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20/08/2019
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Samia Hathroubi : « Je me souviens pourquoi j’ai décidé de me battre »

Samia Hathroubi est enseignante, militante active engagée nationalement et internationalement dans le dialogue inter-religieux et contre les discriminations. Dans un climat social et sociétal plus que tendu, elle nous livre un témoignage personnel sur le sens de son combat pour la dignité et pour que chaque Français puisse revendiquer son héritage et son appartenance quels qu’ils soient, contre toute tentation ségrégationniste ou populiste en France. Un témoignage publié par Mizane Info avec la permission de l’auteur(e).  

Samia Hathroubi avec la militante Rokhaya Diallo.

Certains jours, je me dis que je suis trop souvent en colère et me dis que cette colère est peut-être exagérée ou exacerbée par mon caractère de militante et que peut-être dans la vraie vie ça se passe mieux. Alors des fois j’essaie de démarrer ma journée en faisant table rase, en tentant de faire fi de ce qui a été. Et puis il y a toujours quelque chose pour te ramener à la réalité. Laissez-moi vous raconter. Dimanche c’était l’Aïd. Une journée où je devais juste profiter de mes neveux et nièces qui sont les rois de cette fête. Avec ma famille nous décidons après la prière du matin de les emmener à 200 kilomètres de notre lieu d’habitation, au centre de la France dans un immense parc de récréation. Avant d’aller pique-niquer, nous adultes nous arrêtons pour acheter quelques victuailles manquantes. Quelle n’a pas été notre erreur.

France profonde versus nouveaux français

Depuis des années je vis à Paris ville cosmopolite et voyage à travers le monde. Je suis un pur produit de la mondialisation et la plupart du temps je passe inaperçue dans les rues de Londres de Paris de New-York. Visiblement dans ce patelin les membres de ma famille et moi-même ne passions pas inaperçus.Je ne sais pas ce qui provoqua leurs regards mais l’espace d’un instant j’ai cru halluciner tant certains regards furent insistants. Le spectacle continua sur le parking. Devant ce malaise, j’ai dû demander à ma sœur si cela était normal ou si j’avais atterri dans un pays étranger.En fait tout au long de la journée, j’ai vu des représentants de cette France profonde nous dévisager probablement agacés devant ces nouveaux français avec leurs enfants venus occuper les mêmes lieux, kiffer tout comme eux.

J’ai vu des représentants de cette France profonde nous dévisager, agacés devant ces nouveaux français avec leurs enfants venus occuper les mêmes lieux

Se battre pour l’avenir de nos enfants

Quand j’étais étudiante je faisais des ménages en été pour payer mes rentrées scolaires, là à cet endroit j’étais invisible tout comme ces nombreuses femmes arabes et noires qui continuent d’occuper ces fonctions. Dimanche comme dans ces occasions où ma présence et celle des miens gênent et agacent, je me souviens avec acuité pourquoi j’ai décidé de me battre. Pour les droits de mes neveux et nièces pour que personne ne puisse leur faire sentir qu’ils ne sont pas ici chez eux, égaux, libres et fiers de leurs identités.