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Sha’rani : Peut-on connaĆ®tre Dieu ?

Sha'rani : Peut-on connaƮtre Dieu ? Mizane.info

La connaissance de Dieu est-elle Ć  la portĆ©e de l’ĆŖtre humain ? De quelle connaissance s’agit-il et quelles en sont les limites ? Pour le shaykh Sha’rani, Ć©lĆØve de l’Ć©cole d’Ibn ‘Arabi, la rĆ©ponse est nĆ©gative, comme il l’explique dans un chapitre du livre « Les gemmes et les joyaux dans l’exposition des opinions des grands maĆ®tresĀ Ā» Ć©ditĆ© chez Albouraq (Al-YawĆ¢qĆ®t wa Al-JawĆ¢hir fĆ® bayĆ¢n ā€˜Aqâïd al-AkĆ¢bir), Ć  lire en exclusivitĆ© sur Mizane.info.

Du devoir de croire que l’IpsĆ©itĆ© (terme dĆ©signant ce qui dĆ©finit la rĆ©alitĆ© mĆŖme d’un ĆŖtre et qui le distingue d’un autre, ndlr) de Dieu le TrĆØs-Haut se distingue de l’ensemble des rĆ©alitĆ©s et du fait qu’elle n’est connue de personne en ce monde

De nombreux thĆ©ologiens affirment que l’IpsĆ©itĆ© de Dieu peut ĆŖtre connue des hommes. Car il est prescrit Ć  ceux-ci de s’employer Ć  connaĆ®tre Son unicitĆ©, ce qui suppose de connaĆ®tre Son IpsĆ©itĆ©. C’est l’avis d’al-JalĆ¢l al-MahallĆ® et d’autres thĆ©ologiens. D’aucuns lui ont rĆ©pondu que cela ne peut supposer la connaissance de Son IpsĆ©itĆ©, mais que cela suppose en revanche de Le connaĆ®tre dans un certain aspect, en l’occurrence, dans celui de Ses attributs.

Cette rĆ©ponse est comparable Ć  celle que fit MoĆÆse Ć  Pharaon lorsque celui-ci lui demanda : Ā«Et qu’est le Seigneur des mondes ? Ā» Il rĆ©pondit en effet : Ā«Le Seigneur des cieux et de la terre et de ce qu’ils contiennent. Ā» Puis les avis divergent sur la possibilitĆ© de connaĆ®tre cette IpsĆ©itĆ© dans l’au-delĆ . Certains sont d’avis que cela sera possible du fait que les serviteurs pourront Le voir.

D’autres rĆ©pondent par la nĆ©gative en objectant que voir n’implique pas de connaĆ®tre l’IpsĆ©itĆ© de l’objet vu. Ibn as-SabkĆ® et al-JalĆ¢l al-MahallĆ® n’ont pas exprimĆ© d’avis prĆ©valant sur cette question, comme sur la premiĆØre.

L’IpsĆ©itĆ© du TrĆØs-Haut se distingue absolument de toute rĆ©alitĆ©

Le Sheikh SirĆ¢j ad-DĆ®n al-BalqĆ¢nĆ® a dit pour sa part: Ā«La vĆ©ritĆ© est qu’il n’est pas possible aux raisons discursives de connaĆ®tre cette IpsĆ©itĆ©. Ā» Et le Sheikh KamĆ¢l ad-DĆ®n Ibn AbĆ® SharĆ®f prĆ©cise : Ā«Puis il n’échappera Ć  personne que l’affirmation selon laquelle Elle n’est pas connue maintenant – c’est-Ć  dire en ce bas monde – traduit un fait; tandis que la divergence relative Ć  sa connaissance dans l’au-delĆ , traduit une interrogation purement thĆ©orique sur la possibilitĆ© de cette connaissance. Ā» VoilĆ  ce qu’ont pu dire Ć  ma connaissance les thĆ©ologiens reconnus.

