisme selon le philosophe Leibowitz : « Mais il y a plus, une sorte de disqualification à la fois religieuse et morale, une corruption spirituelle, par le mensonge et l’hypocrisie qui touche au blasphème, dans le fait qu’un peuple se serve de promesses de la Torah pour renforcer ses prétentions nationales, alors que la majorité de ses membres ainsi que le régime social et politique qu’il s’est donné n’ont aucun lien avec la foi religieuse, et ne voient en elle que légendes et superstitions. Il y a là une sorte de prostitution des valeurs du judaïsme, qui consiste à se servir d’elles comme couverture pour satisfaire des pulsions et des intérêts patriotiques. Et s’il se trouve des juifs religieux pour rejoindre le courant nationaliste-occupationniste, et aller jusqu’à faire du « Grand Israël » – et de la guerre par tous les moyens pour atteindre ce but – l’essentiel de leur foi, un commandement religieux, eh bien, ces gens-là deviennent les héritiers des adorateurs du veau d’or, qui, eux aussi, proclamaient : « Voici ton Dieu, Israël ». Le veau d’or ne doit pas nécessairement être d’or. Il peut s’appeler « nation », « terre », « Etat » ».     

Ahmadou Kanté

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