Le gouvernement israélien a annoncé, dimanche dernier, une série de mesures destinées à entériner de facto l’annexion de la Cisjordanie. Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, affirme vouloir ainsi « tuer l’idée d’un État palestinien », dans un contexte où la colonisation s’accélère, portée par l’inaction internationale.
Ce dimanche 8 février, le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a annoncé avec le ministre de la Défense une série de décisions renforçant l’emprise israélienne sur la Cisjordanie occupée, qui doit « modifier fondamentalement la réalité juridique et civile ». Une étape supplémentaire dans la dynamique coloniale, qui consacre de fait l’annexion d’un territoire occupé depuis 1967.
Faciliter l’achat et la dépossession des terres palestiniennes
Dans le détail, Israël prévoit d’abroger des règles héritées de l’administration jordanienne, qui empêchaient les Juifs israéliens d’acheter des terres en Cisjordanie. Les israéliens pourront ainsi devenir propriétaires sans passer par la procédure de l’administration militaire chargée des affaires civiles.
Ces dispositions, vivement critiquées à l’étranger, pourraient selon plusieurs analystes accélérer l’annexion, faciliter les acquisitions foncières par les colons et cantonner davantage les Palestiniens dans des enclaves urbaines. « Si ces décisions sont mises en œuvre, elles accéléreront sans aucun doute la dépossession des Palestiniens et leur transfert forcé, et entraîneront la création de nouvelles colonies israéliennes illégales », a averti Volker Türk, Haut-commissaire à l’ONU.
« C’est un nouveau pas des autorités israéliennes pour rendre impossible un État palestinien viable, en violation du droit du peuple palestinien à l’autodétermination », a-t-il dénoncé.
🇮🇱🇵🇸 Le cabinet de sécurité israélien a approuvé ce dimanche une série de règles devant permettre de renforcer le contrôle sur la #Cisjordanie occupée, notamment sur des zones administrées par l'Autorité palestinienne.
— FRANCE 24 Français (@France24_fr) February 9, 2026
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« Une étape supplémentaire vers une annexion de facto »
Dans un communiqué commun, l’Arabie saoudite, la Jordanie, le Qatar, le Pakistan, l’Indonésie, l’Égypte, la Turquie et les Émirats arabes unis ont condamné ces annonces. L’Allemagne a également dénoncé « une étape supplémentaire vers une annexion de facto ». « Israël demeure puissance occupante en Cisjordanie, et en tant que puissance occupante il est contraire au droit international d’y construire des colonies », a rappelé un porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères.
Lundi, l’Union européenne avait déjà fustigé « un nouveau pas dans la mauvaise direction ». « Conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies, nous rappelons que l’annexion est illégale en droit international », avait déclaré Anouar El Anouni, porte-parole de l’UE pour les affaires étrangères.
Lire sur le sujet : Israël fait un pas vers l’annexion officielle de la Cisjordanie occupée
Pour les israéliens, la Cisjordanie « n’existe pas »
Le président palestinien Mahmoud Abbas a, mercredi, appelé à une « réaction résolue » des États-Unis et de la communauté internationale. En octobre, la Knesset a adopté en première lecture un texte ouvrant la voie à l’annexion. L’ONU signalait en décembre une « nette augmentation » des projets immobiliers israéliens, avec des plans concernant « près de 47 390 unités de logements avancés, approuvés ou présentés » en 2025.
Dans les faits, la Cisjordanie, occupée depuis 1967, apparaît déjà annexée : sur les cartes officielles israéliennes, la ligne verte séparant ce territoire d’Israël ne figure pas, pas plus qu’elle ne semble exister dans l’esprit d’une large part des colons israéliens.