Quant aux soufis rĆ©alisĆ©s d’entre les gens de dĆ©voilement, je t’exposerai aussi clairement que possible leurs positions sur la question, afin de dissiper les Ć©quivoques Ć  tes yeux, s’il plaĆ®t Ć  Dieu. Tu sauras ainsi que les gens de la voie sont extrĆŖmement rĆ©fractaires Ć  l’idĆ©e d’anthropomorphisme, forts de leur grande connaissance de Dieu, et en particulier le Sheikh MuhyĆ® ad-DĆ®n – Dieu lui fasse misĆ©ricorde.

Sache donc que si les serviteurs se sont aventurĆ©s Ć  interprĆ©ter des versets coraniques mentionnant les attributs de Dieu, et que s’ils ont divergĆ© grandement sur ces questions, c’est uniquement parce qu’ils n’avaient pas conscience du fait que l’IpsĆ©itĆ© du TrĆØs-Haut se distingue absolument de toute rĆ©alitĆ©.

S’ils avaient pu prendre conscience de cela, ils ne se seraient pas arrĆŖtĆ©s sur les versets et les hadiths abordant ces questions. Aucun d’entre eux n’aurait ressenti le besoin de les interprĆ©ter sans craindre de donner une image rĆ©ductrice de la Personne divine, comme c’est le cas de ceux qui lui associent une direction ou l’envisagent de maniĆØre anthropomorphique.

Ibn ‘Arabi : Ā« Lorsqu’une question est en soi une erreur, il ne convient pas d’y rĆ©pondre Ā»

Pour clarifier ce point, je te suggĆØre mon frĆØre d’observer tous les attributs des crĆ©atures et de considĆ©rer que Dieu transcende ces attributs sous le rapport de la modalitĆ©. ConsidĆ©rant par exemple que les crĆ©atures sont ignorantes par essence, tu diras que le TrĆØs-Haut quant Ć  Lui n’est pas ignorant, mais qu’au contraire Il est Omniscient.

De la mĆŖme maniĆØre, les crĆ©atures sont impuissantes, tandis que Dieu ne l’est pas. Rien ne L’empĆŖche de mettre Ć  exĆ©cution Sa volontĆ© : Il est Omnipotent. Les crĆ©atures s’inscrivent dans un espace. Le TrĆØs-Haut quant Ć  Lui ne s’inscrit pas dans un espace. Les crĆ©atures ont un corps. Le TrĆØs-Haut quant Ć  Lui n’a pas de corps. Ainsi, Dieu ne peut-Il ĆŖtre comparĆ© Ć  Sa crĆ©ation en aucune maniĆØre, ni en Sa Personne, ni en Sa modalitĆ©, ni en Son genre, comme nous l’expliquerons Ć  travers les enseignements des gnostiques.

VoilĆ  ce que le Sheikh MuhyĆ® ad-DĆ®n explique sur ce sujet, au chapitre trois cent vingt-quatre des FutĆ»hĆ¢t : Ā« Sache qu’il n’appartient Ć  personne de demander Ć  connaĆ®tre l’IpsĆ©itĆ© du Vrai – exaltĆ© soit-Il – en quelque terme que ce soit. C’est ce qui arriva Ć  Pharaon. Celui-ci fit l’erreur de poser cette question et MoĆÆse renonƧa donc Ć  rĆ©pondre Ć  sa question telle qu’elle Ć©tait formulĆ©e. Car lorsqu’une question est en soi une erreur, il ne convient pas d’y rĆ©pondre.

En outre, il posa cette question au milieu d’une assemblĆ©e de gens du commun. MoĆÆse lui adressa donc les quelques mots que l’on sait. Mais Pharaon pensa qu’il ne faisait que contourner sa question, convaincu que celle-ci avait un objet. Il ne savait pas que le Vrai ne peut faire l’objet d’une question relative Ć  Son IpsĆ©itĆ©. Il ne savait pas que la question ā€œquoiā€253 ne saurait dĆ»ment porter sur Sa personne et que celle-ci n’admet que la question ā€œest-ce queā€.

Car il s’agit dans ce dernier cas d’une question relative Ć  l’existence de l’objet de la question : est-elle avĆ©rĆ©e ou non. Lorsque Pharaon prit conscience de l’ignorance dont il venait de faire preuve, il dĆ©clara, pour occuper l’attention de l’auditoire et pour que celui-ci ne s’aperƧoive pas de cette ignorance : Ā«AssurĆ©ment, ce messager qui vous est envoyĆ© est fou. Ā»254 Craignant que les gens ne suivent MoĆÆse, il tenta ainsi de les dissuader de prĆŖter l’oreille Ć  ses paroles. Ā»

L’Ć©piphanie d’Allah

Le Sheikh dit aussi au premier chapitre des FutĆ»hĆ¢t : Ā« Sache que le Vrai, dans Sa transcendance, ne saurait ĆŖtre cernĆ© par les crĆ©atures. Et nul ne saurait Le connaĆ®tre, si ce n’est selon l’aspect que lui manifeste telle ou telle Ć©piphanie.

Ne vois-tu pas qu’Il s’épiphanisera au Jour du jugement selon des traits qu’ils ne connaĆ®tront pas. Il leur dira : ā€œJe suis votre Seigneur.ā€ Mais ils nieront Sa seigneurie et se dĆ©fendront de la reconnaĆ®tre. C’est pourtant au nom de celle-ci qu’ils s’en dĆ©fendront sans le savoir. Ils diront en effet Ć  cette Ć©piphanie : ā€œPuisse Dieu nous prĆ©server de toi ! Nous attendons notre Seigneur.ā€

Dieu se manifestera alors Ć  eux selon des traits qu’ils connaissent. C’est seulement Ć  cet instant qu’ils tĆ©moigneront de Sa seigneurie et de leur servitude. Parce que ces gens n’auront jusque-lĆ  adorĆ© Dieu que sous le rapport de ces traits qu’ils connaissaient.

Et si l’un d’entre eux prĆ©tendait L’adorer Lui en tant qu’Essence, cette prĆ©tention apparaĆ®tra infondĆ©e. En effet, comment pourrait-elle ĆŖtre fondĆ©e, alors qu’il ignora Dieu lorsque celui-ci se manifesta Ć  lui sous des traits inconnus.

Ne L’adorent en Personne que les prophĆØtes et leurs hĆ©ritiers parfaitement accomplis. Le TrĆØs-Haut dĆ©clara ainsi Ć  Muhammad : Ā« Adore-Le et remets-t’en Ć  Lui. Ā»255, c’est-Ć -dire Ć  Lui en Personne.

Comprends donc ! Ā»

La science et la connaissance

D’aucuns demanderont : Ā« Que signifie la parole selon laquelle la science voile le TrĆØs-Haut, sachant que la science est ce qui permet de dĆ©voiler les choses ? Ā»

La rĆ©ponse nous est donnĆ©e par le Sheikh au deuxiĆØme chapitre des FutĆ»hĆ¢t : Ā« Il ne s’agit en rien de dĆ©prĆ©cier la science. ƀ Dieu ne plaise que les gens de la voie professent une telle idĆ©e. Ce qu’ils veulent dire est que chacun connaĆ®t le Vrai par l’intermĆ©diaire de la science. Or, c’est l’intermĆ©diaire qui connaĆ®t le Vrai et non toi.

Ne connaĆ®t Dieu vĆ©ritablement que ta science et non toi, si bien que celle-ci constitue en permanence un voile te dissimulant la connaissance de l’Essence du Vrai – exaltĆ© soit-Il. ƀ quelque niveau de science que tu puisses t’élever relativement Ć  Dieu, les Ć©piphanies selon lesquelles Il se manifeste Ć  toi ne sauraient s’interrompre Ć  un point où tu pourrais L’apprĆ©hender rĆ©ellement. Parce que les Ć©piphanies se prĆ©sentent toutes comme un Ć©clair furtif qui ne se reproduit jamais en deux instants consĆ©cutifs. C’est pourquoi il est impossible aux crĆ©atures de dĆ©finir le Vrai. Comprends donc ! Ā»

Nous savons donc maintenant que seule la science de l’individu perƧoit Dieu. Alors garde-toi de dire – si tu l’entends au sens propre : je connais le Connu. Tu ne connais que la science, car c’est la science qui connaĆ®t le Connu, Lequel n’est autre que le Vrai. Or entre la science et le Connu se tient un ocĆ©an dont nul ne sait la profondeur.

Le secret du lien qui les unit, bien que les rĆ©alitĆ©s soient dissemblables entre elles, est en effet une mer qu’il est difficile de traverser. Je dirais mĆŖme qu’on ne saurait la dĆ©crire ou la dĆ©peindre mĆŖme allusivement. Seul le dĆ©voilement peut en instruire Ć  travers de nombreux voiles. Seuls les prophĆØtes et leurs hĆ©ritiers accomplis parmi les saints en ont une vision claire, tant il s’agit de liens subtils. Or si ces liens demeurent si insaisissables, que dire de leur CrĆ©ateur !

La connaissance des traces divines

D’aucuns diront: Ā« Il est avĆ©rĆ© selon nous que toute connaissance que l’on a d’une chose ne s’acquiert que par le biais d’une autre connaissance acquise prĆ©alablement, du fait qu’une corrĆ©lation existe entre les deux objets de connaissance. Il ne peut en ĆŖtre autrement. Et il est avĆ©rĆ© par ailleurs qu’il ne peut y avoir une corrĆ©lation de quelque nature entre le TrĆØs-Haut et Ses crĆ©atures. Comment peut-on donc connaĆ®tre le TrĆØs-Haut? Ā»

La rĆ©ponse nous est donnĆ©e Ć©galement par le Sheikh au deuxiĆØme chapitre des FutĆ»hĆ¢t : Ā« La connaissance que nous avons de Dieu est la connaissance de Ses traces. Quant Ć  Son Essence, elle ne peut ĆŖtre connue Ć  partir d’une science prĆ©alable. Elle ne peut ĆŖtre connue que par voie de dĆ©voilement, ce qui est la prĆ©rogative d’une petite Ć©lite de gens. Et la modalitĆ© de cette science ne peut en aucun cas permettre de La dĆ©crire. Ā»

D’aucuns demanderont: Ā«Est-il pertinent d’employer l’analogie concernant la science de Dieu, pour savoir si celle-ci lui est intrinsĆØque ou extrinsĆØque ? Ā» Je rĆ©pondrai qu’on ne peut employer ce mode de dĆ©duction, car Dieu est diffĆ©rent de l’ensemble de Ses crĆ©atures sous tous les aspects. Il ne convient donc pas de Le comparer Ć  Ses crĆ©atures. L’erreur de celui qui cherche Ć  employer ce mode de dĆ©duction tient au fait qu’il constate que lorsqu’on Ć“te Ć  l’homme sa science, sa personne demeure pleine et entiĆØre.

Il se dit alors que la science de Dieu Lui est extrinsĆØque. Et le plus Ć©tonnant est qu’il sanctifie Dieu

ensuite, aprĆØs l’avoir rabaissĆ© Ć  son rang Ć  lui et l’avoir comparĆ© Ć  sa personne.

Dieu transcende les limites rationnelles et sensibles

D’aucuns demanderont: Ā« Quelqu’un peut-il connaĆ®tre son Seigneur par le biais d’arguments rationnels? Ā» Je rĆ©pondrai que nul ne le peut. Car il est notoire que l’intellect ne peut connaĆ®tre la nature profonde de Dieu en tant que facultĆ© discursive et analytique. Et parce que les arguments sur lesquels il se fonde relĆØvent des sens, des donnĆ©es nĆ©cessaires et des expĆ©riences. Or le Vrai ne peut ĆŖtre apprĆ©hendĆ© par ces voies, selon l’avis unanime des gens de rĆ©alisation.

Si un ĆŖtre pensant et raisonnant, quel qu’il soit, observe les œuvres humaines telles que les objets artisanaux et les rĆ©alisations diverses de leurs mains, il constatera que chacune de ces choses ignore son artisan et il comprendra que le TrĆØs-Haut ne peut ĆŖtre apprĆ©hendĆ© par les voies de l’intellect. Le plus que puisse faire l’intellect est de renseigner sur l’existence de Dieu et de comprendre que toute science Lui est subordonnĆ©e par nature et qu’elle ne peut aucunement se soustraire Ć  cette condition.

D’aucuns demanderont : Ā« Quelle sagesse rĆ©side en le fait de destiner les raisons Ć  demeurer perplexes Ć  Son sujet? Ā»

La rƩponse nous est donnƩe par le Sheikh au chapitre cent soixante-dix-sept:

Ā« Si le TrĆØs-Haut destina les raisons Ć  demeurer perplexes Ć  Son sujet, c’est pour ne pas ĆŖtre subordonnĆ© Ć  ce qu’Il a crƩƩ. Parce que les sens et l’imagination aspirent par nature Ć  [perce] -voir leur Existenciateur. Ā»

Ā« Quant aux raisons, elles aspirent Ć©galement Ć  Le connaĆ®tre par nature, Ć  travers leurs dĆ©marches dĆ©ductives. Dieu s’adresse ainsi aux sens et Ć  l’imagination par son aspect purement intangible 256 que dĆ©crivent les arguments rationnels. Entendant cela, les sens et l’imagination sont confus et dĆ©clarent ā€œnous sommes dĆ©semparĆ©s!ā€.

Puis il s’adresse aux raisons par Son aspect immanent que rĆ©vĆØlent les sens et l’imagination. ApprĆ©hendant cela, les raisons sont confuses et dĆ©clarent: ā€œnous sommes dĆ©semparĆ©es!ā€ Nous avons indiquĆ© cela prĆ©cĆ©demment.

La perplexitƩ comme mode de connaissance

Dieu demeure ainsi trop Ć©minent pour ĆŖtre apprĆ©hendĆ© par les raisons autant que par les sens et l’imagination. Et c’est Ć  Lui qu’est la prĆ©rogative de conduire Ć  la perplexitĆ© par la perfection mĆŖme. Aussi, ne connaĆ®t le TrĆØs-Haut que Lui-mĆŖme et ne Le voit que Lui-mĆŖme. Les crĆ©atures ne Le cernent pas par leur science. Nous avons Ć©galement indiquĆ© cela prĆ©cĆ©demment dans le chapitre de l’unicitĆ©. Ā»

D’aucuns demanderont: Ā«La correspondance que certains soufis Ć©tablissent entre le Vrai et Ses crĆ©atures est-elle pertinente en certains aspects? Ā»

La rĆ©ponse nous est donnĆ©e par le Sheikh au chapitre trois des FutĆ»hĆ¢t : Ā«Cette correspondance est impossible sous quelque rapport que ce soit, mĆŖme si AbĆ» HĆ¢mid al-GhazĆ¢lĆ® s’est aventurĆ© Ć  le dire. Il s’agit lĆ  d’une forme d’affectation et d’une perspective bien Ć©loignĆ©e des vĆ©ritĆ©s. Car quelle correspondance peut-il y avoir entre le contingent et l’Éternel ? Et comment peut-on comparer Celui qui n’a pas de semblable Ć  des ĆŖtres admettant des semblables ? C’est ma foi impossible.

Le TrĆØs-Haut nous prescrit simplement de connaĆ®tre Son existence et Sa divinitĆ©, rien d’autre. Quant Ć  Son IpsĆ©itĆ©, Il ne nous prescrit pas de la connaĆ®tre. Si la crĆ©ation dans sa phase primordiale ne possĆØde aucune correspondance avec son Seigneur, comment un ĆŖtre sĆ©parĆ© de son Seigneur par d’innombrables voiles pourrait-il entretenir une correspondance avec Lui ? Ā»

Le mystère de la Réalité divine

D’aucuns demanderont: Ā« Partant de ces principes que vous exposez, il est exclu que quiconque puisse garder Dieu Lui-mĆŖme en conscience 257. Pourtant, le TrĆØs-Haut nous prescrit de le faire. Comment rĆ©soudre ce paradoxe ? Ā»

La rĆ©ponse nous est donnĆ©e par le Sheikh MuhyĆ® ad-DĆ®n au chapitre cent vingt-six des FutĆ»hĆ¢t : Ā« Il ne nous est pas prescrit de garder en conscience l’Essence divine. La conscience doit se porter sur l’analogie selon laquelle le Vrai condescend Ć  Se manifester pour se mettre Ć  la portĆ©e des intellects. Cela permet de rester focalisĆ© sur Lui.

Mais au degrĆ© des gnostiques, lequel rĆ©vĆØle que rien ne Lui est semblable, les analogies, les comparaisons et illusions s’annihilent en dĆ©finitive. Alors, la prescription de ce Dieu transcendant au-delĆ  des semblables ne trouve plus de conditionnement et de dĆ©termination possible Ć  leurs yeux. Je dirais mĆŖme que l’ordre n’a plus d’objet.

ƀ ce stade – je veux dire quand les analogies s’annihilent – ils comprennent que le TrĆØs-Haut ne leur Ć©tait pas connu lorsqu’ils entretenaient telle ou telle conviction Ć  Son Ć©gard ; et ils comprennent que la connaissance qu’ils en ont leur vient uniquement de rapports intelligibles que trament en leur esprit les traces [de Dieu] prĆ©sentes en les Essences immuables.

S’il en est ainsi, il ne reste plus de comment, plus de où, plus de modalitĆ©, plus de rapport, plus d’accident, plus de substance, plus de quantitĆ©.

Seul subsiste un Agent 258 ignorĆ© dont on observe les traces, mais dont on ne connaĆ®t ni la condition ni la rĆ©alitĆ© essentielle ; et dont on ne peut, nĆ©anmoins, ignorer l’existence.

Qui le serviteur pourrait-il garder en conscience, alors qu’il n’est de sujet Ć  personnifier; de sujet Ć  figurer; de sujet Ć  situer dans le temps; de sujet Ć  dĆ©finir par des attributs et des modalitĆ©s; de sujet Ć  conditionner par des Ć©tats; de sujet que distingueraient des situations; ou de sujet que manifesteraient des rapports.

Comment pourrait-on garder en conscience un ĆŖtre excluant toutes ces dĆ©finitions, alors que la condition mĆŖme de toute science est que le jugement de l’imagination soit lĆ©gitimĆ©.

Toute donnĆ©e nouvelle ne peut ĆŖtre en effet mise en lien qu’avec une donnĆ©e entretenant avec elle un rapport d’analogie. C’est en l’occurrence ce que tu sais du Vrai. Tu restes ainsi circonscrit dans ta propre prison ; et tu ne cesses de trĆ©bucher sur le pan de tes propres convictions. Ā»

Le Sheikh ajoute : Ā« C’est pourquoi les interprĆ©tations relatives aux attributs du TrĆØs-Haut divergent. Les uns Le dĆ©finissent d’une faƧon et les autres d’une autre faƧon. Mais aucun ne L’embrasse de sa science. Ā»

Ā« L’homme parfaitement accompli est ainsi celui qui demeure animĆ© d’une immense perplexitĆ© et d’une nostalgie259 continue. Il n’atteint pas son but, car il vise ce qui ne peut ĆŖtre atteint 260 ; et il emprunte le chemin de Celui dont on ne sait le chemin. Ā»

Le Sheikh s’étendit longuement sur ce point, puis dĆ©clara : Ā«Ainsi, nul ne connaĆ®tra jamais le Vrai – exaltĆ© soit-Il – comme Il se connaĆ®t Lui-mĆŖme. Puissiez-vous trouver le salut! Ā»

Sha’rani

Notes :

253. C’est-Ć -dire : Ā«qu’est-Il? Ā»

254. Coran 26: 27.

255. Coran 11: 123.

256. TajrƮd

257. Ou d’observer sa PrĆ©sence : murĆ¢qaba.

258. Ou Agissant; ou Acteur.

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